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Cuba, Pays aux mille visages ! Dieu n'habite pas La Havane: Yasmina Khadra

Cuba, Pays aux mille visages ! Dieu n'habite pas La Havane: Yasmina Khadra

 Don Fuego, un chanteur adulé d'un cabaret de la Havane, perd son statut lors de la vente de l'établissement à des capitaux étrangers. La Havane oublie ses racines pour se tourner vers le capitalisme ce qui bouleverse bien des existences. 

 Le chanteur déchu retrouve une seconde jeunesse dans un aveuglement amoureux. Il est hypnotisé par une déesse sulfureuse dont il ignore les agissements. A soixante ans, doit-il tout reconstruire pour son nouvel amour ou s'accommoder de sa nouvelle existence ?

 

 Dieu a peut-être déserté le coeur des hommes mais il sème selon sa volonté des grains de bonheur. Que l'on donne à Dieu, au Temps, au Hasard des pouvoirs, le lecteur s'en remet à l'écriture fluide, efficace et hypnotisante de Yasmina Khadra.

 L'écriture à la première personne se veut percutante comme une rumba endiablée. La musicalité du roman accompagne les divagations d'un chanteur en manque de repère. Le début du roman assène un coup de poing à l'artiste reconnu dans le monde entier, le deuxième round le laisse K.O., le troisième lui octroie une immense joie, le quatrième lui laisse un goût de néant. La fin du roman lui accorde la douceur d'une salsa.

 Pour les amoureux de Cuba, l'enquête de Juan sera une visite guidée de l'île.

 Ce roman est une vraie introspection dans son moi intérieur et son rapport au monde et surtout son rapport à l'autre.

- Je ne crois qu'en un seul Dieu, unique et incontestable, celui qui fait et défait toutes choses en ce monde : le Temps. Et il ne reconnaît qu'un prophète digne de lui : le hasard.

Que m'arrive-t-il? Après qui suis-je en train de courir? Après elle ou après moi? Dans ma tête, un seul cri retentit sans cesse : retrouve-la. Ne cherche pas à comprendre. Il n'y a rien à comprendre. Lorsque le coeur s'invente une histoire, la raison n'a pas voix au chapitre. Je suis comme fou. Je croyais que ma vie m'appartenait, et voilà qu'une fille dont je ne connais pas grand-chose me la confisque. Comment une illustre inconnue a-t-elle pu m'habiter jusqu'à se substituer à mon âme? Sa disparition est un gouffre qui n'en finit pas de m'engloutir. Je me sens apatride sur mon propre territoire. Ne me reconnaissant plus, je crapahute à côté d'un étranger. Désemparé. Perdu. Aussi pauvre qu'une branche en hiver, aussi triste qu'un clown. Je ne peux que frapper dans mes mains en signe de désarroi, halluciner à chaque coin de rue en croyant la voir. Mayensi partie, elle a aspiré l'air que je respirais et m'a laissé sous vide.

(...) Il s'agit d'une même thérapie sauf que le protocole que propose la poésie est différent de celui de la musique. Le poète nous inspire, le chanteur nous respire. Le poète nous éclaire, le musicien nous enflamme. C'est dans cette nuance que réside la singularité de celui qui dit et de celui qui chante. C'est une question d'ouïe, plus précisément du réglage de l'ouïe, du dosage de la concentration. On ne prête pas la même attention à un récital de poésie qu'à un concert de musique. On n'est pas là pour la la même raison, même si dans les deux cas de figure, le but est le même : rechercher l'évasion. Le rapport à la poésie est plus intime. On est dans la quête tranquille de soi. Avec la musique, on adhère aux autres, on est dans l'élan et non dans la retenue, dans le don de soi et non dans sa quête. Les gens ne vont pas au concert chercher des vérités mais pour rompre avec elles. Ils réclament des paroles qui donnent envie de jeter au diable la réserve, de se soûler jusqu'à prendre une mouche pour un oiseau paradisiaque, de se foutre à poil en criant haut et fort : au diable les carrières et les révolutions. Avec la poésie, on réintègre son élément, on s'interroge sur le sens de la vie, on est rendu à la réalité du monde, on tente d'élucider certains mystères de cette même réalité, de percer la complexité des êtres et des choses...

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