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LIMOUSINES BLANCHES ET BLONDES PLATINE : Dan Fante

LIMOUSINES BLANCHES ET BLONDES PLATINE : Dan Fante

Encore un Dante ! Mais une autre manière d'écrire.

Un phénomène de la Beat Generation, où les seules règles sont la défonce (alcool et la drogue sous toutes ses formes) et le refus toutes les conventions sociales.

Dan Fante, sous les traits de Bruno Dante, écume les bars, essaie toutes les drogues. Par le biais de nombreux mensonges, il rejoint une société de leasing. Il devient chauffeur de maître pour les loosers de L.A. Cet auteur, en total décalage avec un milieu qu'il exècre, flagelle son cerveau de drogue dure ou légale pour écrire.

Cette autobiographie égratigne l'image ambivalente de cet auteur qui tente d'être édité. Dan Fante livre ses errances dans les rues de Los Angeles avec des litres de bourbon, de whisky dans le sang. Il raconte ses démons (surtout Jimmy) qui pourrissent son cerveau.

Ses délires hallucinatoires le poussent dans des automutilations. Tous ses problèmes sont une raison pour boire, être hors de son corps.

Il raconte ce lien transmis de père en fils, une union destructrice avec l'alcool : son père, son frère sont mort par le biais de l'alcool. Le foie de son frère qui éclate est un détail qui ne le freine pas dans sa consommation.

Il essaie les cures, les alcooliques anonymes mais rien ne peut étancher sa soif. Même les femmes consommées comme un rail de coke, n'étanchent pas sa soif de destruction.

J'avoue préférer ses poèmes directs à son autobiographie. Il est évident qu'une virée dans sa limousine vaut bien un bon verre car la description vraie des dessous de L.A. est un pur bonheur.

 

Être chauffeur de limousine à L.A. est une drôle de façon de gagner sa vie. Un peu comme de bouffer de la merde au cul d'un chien, pour faire plaisir à Dieu le père. La clientèle de Dav-Ko L.A. était principalement constituée d'oiseaux de nuit et autres zombies : riches producteurs suramphétaminés ou jeunes stars du rock aussi cons que gâtés, rappeurs style gangsta avec le flingue enfoncé dans le calbute, anciens acteurs alcooliques privés de permis, et une tripotée de frimeurs pétés de thune. Des êtres humains incarnant les pires travers de L.A. : un ego surdimensionné et beaucoup trop de blé.

De retour chez moi, j'ai emballé mes habits et commencé à démonter mon bureau et mon ordinateur. Posée sur ma table de travail : une pile de feuilles. Quinze nouvelles au total. Près de cent soixante-dix pages. De la bonne came. De bonnes histoires. Peu importait ce qui allait m'arriver après Dav-Ko, j'avais au moins ça. Ma vie n'était pas qu'un gros double cheese fourré à la merde. Ces textes en étaient la preuve tangible. J'avais également réussi à faire chauffeur de maître à L.A., dans une bonne boîte. J'avais tenu mon poste. Oublions Dav-Ko. Je rebondirais. J'avais l'habitude.

Mon estomac s'est noué. J'avais échoué une fois de plus. Personne ne daignait même jeter un œil à mon boulot. De l'autre côté de mon bureau, il y avait un mur rempli de bouquins ; tout ce que je voulais, c'était que mes mots puissent y sommeiller en paix, au milieu de Kafka, Shakespeare, Miller, Steinbeck, Selby, O'Neill, Tennessee Williams, Wallant et Hemingway. J'étais un raté de quarante-deux ans. Un type qui était tombé dans tous les pièges de la vie. Un naze de première bourre. Même pas un écrivain, juste un semi-mutant de Los Angeles. Un paumé parmi les milliers de crétins d'aspirants artistes qui avait attaché son cœur et son esprit à des mensonges, se raccrochant pathétiquement à un fil d'espoir élimé.

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DE L'ALCOOL DUR ET DU GENIE : DAN FANTE

DE L'ALCOOL DUR ET DU GENIE : DAN FANTE

Dan Fante, auteur atypique américain, plonge le lecteur dans sa vie dissolue.

Il dilate au vitriol sa vie de déchéance. Loin de se lamenter sur sa vie misérable, qu'il assume avec amertume, Dan Fante revient sur ses années de galère où l'alcool devient son seul compagnon d'infortune.

L'auteur s'attaque pour la première à l'absence de son père et au suicide de son frère. Dan Fante évoque ses liaisons amoureuses vouées à l'échec, ses mariages ratés. Il revient sur son véritable cheminement, son accouchement littéraire. Il raconte, sous forme de poèmes, ses errances, ses démons et sa chance d'avoir rencontré la littérature (seul élément salvateur de sa vie de débauches).

 

Sa littérature est un coup de poing dans le ventre. Les tripes sont éventrées comme un retour de beuverie où l' alcool laisse un gout amer. La gueule de bois n'est qu'un faible remède aux souffrances qui le rongent. Un père tyrannique, un frère violent qui ne désire que sa mort, Dan sonde son passé trouble à travers l'alcool et la drogue.

