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Je peux me passer de l'aube : Isabelle Alonso

Je peux me passer de l'aube : Isabelle Alonso

    La Seconde Guerre Mondiale touche à sa fin néanmoins l'histoire ne se clôt pas pour les opposants au régime de Franco. Angel, âgé de 15 ans, espère rejoindre sa famille en Italie mais les rouages de l'Histoire veulent en décider autrement. 

    Angel, enrôlé enfant dans une guerre qu'il croyait comprendre (malgré les réticences de son père), lutte dans un camp pour rejoindre les siens. En sortant de ce camp, il découvrit, anéanti, que les conséquences de la guerre vont être très dures à effacer. Il subit les affres du manque de nourriture, de la violence qui  souille la ville, les dénonciations qui inondent les rues. Angel quitte vivant un camp de concentration pour rejoindre une prison à ciel ouvert.  Angel, ne manquant pas d'humour, continue à se battre contre Franco, refusant de faire le service militaire. Il vit de manière clandestine.

 

   De ces faits historiques, le lecteur retiendra cette volonté farouche de vivre et de survivre. Sur un ton parfois décalé ou badin, Isabelle Alonso retrace l'itinéraire d'une nation prisonnière. Isabelle Alonso autopsie une Espagne en souffrance. Chaque avancée du nazisme fait reculer l'espoir d'une vie nouvelle, d'une liberté retrouvée. Le narrateur, âgé de 16 ans, scrute son avenir avec un regard d'ancien prisonnier. De ces états découle une rage de survivre. Dans Franco et sa politique, il décompose un pan de l'histoire comme un cri de condamné.

 

   La prouesse d'écriture permet de mettre en exergue l'histoire et les résolutions de certains et la rage de liberté d'autres. Un roman qui vous tient en haleine comme les derniers survivants du Titanic accrochés à un morceau de bois dans cette volonté immense de vivre.

 

   Un roman sur fond d'histoire à conseiller aux amoureux de l'Espagne.

 

BATAILLON DE TRAVAILLEURS. ça sonne bien, ça sonne noble. ça sonne comme des mots à nous. Si j'avais entendu cette expression avant la défaite, j'aurais imaginé une cohorte d'hommes volontaires, solidaires, animés par une conscience de classe taillée dans l'airain, consacrant leurs forces à la collectivité, à la construction du socialisme, tels des héros de l'Union soviétique, Stakhanov et tant d'autres. Mais nous avons perdu la guerre. Nous sommes livrés aux franquistes. Ce qu'ils appellent "bataillon de travailleurs" est ni plus ni moins qu'un régiment disciplinaire. Une escouade de forçats. Personne n'est volontaire et encore moins solidaire. Personne n'a commis d'autre faute que d'être vaincu. Le bataillon numéro 12, dont j'ai le privilège de faire partie, s'établit à Gerona dans un premier temps. Nous remontons vers le nord, donc. Vers la frontière. Je n'avance toujours pas, et même, je recule.

Je fais ce que je peux, c'est-à-dire pas grand chose. j'observe la nouvelle Espagne, cavernicole, asphyxiée par la censure. Plus de journaux, plus de livres. De nouvelles chansons apparaissent, cyniques et triomphantes. Les affiches de cinéma, les frontons de théâtre annoncent des épopées guerrières, des contes religieux, des destinées exemplaires, qui nous démontrent à l'envi que nous avons perdu la guerre...On ne risque pas de l'oublier. ça me fend le coeur de penser que si les nazis continuent leur marche triomphale, Sol et Peque vont grandir dans ce monde vermoulu où tout est péché. Tout ce qui était drôle, stimulant, instructif est désormais interdit.L'école novatrice, libre, ambitieuse qu'ils auraient pu fréquenter a disparu. Les instituteurs sont en première ligne des represaliados. Morts ou interdits d'exercer. Voilà les petits condamnés à ingurgiter la litanie des hymnes franquistes, des bondieuseries et de la nouvelle matière scolaire obligatoire, la "formation de l'esprit national". Tout u programme. A se pendre. Mon vrai pays semble avoir disparu, englouti comme le Titanic, dans une mer glacial et sans fond.

La guerre telle que nous l'avons connue, telle qu'elle s'est imprimée dans notre mémoire, déchaîne sa fureur : vacarme des immeubles qui s'écroulent, urgence des explosions, il faut courir, parfois ramper, se mettre à l'abri. On voit le sang, les nuages de poussière, les arbres déchiquetés, les décombres, les morts. A cette frénésie-là a succédé une guerre d'un autre type, plus discrète, plus insidieuse et plus cruelle. Ma petite soeur va à l'église sans croire en Dieu, elle a déjà appris à se trahir elle-même. Mon petit frère la voit faire, comprend que ce qui se dit dans la maison est interdit au-dehors. La duplicité est devenue un mode de vie. Le renoncement aussi. Jusqu'au point où l'on ne sait même plus à quoi on renonce....

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