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Le vertige des falaises : Gilles Paris

Le vertige des falaises : Gilles Paris

Une prison à ciel ouvert !

 

  L' Île renferme des secrets inavoués. Les silences sont plus lourds de sens que des mots bredouillés. Les mensonges enferment cette famille au bord de l'asphyxie dans cette maison vitrée au bord des falaises.

   Marnie, adolescente, assiste à l'enterrement de son père puis de son grand-père. Cela ne semble pas l'affecter. Cette enfant, rebelle, fuit la réalité, se réfugiant derrière des non-dits. Après tant d'années à côtoyer les silences, les mensonges, elle s'est forgée le caractère des insoumis. Les hommes ne prendront pas le pouvoir sur elle. Marnie devient la bouée de secours de deux femmes à la dérive. Olivia, sa grand-mère, a subi des violences physiques de la part d'Aristide qui lui avait construit sa prison de verre. (Monument bâti sur les ruines de son enfance heureuse). Luc, le père de Marnie, abandonne femme et enfant pour se réfugier dans le jeu et les femmes de petite vertu.

 

  Dans ce roman choral, Gilles Paris aborde la violence silencieuse et vicieuse. Il bluffe le lecteur par les divers points de vue apportés.Trois femmes racontent leurs histoires, leurs espoirs et leurs désenchantements. Un roman polyphonique qui donne un pouvoir et une dimension plus accrue à la violence qui se décline sous le mode des coups portés, des cris étouffés, des silences et de l'abandon. 

   À ces trois femmes, il faut ajouter le poids étouffant et castrateur de l'Île (avec un Î majuscule comme une personne à part entière) et le pouvoir de cette maison construite de verre et d'acier qui emprisonne jusqu'à l'agonie.

 

   Ce roman est puissant de rage et de douleur. L'intensité du mutisme accable le lecteur qui voudrait crier pour ces femmes et qui reste impuissant face à l'inconcevable. Gilles Paris agit en maître des sentiments, disséquant, analysant les moindres recoins de l'âme. 

 

   De nouveau, je reconnais à cet auteur ces lettres de noblesse. Encore une fois, je suis restée muette et triste de laisser ses personnages. Dans les romans de Gilles Paris, le lecteur souhaite prolonger l'histoire. Cet auteur a le don de vous faire aimer ces enfants, ces femmes et ces hommes. Le lecteur devient le confident de ces êtres en détresse. Chez Gilles Paris, le lecteur retrouve une sensibilité fine et infinie et une note d'optimisme magnétique.

 

 

- Toi, tu as des yeux, alors profite de ce miracle. Regarde tout, même ce qui est insignifiant, dis-toi que les couleurs ont des nuances, ou des formes, moi je les invente, ce n'est pas pareil. Je ne les ai jamais vues. Toi, il te suffit de soulever la paupière, Je n'essaie pas d'être aveugle, je le suis depuis ma naissance.

(...) Prudence et Géraud ont tenu leur promesse, c'était notre pacte. Aristide a cessé de fréquenter l'église et Côme s'est habitué à ma seule présence. Ni Luc, ni Rose, ni même la petite ne s'en sont doutés et je dois avouer que j'ai su conserver les apparences avec un certain panache. Même si les fêtes et les dîners ont cessé à Glass, en dehors du mariage de Luc et de Rose. La violence m'avait ôté toute joie de paraître . Les portes et les murs épais de Glass ont enterré le reste. La disparition d'Aristide ne m'a ni soulagée, ni attristée. Pour moi l'homme du parasol était mort depuis longtemps. Je cachais quelques pelures d'oignon dans une petite boîte à pilules qu'il m'a suffi de respirer le jour de l'enterrement. Il fallait que l'Île et les miens me voient pleurer. J'avais vécu quarante ans auprès d'un monstre et nous étions quatre à le savoir.

De toutes les maladies, même les plus mortelles, celle-ci s'est imposée comme la plus injuste. La violence est une maladie de l'âme, qu'elle soit sous l'emprise de l'alcool ou de la colère. Rien ne la soigne vraiment sauf peut-être la mort qu'on vient à souhaiter comme une délivrance.

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