Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Une femme de ménage : Jérémy Bouquin

Une femme de ménage : Jérémy Bouquin

  Ce qu'il y a de plus encombrant dans un meurtre, outre le corps, ce sont les indices laissés sur la scène de crime. Vous avez un macchabée sur les bras et des preuves à faire disparaître, faites appel à Sandra, une femme de ménage méthodique et très discrète !

 

  Si vous recherchez des sentiments bienveillants, ce n'est pas dans ce roman que vous les trouverez. La méthode est froide, sanguinaire. L'auteur ne laisse pas de place aux sentimentalismes. Dans ces moments intenses, il ne faut pas se laisser happer par le doute ou par l'émotion. Les modes opératoires ne doivent en aucun cas être perçus par les enquêteurs. La compassion, vaste dilemme, qui scinde le lecteur en deux. Doit-il compatir à la souffrance du pauvre malheureux occis ou au contraire valider le travail accompli par une femme de ménage ordrée?

 

 Le personnage de Sandra ne dégage aucun amour. Elle vit avec ses propres démons dans une maison isolée et délabrée. Joignable à toutes heures du jour et de la nuit, Sandra coupe, dissèque et  brûle des corps. Cependant cette vie morbide commence à peser sur ses épaules. La nausée survient quand elle découvre cette énième scène de crime. Les corps sont vidés de leur sang. Elle se sent mal à l'aise, des hommes la surveillent et que veulent dire toutes ces roses?

 

 Le point de vue appliqué par Jérémy Bouquin bouleverse les codes du polar. Le trash des descriptions peut décontenancer le lecteur. Brutes, violentes, insoutenables, les scènes de crime s'enchaînent pour un réalisme plus ancré dans cette réalité crue.

  Roman au bord des lèvres qui m'a captivé cependant la fin me perturbe. J'espérerai une apothéose et je découvre une déception. J'attendais peut-être trop car j'étais poussée par ce rythme effréné qui stoppe net et se désagrège. Le soufflet retombe.

 

Sandra débite, lacère. Elle cisèle en gros. Fracasse à coup de marteau des jointures, les articulations. Elle pose un torchon pour amortir le bruit et frappe sèchement. Plus elle détaille les macchabées, plus le gars derrière s'écarte. La vue du massacre l'embarrasse.
Il en a la gerbe...
La belle emballe, mécaniquement, chantonne même plusieurs fois, du classique, Carmen. Elle adore l'opéra. Elle éclate en rythme. Avance vite. Détailler un corps lui prend une demi-heure grand maximum.

Presque trois jours non-stop, trois jours sans s'arrêter. Les morts s'enchaînent trop vite. Sandra nettoie la folie humaine. La cruauté a un goût, une odeur, celle du sang, de la merde, la fumée des armes à feu.
Ce monde devient fou.
Elle n'en peut plus, elle n'arrive plus à fournir. Trois ans qu'elle nettoie sans cesse. Trois ans qu'elle efface cette folie furieuse. Depuis quelque temps l'humanité devient dingue, l'humanité s'entre-tue en silence, se déglingue.
Les morts s'accélèrent.
En trois ans, elle a "effacé" combien de cadavres?

Elle le sent !
La sensation n'est pas partie ! On l'observe ! On la regarde. Elle a vu une ombre dehors.
Elle a complètement changé. D'un coup. Sandra est devenue comme dingue, parano.
Elle est terrée. Elle a fermé toutes les fenêtres, les portes, vérifié deux fois dans les placards, le grenier.
Elle est complètement paniquée, au moindre craquement, au moindre souffle du vent dans les volets elle sursaute, comme si un esprit la poursuivait.

Rendez-vous sur Hellocoton !