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Comment tu parles de ton père : Joann Sfar

Comment tu parles de ton père : Joann Sfar

   Difficile de parler de son père, cette image idolâtrée ou impressionnante de l'enfance. Une référence, un exemple à suivre ou à fuir? La question n'est pas simple à résoudre.

 

  Joann Sfar nous propose sa vision chaotique et aimante de son père. Cet artiste, en plein tournage, apprend la mort imminente de son père. Il arrête toutes ses activités et rejoint sa soeur auprès de ce père mourant.

  De cette mort, il fera le point de départ de sa redécouverte de ce qui a fait de lui un homme. Il décrit les liens ambivalents entre un fils et son père. L'auteur se reproche parfois de désobéir aux injonctions de son père et au poids des convenances religieuses. Cependant, l'empreinte de l'éducation est omniprésente tout au long du livre.

 

   Selon Freud, l'enfant tue le père pour se construire. Joann Sfar ne réalise réellement cette interprétation qu'au moment de la mort physique de son père. Le cheminement psychique s'arcboute sur ses visions et souvenirs de l'enfance et de l'adolescence.

Ne vous focalisez pas sur des révélations incroyables ou abominables, il s'agit simplement d'un écrit doux et bienfaiteur sur un père, simplement un père. Il faut laisser à l'auteur le courage de parler à son père post-mortel.

Quand il était en pleine forme je n'arrivais pas au bouton de l'ascenseur. J'avais la tête à la hauteur de sa boucle de ceinture. Un jour, il lui a fallu allonger les bras pour lire. Il collait son Nice Matin sur le mur du fond des cabinets. On lui a mis des lunettes et ça a été la fin des haricots. A la vitesse de l'éclair, j'ai grandi, il a eu ma petite soeur, il a quitté la maman de ma petite soeur. Il a sauté toute la Côte d'Azur. Mary est morte. Il est tombé de vélo. Pardon. Il est tombé de vélo et en le voyant à l'hôpital, mamy est morte. Puis il a eu la prostate. Encore pardon : il n'a plus eu la prostate et après les tremblements ont commencé. Quatorze ans de Parkinson et hop ! Injections de morphine sous-cutanées car les veines ne marchent plus. Et moi, sans doute, il me faut des lunettes.

- Je ne suis pas comme les autres.
- Au contraire ! Tu as la chance d'avoir appris avant les autres que tu étais mortel. Vis chaque jour.
Je ne sais pas si mon papa m'en a voulu. Je ne sais pas s'il s'est jamais dit que si je n'avais pas été là, il aurait pu sauver maman. Je ne sais même pas ce que moi j'éprouve sur tout ça.

Ma singularité est née à la montagne, au décès de ma mère. Je ne crois pas que j'aurais dessiné si ma mère avait vécu, je n'aurais certainement pas consacré ma vie à raconter des histoires non plus. J'ai beaucoup aimé être orphelin. Cela m'a mis très tôt face au monde. Au moment où les autres connards attendaient encore que Dieu leur serve de petites roues au vélo, je tenais debout correctement, comme un adulte bizarre, de trois ans et demi. A l'inverse, la mort du père me rend banal. Enfin sans doute je vais être compris puisque le présent ouvrage a raconté la bagarre la plus ordinaire qui soit : survivre à son géniteur et s'apercevoir, parfois avec horreur, qu'on lui ressemble.

Ma mère est morte à la montagne, c'est plus joli. Je dois m'efforcer de rester davantage orphelin de mère que sans père.

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