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L'AMOUR ET LES FORÊTS : Eric Reinhardt

L'AMOUR ET LES FORÊTS : Eric Reinhardt

Y a quelqu'un qui m'a dit de lire:

 

"L'AMOUR ET LES FORÊTS" d'Eric Reinhartd

 

 Ouah! une belle claque. Cela faisait longtemps que je m'étais pas autant attachée à un personnage. Certes, il y a ceux qui vous touchent, ceux qui vous énervent par leurs comportements et un jour vous découvrez un personnage fragile et fort à la fois. Bénédicte évolue sous les doigts agiles d'un auteur qui comprend cette femme, qui cherche à percer le mystère d'une âme troublée, chahutée.

 

 Bénédicte, une femme de trente-six, enseigne au Lycée de Metz où elle affiche un visage radieux. Elle revendique dans ses propos qu'elle a une vie de famille formidable avec un mari aimant et compréhensif. Ses enfants forcent l'admiration. Ils sont sages et travailleurs. En somme, une vie idyllique et parfaite.

 

 Cependant, quand Eric Reinhardt rencontre cette femme et gratte le vernis, la chute est brutale. Bénédicte Ombredanne souffre de la domination de son mari despotique. Cet époux aimant n'est rien d'autre qu'un pervers machiavélique qui tyrannise sa femme. Il la torture mentalement avec des mots blessants. Il la rabaisse plus bas que terre devant ses enfants.

 

 Bénédicte vit avec un homme démoniaque qui manipule ses pensées. Un jour, par violence et accès de rage, elle se connecte sur internet et rencontre un homme attentionné. Elle rencontre une seule fois cet être qui lui accorde quelques heures de bonheur. Bénédicte est enfin heureuse et bouleversante.

Cette incartade lui vaudra des tortures d'une rare violence qui aboutiront à une tentative de suicide. Cette échappée à l'hôpital est un bol d'air dans son quotidien médiocre.

 

 L'écrivain perd sa trace suite à un appel fuyant et définitif. Bénédicte doit cesser toute communication avec son auteur fétiche sous peine de violences conjugales inégalées. Eric abandonne à son sort cette créature fragile, héroïne de tragédie.

Eric Reinhartd reprendra contact avec cette femme éphémère et tellement présente à son esprit. Il découvrira son avis mortuaire datant de quelques mois. L'auteur ne peut se résoudre à l'abandonner une seconde fois, il retrouve la sœur de celle-ci et assimile avec angoisse les révélations de celles-ci.

 

 Roman âpre et généreux quand la fiction se mêle à la réalité, quand la littérature cloisonne les pensées les plus secrètes. Bénédicte, personnage imaginaire ou réel qui imagine sa vie, se ment à elle-même.

 La structure du roman permet aux lecteurs de percer l'imaginaire de Brigitte que l'on découvre passive dans les premières lignes, puis vindicative et puissante et enfin souffrante d'un état destructeur où elle s'est laissée enfermer.

 Une prison à ciel ouvert où seule la mort sera salvatrice.

 Eric Reinhartd lie la passion littéraire à l'amour. Son héroïne moderne se berce des illusions des siècles passés. Elle accapare le rôle de la femme tourmentée. Dans son état psychologique, elle se complaît dans ce rôle malsain. Bénédicte est à la fois maîtresse de son destin et anéantit dans sa folie destructrice. L'élément destructeur n'est rien d'autre que son mari fourbe qui a su attendre sa proie et lui asséner le coup fatal, au-delà de son trépas. Son nom sonne comme un présage car Ombredanne peut avoir cette sonorité Ombre Damnée pour qui veut tendre l'oreille.

Eric Reinhardt réussit encore une fois à sonder la femme dans sa globalité mais aussi percer les profondeurs de son âme.

 

Voici quelques citations tirées du roman:

"[...] Il l'avait dit et répété à ceux qui écoutaient l'émission : vous qui subissez ce fléau, vous qui vivez sous le joug d'un homme qui vous harcèle, PARTEZ, NE RESTEZ PAS, FAITES-LE POUR VOUS MAIS AUSSI POUR VOTRE MARI, AFIN QU'IL PUISSE SE FAIRE SOIGNER, GUERIR, REFAIRE SA VIE DIGNEMENT."

 

"[...] Malheureusement , il n'était pas rare que Jean-François survienne au moment du dîner, ce qui forçait Bénédicte Ombredanne à affronter ses interrogations obsessionnelles, et ses reproches, et ses lamentations, sans pouvoir s'y soustraire d'une autre façon qu'en se concentrant sur le contenu de son assiette, tête baissée, viande blanche et pomme de terre, silencieuse. Loin de vouloir la consoler, ou la convaincre que tout irait pour le mieux quand elle rentrerait chez eux, Jean-François se présentait chaque soir devant sa femme comme la victime offusquée, méritant réparations, d'une action qu'il jugeait offensante : avoir voulu se faire périr contre son corps, sournoisement, pendant qu'il dormait, afin qu'au matin il ne soit plus l'époux intime que d'un cadavre glacial et contigu, transformant leur couche en caveau."

 

"Bénédicte avait besoin, pour vivre, d'être dépendante affectivement, moyennant quoi elle pouvait trouver la force d'être seule, voire soliaire, sauvage, au quotidien. C'est ce que son mariage lui a procuré, être dépendante affectivement. Mais comme elle ne l'aimait pas, dès qu'elle a été mariée elle s'est inventé qu'elle était amoureuse de son mari, elle a bâti de toutes pièces, mais a posteriori, la fiction selon laquelle un authentique amour les avait réunis, ou finirait par se former, telle une émulsion chimique, peu à peu, dans le creuset de leur vie conjugale, grâce à l'adjuvant de la sincérité - et elle a commencé à souffrir de ce que Jean-François ne réponde pas à ce désir d'amour comme elle l'aurait souhaité. Mais cet amour n'existait pas, c'est son besoin d'aimer  qui a créer chez elle la nécessité de cet amour, elle s'est trouvée enchaînée à une chimère dont elle savait au fond d'elle-même qu'elle n'avait pas d'existence, mais à laquelle, malgrè tout, elle n'a jamais cessé de vouloir croire, arce que Bénédicte était incapable de vivre sans croire."

 

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Marielle 22/07/2015 17:20

Ce roman est intéressant dans sa compréhension d'un phénomène de dépendance que l'on ne traite pas souvent. Certaines pages sont magnifiques de lucidité, de réalisme. En revanche, j'ai trouvé la description du caractère du mari, très caricaturale. Il ne me semble pas réaliste que cette femme reste avec lui s'il est si violent et si pervers. C'est me semble-t-il parce qu'ils sont moins explicitement pervers ces hommes et qu'ils peuvent se montrer charmants, désireux de ne pas faire souffrir leur femmes que les hommes violents sont dangereux. Mais je en sais pas, je serais dans doute trop idéaliste ou naïve, pour penser cela.
Ce livre m'a plu par son thème, en revanche l'expression, ''à la suite de quoi'' utilisée six à sept fois m'a carrément énervée; et c'est l'écriture qui m'a parfois déçue.

Charlotte 24/10/2014 08:57

Ca a l'air d'être un roman vraiment magnifique, il me tente énormément ! Je pense que je le prendrai lorsque j'irai faire un tour en librairie !
Merci pour cette chronique :-) Bises

toujoursalapage 24/10/2014 14:34

Tu ne seras pas déçue. Passe un bon week-end. Bises