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Le dernier jour d'un condamné à mort : Victor Hugo

Le dernier jour d'un condamné à mort : Victor Hugo

Pour un retour à des lectures classiques, j'ai désigné, au hasard, dans ma pile de livres, une oeuvre de Victor Hugo qui me tenait à coeur.

 La condamnation à mort reste un sujet d'actualité dans certains pays. Nous pouvons remercier son abolition en 1981, en France, grâce à une volonté politique mais aussi humaniste. "On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort ne point se prononcer dire oui et non, tant qu'on n'a pas vu de ses yeux une guillotine".

 Revenons à ce monologue intérieur qui révèle tous les sentiments du condamné. Le forçat, dont on ignore le nom, relate les angoisses de son incarcération, les tortures infligées tant morales que physiques. 

 Le fait que ce récit soit écrit à la première personne accapare le lecteur qui s'identifie rapidement à cet homme. Le lecteur se confronte à sa propre liberté et à cet enfermement qui mène à une fin inéluctable. 

Une pluie fine et pénétrante glaçait l'air, et collait sur leurs genoux leurs pantalons de toile, de gris devenus noirs. Leurs longues barbes, leurs cheveux courts, ruisselaient; leurs visages étaient violets ; on les voyait grelotter, et leurs dents grinçaient de rage et de froid. Du reste, pas de mouvements possibles. Une fois rivé à cette chaîne, on n'est plus qu'une fraction de ce tout hideux qu'on appelle le cordon, et qui se meut comme un seul homme. L'intelligence doit abdiquer, le carcan du bagne la condamne à mort; et quant à l'animal lui-même, il ne doit plus avoir de besoins et d'appétits qu'à heures fixes. Ainsi, immobiles, la plupart demi-nus, têtes découvertes et pieds pendants, ils commençaient leur voyage de vingt-cinq jours, chargés sur les mêmes charrettes, vêtus des mêmes vêtements pour le soleil à plomb de juillet et pour les froides pluies de novembre. On dirait que les hommes veulent mettre le ciel de moitié dans leur office de bourreaux.

Oh ! est-il bien vrai que je vais mourir avant la fin du jour ? Est-il bien vrai que c'est moi ? Ce bruit sourd de cris que j'entends au-dehors, ce flot de peuple joyeux qui déjà se hâte sur les quais, ces gendarmes qui s'apprêtent en robe noire, cet autre homme aux mains rouges, c'est pour moi ! c'est moi qui vais mourir ! moi, le même qui est ici, qui vit, qui se meut, qui respire, qui est assis à cette table, laquelle ressemble à une autre table, et pourrait aussi bien être ailleurs; moi, enfin, ce moi que je touche et que je sens, et dont le vêtement fait les plis que voilà !

J'ignore comment cela se faisait ; dans la brume, et malgré la pluie fine et blanche qui rayait l'air comme un réseau de fils d'araignée. Chacun de ces détails m'apportait sa torture. Les mots manquent aux émotions.

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Aurore 22/02/2017 10:34

Bonjour !
Je crois l'avoir lu en 3ème, et j'avais réalisé un dossier sur la peine de mort suite à cette lecture. Réellement puissant !

Tassa 22/02/2017 00:21

J'avais bien aimé cette lecture au lycée (ou au collège?) et cela avait éveillé des tas de questions lors d'un débat en classe. La plume de Victor Hugo est une des plumes que j'admire le plus.