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Les eaux troubles du mojito : Philippe Delerm

Les eaux troubles du mojito : Philippe Delerm

Poétiques et lyriques de jolis moments de bonheur à lire !

 

Philippe Delerm décante les petits bonheurs fugaces de la vie. Ils sont à la fois sucrés au cœur d'une pastèque, salés sur une plage. Les bonheurs se glissent dans le regard d'un enfant face à la lecture, derrière des sourires lors de rencontres dans des rues passantes, dans la nostalgie d'un matin volé....

Cet auteur relativise sur les bobos de la vie et redéfinit la notion de bien-être. Être heureux c'est savoir apprécier des moments fugaces qui parsèment une journée, une nuit ou une vie.

 

Aucun doute, vous apprécierez ce recueil de moment de vie qui symbolise et concrétise de manière similaire vos propres existences. Profitez d'un moment délicieux avec vos amis, votre famille! Souriez à la ronde !

 

Un moment de déprime, une légère baisse de moral lisez un bon roman, buvez un verre avec délicatesse, discutez du vrai sens de la vie et surtout VIVEZ LE PRESENT !

Alors ? Alors c'est incroyable, mais pour profiter vraiment du soir d'été, il faut que vienne au coeur l'idée de sa fragilité, la sensation qu'on le vit pour la dernière fois. j'ai fait une salade de fruits pour le dessert. Allumons une cigarette. Souvenons-nous du présent. Vivons dans le présent. Avec le sentiment que c'est presque impossible.

Rien de tel au troisième balcon. On ne possède qu'un Michel Bouquet vu d'avion, une quintessence. En tendant l'oreille on reconnaît cette voix, qui se concentre sur le personnage. Au fond du puits, une alchimie se crée. Impossible de ne pas penser à la chance que l'on a de voir Michel Bouquet dans Le Roi se meurt, puisque l'on est si près de ne pas le voir du tout, ou de voir autre chose. Il faut tant se ramasser, se pencher en avant, se concentrer, faire effort, que l'on reçoit en retour une bulle de théâtre pur, débarrassée de tous les rites sociaux contingents, de toute la bourgeoisie. On pense à la phrase de Roland Barthes :"Dans chaque tragédie de Racine il est question d'une flotte dans un port, comme pour attester que sa négation est proche." Le roi se meurt que l'on a failli ne pas voir, que l'on voit autrement, que l'on voit mal, c'est haut, c'est fort. Il faut tout vivre au troisième balcon.

Pourtant, quand le soleil vient jouer sur le métal, c'est beau, les cadenas d'amour. Tous les messages contigus dessinent une barrière d'or, en arche sur le fleuve. Paris ne s'en plaint pas, Paris est la pierre philosophale. En cinq ou six années, beaucoup de ces amours se sont évanouies sans doute, mais c'est bien comme ça, la trace en est restée, dans la rumeur des voies sur berge qui monte vers les ponts comme une brume. Est-ce vraiment si lourd, de vouloir pour l'amour un peu d'éternité? Les cadenas d'amour sont d'or, le soir ou le matin : il n'est rien de plus léger que la lumière.

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La dernière nuit du Raïs : Yasmina Khadra

La dernière nuit du Raïs : Yasmina Khadra

"La dernière nuit du Raïs" un roman dérangeant ! Dérangeant par sa lucidité, par sa distanciation avec le tyran.

Yasmina Khadra pénètre dans l'esprit de ce dirigeant. Il choisit de manière lucide la dernière nuit de liberté de Mouammar Kadhafi avant son lynchage.

 

Le lecteur entre, comme dans un conte, dans le roman. Un "Je" évoque son passé dans le désert. Un homme racontant ses souvenirs d'enfant auprès d'une famille de Bédouin. Soudain le ton est donné : la force d'un homme de pouvoir déserte cette image bucolique et le décor se noircit.

 

L'auteur superpose des images poétiques voire idéalisées d'un homme puissant réduit inexorablement à l'abdication. Il arpente avec finesse les raisons profondes de sa chute. Deux notions combattent dans cet esprit despotique : l'adoration de son peuple et la peur de celui-ci. Yasmina Khadra reconnaît que cet homme puissant se croyait béni des dieux et qu'une Voix l'accompagnait dans ses plus profonds cauchemars. Kadhafi tuait pour un mauvais regard, pour une contradiction...Les seuls qui pouvaient émettre une objection étaient ses fils dont certains mourront dans sa chute.

