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Victor Hugo vient de mourir : Judith Perrignon

Victor Hugo vient de mourir : Judith Perrignon

Suis-je de ces lecteurs qui désirent au fond d'eux que certains poètes ne meurent jamais? J'avais envie de cette continuité dans ma relation littéraire avec Victor Hugo.

 

Judith Perrignon fait revivre avec intensité le moment tragique de la mort d'un homme cultivé et intime avec son siècle.

Chaque homme politique quelque soit son appartenance politique, chaque journaliste couvrant l'évènement, chaque révolutionnaire ou homme de la rue s'accapare, s'approprie l'Homme de Lettres.

 

Le roman débute par l'annonce de l'agonie du poète. Les journaux se relient pour répandre la nouvelle : le poète a attrapé une grippe sévère. Les hauts dignitaires de l'Etat accourent pour prendre des nouvelles. Les portes de la chambre restent clauses aux non intimes. L'Eglise tente de s'introduire pour les derniers sacrements, mais Hugo est un homme d'honneur qui demeure un athée convaincu. Seuls les bulletins médicaux ordonnés par ses trois médecins diluent les dernières nouvelles à la population. Le peuple retient son souffle.

Quelques jours, plus tard, l'annonce de la mort de ce poète de la misère se répand comme une trainée de poudre. La foule est consternée. Elle devient orpheline.

Des réunions de tous les partis s'organisent : doivent-ils être présents pour rendre un dernier hommage. Les esprits s'échauffent. La police guette, surveille par le biais de mouchards pour ruiner toutes sortes de rébellion.

Les hommages seront publics sous le contrôle de l'Etat. A cette occasion, le Panthéon est rendu à la République et deviendra la dernière demeure de Victor Hugo. L'Eglise a capitulé devant ce redoutable adversaire.

Les funérailles seront suivies par une foule entière qui se revendique de la plume du poète. Ils sont Gavroche, les Misérables, ils sont son tombeau à jamais éternel.

Ce roman vit. L'auteur a su retracer avec vigueur le parcours de cette mort difficile à annoncer. Judith Perrignon harangue les patriotes, fustige le clergé, revendique le droit aux ouvriers de saluer une dernière fois leur messie.

Le livre bat comme le coeur de Paris. Hugo n'est plus le grand-père de Jeanne et Georges anéantis par la douleur, il est devenu l'emblème d'une nation orpheline.

Hugo rendu aux miséreux, aux anarchistes, aux exilés, aux lecteurs qui auraient voulu être de ses amis.

Il les laisse seuls, seuls face à l'impossible vérité de l'Histoire, face à eux-mêmes, poignée d'hommes marqués, embrouillés et emportés par les violences et les rêves du siècle écoulé. Seuls avec ce vieux dilemme du monde à changer, cette lancinante question de la radicalité et de la modération, ce besoin de troubles et de paix. Il était homme irrésolu qui fournissait les mots de la révolte, mais écrivait comme on recoud les hommes. Comment feront-ils?

Et il sourit, salle Laprade chez les anarchistes, il sourit de ses lèvres fines, parce que le mélange est en train de prendre, on y décide de se rendre aux obsèques avec deux drapeaux noirs portant des inscriptions en rouge, sur l'un sera écrit "Les Châtiments", sur l'autre "Les Misérables". Les mots sont en train de faire leur oeuvre, ils n'appartiennent plus et depuis longtemps à celui qui les a écrits, mais à ceux qui les ont lus ou simplement entendus. Ils transportent des cadavres, des affamés, ils font flamber le rêve et la colère, la légende de Paris prêt à s'insurger, ils tissent leurs lettres sur le drapeau noir de l'anarchie, ils raccommodent les révoltés et le poète sénateur, ils voyagent et ils sont faits pour ça. Et qu'importe la voix qui claque et dit, Nous autres anarchistes, nous nous foutons de Victor Hugo, si nous allons à son enterrement ce n'est pas pour l'homme, mais bien pour affirmer nos droits et manifester nos sentiments de vengeance contre cette société qui nous opprime.

(...) Les ténors étaient là, mais divisés, sur Hugo ou sur les opportunités, il fut donc décidé de laisser l'autonomie à chacun des groupes. Ils n'en finissent pas de s'interroger, il n'était pas socialiste Hugo, oui mais toujours sur la brèche, il vivait en bourgeois, oui mais si soucieux des déshérités, il n'était pas une voix de l'insurrection de la Commune, oui mais il gronda pour sauver Louise Michel de la mort et pour qu'on les sorte du bagne, alors que faire? Partout les mêmes questions, le même méli-mélo. Chez les libres-penseurs du 14e, l'un s'est déclaré grand admirateur du poète mais pas partisan du drapeau rouge dans le cortège.

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