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Les Vous et les Tu : Voltaire

Les Vous et les Tu : Voltaire

   Une petite présentation du poète : de Voltaire, l'Histoire et les élèves retiendront sou goût prononcé pour la philosophie qu'il découvrira en Angleterre durant un exil forcé. Voltaire se joue de toutes les déférences dues à son rang. Il aime choquer l'opinion avec ses écrits. Après quelques séjours à La Bastille, il apprend à mesurer ses propos. Il se fait entendre plus par ses écrits que par son comportement. 

 

  Ses écrits sur le régime politique de l'époque et sur les dogmes religieux lui valent un exil plus long. Il rejoint la Suisse et s'entoure de grands auteurs à qui il transmet sa vérité sur le monde. Des textes, les plus connus et les plus étudiés, nous retiendrons "les lettres philosophiques", "Zadig" et "Epîtres à Uranie".

 

    Explication succincte du poème : comment s'adressez à l'être aimée ? Le pronom "tu" permets le contact, la familiarité, le privilège de la jeunesse. Le pronom "vous" crée une distance liée au rang et à l'embourgeoisement. Sa dulcinée était abordable, aimante, durant sa prime jeunesse. Cependant, maintenant, la maturité impose le respect.

 

Philis, au temps de sa jeunesse, aimait et se donnait sans retenue à Voltaire. À l'aube de la maturité, couverte de bijoux, elle n'inspire que le respect. Sa part de naïveté s'est enfouie sous la richesse. Son amour s'éteint face à la brillance de l'or. 

À cette époque, les débuts amoureux invoquent un certain respect puis le pronom "tu" prend tout son sens dans l'intimité. Pour Voltaire, le contraire se produit.

 

Laissons place à cette déclaration d'amour perdu.

 

Philis, qu’est devenu ce temps
Où, dans un fiacre promenée,
Sans laquais, sans ajustements,
De tes grâces seules ornée,
Contente d’un mauvais soupé
Que tu changeais en ambroisie,
Tu te livrais, dans ta folie,
A l’amant heureux et trompé
Qui t’avait consacré sa vie ?
Le ciel ne te donnait alors,
Pour tout rang et pour tous trésors,
Que les agréments de ton âge,
Un coeur tendre, un esprit volage,
Un sein d’albâtre, et de beaux yeux.
Avec tant d’attraits précieux,
Hélas ! qui n’eût été friponne ?
Tu le fus, objet gracieux !
Et (que l’Amour me le pardonne !)
Tu sais que je t’en aimais mieux.

Ah ! madame ! que votre vie
D’honneurs aujourd’hui si remplie,
Diffère de ces doux instants !
Ce large suisse à cheveux blancs,
Qui ment sans cesse à votre porte,
Philis, est l’image du Temps ;
On dirait qu’il chasse l’escorte
Des tendres Amours et des Ris ;
Sous vos magnifiques lambris
Ces enfants tremblent de paraître.
Hélas ! je les ai vus jadis
Entrer chez toi par la fenêtre,
Et se jouer dans ton taudis.

Non, madame, tous ces tapis
Qu’a tissus la Savonnerie,
Ceux que les Persans ont ourdis,
Et toute votre orfèvrerie,
Et ces plats si chers que Germain
A gravés de sa main divine,
Et ces cabinets où Martin
A surpassé l’art de la Chine ;
Vos vases japonais et blancs,
Toutes ces fragiles merveilles ;
Ces deux lustres de diamants
Qui pendent à vos deux oreilles ;
Ces riches carcans, ces colliers,
Et cette pompe enchanteresse,
Ne valent pas un des baisers
Que tu donnais dans ta jeunesse.

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