Le lecteur constate aussi la volonté de Mouammar Kadhafi de mourrir en martyr.

 

Ce roman raconte la dernière nuit de lutte d'un tyran en Libye. Mouammar Kadhafi raconte dans un monologue intérieur sa traversée du désert. Celui-ci est entouré d'une garde personnelle qui lutte pour le garder en vie. Ces hommes de l'ombre idolâtrent leur "frère Guide" tout en se méfiant de ses accès de violence. La rébellion fait rage autour de l'école délabrée, bombardée où est retranché le fugitif. Les militaires qui le protègent élaborent de nombreux stratagèmes pour évacuer leur maître. les insurgés se rapprochent dangereusement de leur planque. La seule issue reste la fuite mais leur tentative échoue. Les véhicules sont bombardés, ses gardes tués. Kadhafi quitte sa voiture blindée et court désorienté dans les rues de Syrte. Il est découvert dans une canalisation éventrée. Kadhafi est violenté et tué d'une balle.

Il tend un doigt vers la fenêtre :

- Que se passe-t-il là, dehors, Raïs ? Que sont ces tapages ? Des sérénades ?

Il se rue sur la fenêtre, martèle du doigt les tentures masquant les carreaux :

- Qu'entendez-vous, Raïs?

- Que suis-je censé entendre, abruti?

- Un autre son de cloche. D'autres chants que les flagorneries de vos lèches-bottes et les rapports sirupeux de vos états-majors. Fini les bobards, les "tout baigne" et les "tout va bien, madame la marquise". Dehors, il y a un peuple en colère...

- Dehors, il y a Al-Qaïda...

Confiance ?

Cet attrape-nigaud !

J'ai aboli ce mot vénéneux de mon vocabulaire avant d'apprendre à marcher. La confiance est une petite mort. Il me fallait me méfier de tout, en particulier des plus fidèles de mes fidèles car ils sont les mieux renseignés sur mes failles. Pour garantir ma longévité, je ne me limitais pas à squatter les esprits ni à corrompre les consciences - j'étais prêt à exécuter mon jumeau pour tenir à distance ma fratrie.

Mes dissidents se sont trahis ; le peuple, lui, m'a trahi.

Si c'était à refaire, j'exterminerais la moitié de la nation. J'en enfermerais une partie dans des camps pour l'initier au travail jusqu'à ce qu'elle meure à la tâche et je pendrais le reste sur la voie publique pour l'exemple. Staline n'avait-il pas hanté le sommeil des bons et des mauvais, des grands et des petits ? Il est mort dans son lit, couvert de lauriers, et son peuple l'a pleuré à se noyer dans ses larmes. Le syndrome de Stockholm est l'unique recette qui marche avec les nations fourbes.

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Le petit oeuf, Bande de chicken nuggets ! Philippe Garand

Le petit oeuf, Bande de chicken nuggets ! Philippe Garand

 Le petit œuf doit être prononcé distinctement car un lecteur peu rigoureux pourrait confondre avec Titeuf. Rassurez ce sont deux personnages bien différents - quoique leurs allures se rejoignent au niveau capillaire.

 Notre œuf vit des aventures extraordinaires dans un poulailler. Ce personnage, qui ne veut pas grandir et surtout pas se faire couver, arpente la ferme en compagnie de Rampe en Plan (pas d’amalgame non plus), Scarabouse (l’infatigable pousseur de crottin) et de nombreux acolytes.

 Les lecteurs assisteront à une course de bol endiablée qui se finira en omelette pour Schumachoeuf., à la dépression postnatale d’une poule qui ne peut pas allaiter, à la création de la coquille individuelle pour les escargots.

 

 Philippe Garand glissera au gré de ses humeurs des devoirs comme celui de ne pas téléphoner au volant ou celui d’être toujours vêtu quand on sort dans la rue. (Rampe en plan a récolté une amende pour attentat à la pudeur).

 Les histoires se dégustent sur une page. Le lecteur salive devant le manque de bave d’un escargot qui ne peut plus avancer. Les poules se dorent la pilule sous des lampes à U.V.

Les dessins sont très réalistes et ne laissent pas de place à l’imprévu. Les détails frappent dès la première de couverture, contemplez les yeux des personnages. Les poules possèdent de très beaux cils.

