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A ce stade de la nuit: Maylis de Kerangal

A ce stade de la nuit: Maylis de Kerangal

 Lampedusa , un nom qui raisonne dans nos esprits et qui hante la nuit de la narratrice. Le flot continu des informations retransmises à la radio emplit la cuisine de cette femme assise devant une tasse de café froid. L'air est saturé de ce drame.

 Elle s’amarre à ce naufrage de migrants et divague sur des films qui ont marqué sa vie. Ses pensées s'accrochent à l'image de Burt Lancaster, héros du Guépard de Visconti. Puis celle-ci disparaît au profil de Frank Perry dans Swimmer.

 A travers cette divagation nocturne, Maylis de Kerangal sonde les travers de l'inhospitalité de la société européenne.

 Par le biais d'un nom propre "Lampedusa", l'écrivaine affronte la réalité dure, froide. Elle fait un état des lieux d'un naufrage. Elle débute par le drame en annonçant avec retenu le nombre de morts et son imprécision (comme un journaliste confronté au choc mais qui ne doit rien laisser transparaitre), puis se raccroche à des images sécurisantes du film ou des références littéraires.

 Dans ses méditations, Maylis de Kerangal explique par l'entremise de ses références culturelles une vision tragique et réelle de l'intégration des migrants.

 Le lecteur est pris d’assaut par ce drame et ne peut quitter les divagations de la narratrice.

 Le ton n'est pas larmoyant. Malgré les pensées de la narratrice, qui semblent, au premier abord, futiles, se révèlent précieuses dans la compréhension de notre époque.

Plus tard, bercée, je me suis endormie et j'ai rêvé sur ces songlines qui résorbent l'ADN d'un clan, jouant comme des noms propres: ligne de chant figurant un parcours terrestre, récit mythique ou poème de remémoration, ces psalmodies cartographiques décrivent une identité. Appartenir au clan, c'est connaître et transmettre le chant de l'ancêtre, c'est actualiser et léguer la mémoire d'un parcours singulier; appartenir au clan, c'est chanter son paysage.

Quand je quitte l'île à la fin du séjour quelque chose me déchire, une forme de nostalgie, et quand j'y reviens, j'ai le sentiment de rallier un lieu qui est le mien, où je suis chez moi quand pourtant j'y suis une étrangère - qui est peut-être le mien précisément parce que j'y suis arrivée comme une étrangère, exactement comme j'arrive dans un livre.

Certains s'en étaient sortis, c'est vrai. Plus vigoureux que d'autres, en meilleure santé, ils avaient survécu. Et ceux de l'île, isolés et pauvres eux-mêmes, les avaient recueillis, une couverture sur les épaules, un abri, un repas : ils avaient hébergé ces étrangers, plus pauvres que pauvres, ces êtres qui n'avaient plus rien et ne pouvaient plus prononcer leur nom; ils les avaient relevés et l'humanité entière avec eux. Hospitalité.

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