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Inconnu à cette adresse : Kressmann Taylor

Inconnu à cette adresse : Kressmann Taylor

Une nouvelle épistolaire qui ne laisse pas indifférent.

 

Deux amis allemands possèdent une galerie d'art à San Francisco. Martin a décidé de retrouver sa terre natale. Max, un Juif allemand, prend le parti de rester en Amérique. Les deux amis s'envoient des lettres, au début, anodines mais l'endoctrinement et les idées fascistes que revendiquent Martin envers les Juifs sonnent la rupture. Martin rejoint l'idéologie du IIIème Reich jusqu'à abandonner la sœur de Max aux mains des SA. Max ne supportera pas cette trahison et manœuvrera dans l'ombre à la chute de Martin.

 

Kathrine Kressmann Taylor écrit cette nouvelle qui sera d'abord publiée dans Story Magazine, en 1938 puis repris dans Reader's Digest. Cette correspondance, riche dans sa simplicité, est le signe annonciateur d'une rupture violente de l'Allemagne avec le reste du monde.

Le fait d'avoir choisi ce style littéraire accentue la violence du propos. Le lecteur s'accapare, s'identifie à ce couple d'amis que deux visions de la vie vont séparer. L'incompréhension domine le livre. Max tente par diverses moyens de faire recouvrer la raison à son ami de toujours.

 

La violence de la séparation est marquée au fer rouge par l'abandon de Griselle par Martin aux SS qui tueront cette jeune juive. "Inconnue à cette adresse" sera la seule missive que recevra Max en retour d'une lettre postée pour sa sœur.

Les lettres et les mots ont une force insoupçonnée qui peuvent être une arme de vengeance plus destructrice qu'une arme de poing.

Par les mots Martin est endoctriné et par les mots il périra.

 

L'auteur a su avec des phrases simples raconter l'histoire de deux humanités qui ont perdu le sens du vivre ensemble.

Ce livre devrait être proposé dans tous les collèges pour permettre aux élèves une compréhension d'un pan de l'Histoire qui ne se lit pas dans les manuels.

Te voilà de retour en Allemagne. Comme je t'envie... Je n'ai pas revu ce pays depuis mes années d'étudiant, mais le charme d'Unter den Linden agit encore sur moi, tout comme la largeur de vues, la liberté intellectuelle, les discussions, la musique, la camaraderie enjouée que j'ai connues là-bas. Et voilà que maintenant on en a même fini avec l'esprit hobereau, l'arrogance prussienne et le militarisme. C'est une Allemagne démocratique que tu retrouves, une terre de culture où une magnifique liberté politique est en train de s'instaurer. Il y fera bon vivre.

En ce qui concerne les mesures sévères qui t'affligent tellement, je dois dire que, au début, elles ne me plaisaient pas non plus ; mais j'en suis arrivé à admettre leur douloureuse nécessité. La race juive est une plaie ouverte pour toute nation qui lui a donné refuge. Je n'ai jamais haï les Juifs en tant qu'individus - toi, par exemple, je t'ai toujours considéré comme mon ami-, mais sache que je parle en toute honnêteté quand j'ajoute que je t'ai sincèrement aimé non à cause de ta race, mais malgré elle.

Néanmoins, avant de partir, en vue de l'exposition conjointe qui aura lieu en mai, ou avant, tu dois fournir à nos succursales de la Ligue des jeunes peintres allemands les reproductions suivantes : Picasso, 17 par 81, en rouge ; Van Gogh, 5 par 42, en blanc ; Rubens, 15 par 204, en bleu et jaune.

Nous sommes avec toi par la prière
Eisenstein

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