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Pas pleurer : Lydie Salvayre

Pas pleurer : Lydie Salvayre

Y a quelqu'un qui m'a dit de lire

"Pas pleurer" de Lydie Salvayre

 

Eh oui, un prix Goncourt qui vaut le détour! La guerre est toujours un sujet délicat à aborder et surtout une guerre civile: un même peuple qui lutte pour des valeurs qui s'opposent.

La narratrice raconte l'histoire de sa mère qui a vécu la guerre civile d'Espagne et axe son point de vue sur l'année 36 et le début de 37. Deux opinions politiques s'affrontent au cœur même d'un village. Les altercations sont violentes, les agressions se multiplient. Montse sélectionne dans sa mémoire des moments joyeux de l'insurrection libertaire qu'elle connote d'éléments tragiques. Elle narre sa liaison amoureuse avec un Français de passage qui lui laissera le plus beau bonheur, sa fille mais aussi le drame d'être une femme déshonorée. Elle se marie avec l'ennemi de ses idées pour sauver les apparences. Son frère, José lutte à mort contre Diego son beau-frère.

En lien avec cette histoire familiale et politique, Bernanos livre sa vision de la révolte sanglante sous la bénédiction de l’Eglise.

Ce roman livre deux images de la guerre civile souvent méconnue et incomprise. L'écriture est légère. Le lecteur ne tombe pas dans le mélodramatique. L'auteur évite de décrire la violence pure. Le récit est basé sur des souvenirs. Cependant la mémoire sélectionne des évènements et en modifie parfois les sentiments.

J'avoue avoir eu des difficultés à me lier aux personnages. Il existe trop de distanciations entre les personnages et leur histoire. Le lecteur reste spectateur, il découvre une scène historique. Il est évident que la narratrice ne peut évoquer tous les sentiments ressentis par les personnages mais le lecteur reste sur un sentiment mitigé.

Le lecteur apprécie les deux points de vue qui s'opposent. L'idée d'utiliser un auteur très connu comme Bernanos qui donne sa propre vision est une manière idéale d'accentuer les idées politiques et religieuses qui assassine un peuple.

Ce roman est un moyen de découvrir la guerre civile d'Espagne. C'est un palier et le lecteur doit saisir l'occasion de découvrir le livre de Bernanos "Les Grands Cimetières sous la lune".

La guerre des classes est une lutte sans merci qui passe par un refus des autorités parentales et par un rejet des endoctrinements religieux.

Belle lecture sur le monde moderne qui nous entoure.

 

 

Ils sont nés tous deux dans un village où les choses infiniment se répètent à l'identique, les riches dans leur faste, les pauvres sous leur faix; un village autarcique et étroit où l'autorité des anciens est aussi intouchable que la fortune des Burgos, où la destinée de chacun est notifiée dès sa naissance, et où rien jamais n'arrive qui lève un peu d'espoir, un peu de souffle, un peu de vie.

Or, l'épiscopat espagnol n'a cessé au long des siècles de trahir, de dévoyer et de défigurer le message christique en se détournant des pauvres au profit d'une poignée de "canailles dorées". L’Église espagnole est devenue l’Église des nantis, l’Église des puissants, l’Église des titrés. Et ce dévoiement et cette trahison ont atteint un sommet en 1936 lorsque les prêtres espagnols, de mèche avec les meurtriers franquistes, ont tendu leur crucifix aux pauvres mal-pensants pour qu'ils le baisent une dernière fois avant d'être expédiés ad patres. Pour l'exemple.

Car Montse n'est jamais sortie, pour ainsi dire, de chez elle. Elle n'a jamais lu de ces romans d'amour qui instruisent les adolescents sur les choses du sexe, et les autres. Elle a grandi dans une famille puritaine, campagnarde et totalement ignorante du monde, persuadée que toutes les épouses devaient, par décret, la boucler, persuadée que tous les pères de famille étaient autorisés, par décret, à cogner femme et enfants, élevée dans la crainte de Dieu et du diable qui prend mille masques trompeurs, mon enfant, et parfaitement dressée à obéir et se soumettre.

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