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Le tablier bleu : Martine Laffont

Le tablier bleu : Martine Laffont

Message poétique et bouleversant sur l'attente de la mort.

 

Louise, une vieille femme, attend silencieuse devant la fenêtre de la chambre qui lui a été attribuée à son arrivée à la maison de retraite. Le personnel lui a octroyé un tablier avec le numéro 14313 (son numéro matricule). Elle se repasse le film de sa vie dans un silence étouffant.

Un jour, elle fugue avec l'assistance d'une inconnue pour rejoindre sa maison, son jardin et son joli tablier bleu (ce compagnon unique qui a partagé tous ses secrets). Aujourd'hui, ses secrets de grand-mère, elle les transmet à sa nouvelle amie et à ses enfants.

 

Ce texte enchanteur retrace les aléas de la vieillesse, ses souffrances, sa folie et son accompagnement.

Louise est unique et multiple : son existence absorbe toutes les existences. Elle est à la fois une grand-mère solitaire mais aussi notre grand-mère. Le lecteur est attiré par cet être fragile. Il se transforme en cette inconnue qui sauve Louise. Le lecteur ressent un désir profond de bon samaritain. Cette héroïne véhicule un amour platonique et authentique.

 

Les descriptions cimentent le caractère doux et fragile de Louise. Martine Laffont ne donne pas une image figée du personnage principal. Cependant, elle s'attarde sur sa gestuelle, sur ses mains usées par le temps et sur son mental qui ne cesse de vouloir retrouver le tablier bleu.

 

La symbolique du tablier bleu prend tout son sens dans son désir de mourir dans sa maison avec son jardin. Le tablier bleu correspond au deuxième personnage du livre. Il personnifie la quintessence du compagnon fidèle et silencieux. Ce personnage secondaire porte ses chagrins, ses bonheurs et le souvenir de son grand-père.

 

Dans ce roman réside une volonté de mourir dignement, d'échapper à cette torture du mouroir. Louise possède un courage et une détermination qui poussent l'admiration.

 

Ce livre est agrémenté d'aquarelle et de calligraphie qui anoblissent davantage cet écrit magistral.

Louise se balance sans rien dire, son regard perdu suit le tour et les détours de sa vie. Une petite vie de rien avec un rien de bonheur pas plus grand qu'une graine de capucine.

L'amour, elle l'avait juste imaginé, costaud, vaillant pour mettre de bonnes bûches dans la cheminée, les soirs où les gelées cognent aux fenêtres pour entrer. L'amour, elle l'avait juste imaginé avec de grands bras tendres pour se cacher, se blottir, quand la pluie d'automne rend triste à pleurer. L'amour, elle l'avait juste imaginé gai, galant, pour danser légère, insouciante et aimée... Celui qu'on choisissait pour elle, et qui n'était ni beau ni laid, il avait du bien, ça suffisait. Ce n'était pas l'amour, l'amour elle le reconnaîtrait.

C'était donc ça le bonheur, quelque chose d'indéfinissable, qui vous appartient, qui fait corps avec vous. Quelques heures volées au temps du malheur, arrachées, extirpées et qui vous reviennent bien en face au moment où vous venez les rechercher !

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