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Tempête : Jean-Marie Gustave Le Clézio

Tempête : Jean-Marie Gustave Le Clézio

Jean-Marie Gustave Le Clézio offre à ses lecteurs deux novellas qui replace l'homme au cœur de son univers.

Un écrivain, ancien journaliste de guerre, retourne sur les traces troubles de son passé, sur l'île d'Udo. Monsieur Kyo révèle ses lourds secrets à une adolescente qui vit en contact avec la mer.

La tempête est aussi un élément fondateur dans la deuxième nouvelle, qui emmène le lecteur au cœur de Paris à la recherche d'une identité perdue. Le lecteur comprendra que la tempête peut se développer dans l'âme du héros.

Ces deux histoires semblent dissociées mais un lien fort les unit : le sentiment de culpabilité. Les héros sont-ils responsables de leur chute? Les personnages sont à fleur de peau, ils dérivent vers des océans glacés. La dépression atmosphérique rejoint la dépression psychologique. Ils désirent laver leur honneur sous une tempête.

Ce conteur de l'humanité retrace de manière poétique les tourments des hommes. Les mots finement choisis décrivent les sentiments de culpabilité. Les pays lointains et porteur d'imaginaire accordent au récit une puissance supplémentaire.

 

Voici quelques bribes de nouvelles:

 

"Je suis venu ici pour voir. Pour voir quand la mer s’entrouvre et montre ses gouffres, ses crevasses, son lit d'algues noires et mouvantes. Pour regarder au fond de la fosse les noyés aux yeux mangés, les abîmes où se dépose la neige des ossements."

"Un jour, en regardant la mer et les vagues, il m'a fait cette confidence :"June, vous ne devez pas m'aimer, car je suis un mort en sursis." Je n'avais pas l'air de comprendre, il a ajouté :"Je suis mort depuis longtemps, j'ai fait quelque chose de terrible, et ça ne s'est pas arrangé. Tout ce que je vois me parle de mort, vous comprenez?" J'ai dit:"Je ne sais pas pourquoi vous dites ça, la vie est un cadeau." Il a dit:"Regardez la mer. Elle semble vivre, elle bouge, elle est pleines de poissons et de coquillages, votre maman est une femme de la mer, elle va y puiser chaque jour, pour que vous ne mouriez pas de faim. Mais la mer est aussi un gouffre où tout disparaît, où tout s'oublie. C'est pourquoi je viens au bord de la mer chaque jour, pour la regarder, pour ne pas oublier, pour savoir que je dois mourir et disparaître."..."

"J'ai été un fantôme. Je dis cela parce que je ne peux pas décrire autrement ce qu'était ma vie, dans cette ville, à marcher, marcher, glisser le long des murs, à croiser des êtres que je ne reverrais jamais. Sans passé ni avenir, sans nom, sans but, sans souvenir. J'étais un corps, un visage. Deux yeux, des oreilles. La réalité me portait sur les vagues, au gré du courant, ici ou là. Une porte cochère, un supermarché, une cour intérieure d'immeuble, un passage, une église. Quand on est un fantôme, on échappe au temps. Au temps qui passe, au temps qu'il fait. Pluie, soleil, nuages galopants, vent chaud, vent froid. Pluie encore..."

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