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Frappe-toi le coeur : Amélie Nothomb

Frappe-toi le coeur : Amélie Nothomb

  Une rentrée littéraire sans Amélie Nothomb, c'est comme une charlotte aux fraises sans fraise (j'avais pensé au départ à la choucroute mais la comparaison aurait été peu flatteuse) cela manque de finesse.

  "Frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie" d'Alfred de Musset résume ce roman. Diane, une enfant délaissée par sa mère, recherche l'amour à travers des rencontres. Pas des rencontres amoureuses comme le lecteur pourrait le présager mais des rencontres amicales solides et salvatrices. Diane n'a pas le gout des liaisons passagères. Elle travaille hardiment, fuit sa famille pour ne pas tomber dans le gouffre de la jalousie et se construit son avenir. Des liens se tissent avec des personnages qui comprennent son mal-être. Cependant, le passé vous rattrape toujours. Diane tente tous les moyens pour oublier néanmoins dans les yeux de Mariel, une enfant méprisée, elle comprend qu'à travers ses propres maux il existe des souffrances encore plus dévastatrices.

 

  Amélie Nothomb revisite les liens maternels sur le mode déshumanisé. Ce n'est pas l'auteur de la positive attitude. Elle dévoile les vices des mères qui ne supportent pas leur propre progéniture. Elle désacralise l'instinct maternel et remet sur le banc de touche les biens-penseurs qui diabolisent la mère incapable d'aimer. Elle fait le distinguo entre une mère qui n'a pas d'affection avec son enfant et une mère qui méprise son bébé.

 

   Ce roman se lit très vite (comme tous les "Amélie Nothomb"). Le sujet est finement traité cependant dans la perception de Diane, enfant, le lecteur pourrait regretter un manque de sensibilité enfantine. Quand le regard devient externe, la description des émotions de Diane développe une sensibilité plus adulte qui correspond à la maturité de l'auteur. Amélie Nothomb travaille sur une distanciation de l'être qui mériterait un approfondissement. 

Le lecteur reste stoïque devant cette fin de roman abrupte. 

Mon avis : Roman agréable mais sans conviction sur le souvenir qui restera impérissable.

 

Diane ne se rendormit pas. La révélation de l'amour ne cessait de la parcourir. Certes, dans les bras de son père, de mamie, de papy, elle avait senti qu'elle était aimée et qu'elle aimait. Mais ce qu'elle avait éprouvé dans les bras de sa mère était d'une nature autre : cela relevait de la magie. C'était une force qui élevait, transissait, broyait de bonheur. Cela tenait à l'odeur de sa mère, qui l'emportait sur les fragrances les plus exquises. Cela avait à voir avec la voix de sa mère, qui, quand elle lui avait parlé cette nuit-là, était la musique la plus délicieuse qu'elle ait entendue. Cela se complétait par la douceur de la peau et de la chevelure de sa mère, qui avait achevé de transformer cette étreinte en une longue caresse soyeuse.

A 11 ans, Diane sentit son univers s'effondrer. Jusqu'alors, si elle avait pu tenir, c'est parce qu'elle croyait sa mère inconsciente de sa souffrance. Et là, elle découvrait que dans la version maternelle, c'était elle la coupable de l'absence de tendresse qui lui était adressée. L'accusation de jalousie relevait du comique, comparée à celle-là. Comment allait-elle continuer à vivre, étouffée qu'elle était par le sentiment d'une injustice démentielle?

Si seulement cela n'avait été que de la haine! Il apparaissait maintenant à Diane que le mépris était pire que la haine. Celle-ci est si proche de l'amour, quand le mépris lui est étranger. "Au moins, ma mère ne m'a jamais méprisée", pensa-t-elle. Le sort de Mariel la fit frémir.

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latata 13/09/2017 20:48

Elle était à La grande Librairie,elle a parlé de la jalousie dans son style bien à elle bondissant d'une sorte de vérité à de l'ironie ;)

toujoursalapage 14/09/2017 11:44

Cette auteur reste toujours en retrait et garde une pudeur vis à vis des sentiments trop expressifs.