Ses rencontres de biture le confortent dans cette vie sordide. Seule, l'écriture pourra lui permettre de suivre le bon chemin et permettre sa reconstruction précaire, car un alcoolique, tel que Dan, reste un homme en colère qui lutte.

Dan Fante écrit avec son sang et ne s'entoure pas de fioriture. Le verbe est direct. Les sonorités incisives et blessantes. Cet auteur n'a pas besoin de se cacher, il se livre sans pudeur, parfois avec agressivité. Cependant, derrière cette agressivité, se cache une rage de vivre.

Il ne savait pas que moi aussi je sais - le désespoir
et la folie
ce que le vide et la solitude et la rage peuvent te faire quand tu n'as rien d'autre que ta misère en poche et pour maison une Pontiac 78 déglinguée plantée dans une impasse de West L.A. et cette voix dans ta tête qui te mine et te tue un peu plus chaque jour et tu te réveilles et tu rebois de ce pinard à goût de pisse pour chasser la folie qui guette et Dieu devient ce type qui sort du 7-Eleven et te refile sa monnaie pour ta putain de bouteille et la peur est encore ce que tu ressens de plus cool et l'amour est mort et le temps est mort et même tes yeux sentent la mort et les voix hurlantes des gens que tu hais te ballonnent les tripes et le seul remède tient dans le petit miracle de vider le verre de plus...

Putain de lui!
je l'écoutais pas
jusqu'à ce que mon cerveau me brûle les cheveux et me dévore
tout vif
que marcher et parler et enfiler mes chaussures et tenter d'écrire et
respirer
tout ça
me tue
et fasse si mal
qu'il n'était pas question de passer cinq minutes de plus dans ma peau

C'est alors que j'ai compris une vérité immuable
les femmes passent
mais une bonne bagnole d'occase
est un trésor

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Ni du voyage, ni du paysage : Corinne Colmant

Ni du voyage, ni du paysage : Corinne Colmant

Premier roman : Ni du voyage, ni du paysage de Corinne Colmant chez éditions unicité

 

 Entre récit et réalité, entre rêves fantasmés et idéologie ruinée, Corinne Colmant dépeint la vie d'une femme sur le fil du rasoir. Tantôt aimante, consumant une vie de Bohème qui lui colle à la peau et tantôt anéantie, brisée par une vie de fuite.

 Sa vie est chahutée comme une marée affolée: elle aime, elle abandonne; elle s'abandonne pour mieux s'enfuir. Eve est une héroïne de Zola marquée au fer rouge par la tare de l'infidélité.

 Cette héroïne synthétise dans son âme toutes les femmes romanesques qui se sont perdues dans un idéal amoureux.

 Corinne Colmant utilise comme colonne vertébrale de son roman l'écriture même de ce roman. Cette histoire s'écrit à deux mains : celle du narrateur qui raconte l'histoire de sa muse en plongeant dans des écrits délaissés par Eve et celle-ci qui reprend la main dans la suite du roman. Ce schéma est à la fois déroutant et passionnant. Le lecteur se pose la question de savoir qui écrit  : Kurt, l'amoureux transis qui ne se résout pas à l'abandon, ou Eve, la femme volage, amoureuse de Kurt ou plus encore Corinne Colmant qui offre aux lecteurs une partie d'elle-même.

 De cette histoire, il ne reste que le point d'ancrage : la villa aux oiseaux. Cette bicoque détruite par les marées comme un fluide glacial s'accroche de toutes ses forces à ce bout de rocher, comme Eve s'était accrochée au seul homme à qui elle vouait une passion éternelle: Kurt.

Roman de soi, roman de l'autre évoluant dans un va-et-vient comme le ressac de la mer qui s'échoue sur le sable et repart rejoindre la mer. C'est aussi un roman initiatique et voyageur où les aventures amoureuses et artistiques se chevauchent ou se délient.

Une belle rencontre artistique!

 

Quelques citations tirées du roman:

 

" Les frasques de sa tante alimentaient les conversations autant que les premières expériences amoureuses d'E, mais Tati avait réussi, passant en revue les scandales familiaux, à persuader l'adolescente qu'elle était affligée d'une tare génétique :

- C'est notoire, ta grand-mère était une femme à la cuisse légère, se commettant, lors d'escapades dans les premières automobiles, avec de sémillants pilotes, sans parler des aviateurs! Quant à ta mère, mieux vaut taire l'inconvenance de sa conduite...

Tati s'était interrompue et avait écrasé E de son oeil de vipère, la jetant dans les tourments d'un secret inavoué."

 

Eve traînait sa valise dans la nuit silencieuse. Les roulettes grinçaient sur les pavés, et les fenêtres s'allumaient. Elle se sentit comme une intruse, à réveiller tous ces gens, à briser l'harmonie du concert nocturne, les ronflements et les souffles plaintifs : elle violait un ordre parfait."

 

"Pendant la vingtaine d'années qu'ont duré mes pratiques artistiques, la scène m'a procuré la sensation exquise de poser mes valises, et de me sentir enfin chez moi, pour un instant. Ce bien-être paradoxal, je l'ai même vécu dans les plus apocalyptiques de mes expériences."

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