 

 Ne dévoilons pas tous les secrets du petit œuf à qui l’on souhaite de ne jamais grandir ou de se faire couver.

 Philippe Garand, durant la séance de nettoyage, brique les cases pour réaliser des histoires encore plus insolites.

 

Très belle découverte aux Editions Poulailler !

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Le crime du comte Neville : Amélie Nothomb

Le crime du comte Neville : Amélie Nothomb

Amélie Nothomb nous invite à pénétrer dans son humble demeure, par le biais d'une prophétie. L’hôte retrouve sa fille égarée chez une cartomancienne, qui annonce à celui-ci qu'il tuera un des invités durant la dernière fête célébrée au Pluvier, car le château est en vente.

 

Durant la première partie du roman, Neville réfrène ses idées de meurtres mais ses insomnies perturbent ses nuits. Dans un deuxième temps, il sélectionne un invité susceptible de correspondre à ses critères de meurtre. Cependant, les règles de bienséance ne dérogent pas aux lois de l'aristocratie belge. Tuer accidentellement permet de demeurer respectable mais tuer avec préméditation engendre une ignominie et un abandon de la noblesse.

Sa fille propose de résoudre le problème de son père en lui offrant sa vie. En découle un dialogue futuriste et filial qui oppose un père aimant son enfant et une adolescente déçue par la vie. Le dénouement du roman se réduit à quelques paragraphes comme les derniers rythmes d'une valse ou d'un concert de Schubert.

 

Amélie Nothomb possède cette faculté de nous faire entrer dans son univers par une porte dérobée. Dans son dernier roman, publié, certes, à chaque rentrée littéraire, elle utilise le roman d'Oscar Wilde qu'elle modernise et adapte à l'aristocratie belge.

 

J'avoue que cette lecture n'est pas fastidieuse et permet au lecteur de se détendre pendant une petite heure. Le rythme linéaire laisse très peu de place à l'imprévu. La déception s'opère dans la chute du roman où l'intrigue s'achève brutalement. Le lecteur, attend-il une fin plus tragique? La question reste à déterminer.

 

La note positive se ressent dans le fait de découvrir des personnages lambda dans un univers méconnu durant un moment propice à la détente. Le lecteur suit les divagations de l'auteur sans vraiment s'attacher aux personnages.

 

Le lecteur retiendra l'idée de découvrir un des romans fétiches d'Oscar Wilde :"Le Crime de Lord Arthur Savile".

- Vous allez bientôt donner chez vous une grande fête, dit-elle.
- En effet.
- Lors de cette réception, vous allez tuer un invité.

Soudain, il eut une idée qui lui parut exceptionnelle : il suffisait de choisir dès à présent qui il allait tuer. Mais oui! Quand on reçoit des centaines de personnes, on ne les apprécie pas toutes. On en déteste même un certain nombre dont on envisage parfois la disparition avec délectation.

- Dans ma tête, c'est tout le temps comme ça depuis plus de quatre ans. Et ce n'est pas le pire. Le pire, c'est que je ne ressent plus rien depuis mes douze ans et demi. Et quand je dis rien, c'est rien. Mes cinq sens fonctionnent très bien, j'entends, je vois, j'ai le goût, l'odorat, le toucher, mais je n'éprouve aucune des émotions qui y sont liées. Tu n'as pas idée de l'enfer que je vis. Bernanos a raison, l'enfer, c'est le froid. J'habite à demeure le zéro absolu.

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Discours à l'Académie suédoise : Patrick Modiano

Discours à l'Académie suédoise : Patrick Modiano

Et si pour comprendre un écrivain, on l'écoutait. Plus précisément, si nous lisions un de ses discours. Patrick Modiano, recevant le prix Nobel de littérature, se découvre. Il aborde sa vision de la littérature, plus particulièrement son rapport à l'écriture.

 

Ce romancier replace le lecteur dans son rôle de révélateur de l'intrigue. Quand le livre quitte l'écrivain, il renaît. Patrick Modiano insiste sur cette notion d'appartenance. Le livre naît dans l'esprit du romancier, l'abandonne souvent dans la douleur pour renaître dans l'esprit du lecteur. Ce cheminement rejoint celui du papillon.

 

Patrick Modiano associe, comme plusieurs auteurs, les romanciers à des musiciens qui recherchent la note parfaite. Tous textes possèdent une musicalité qui accapare son destinataire.

 

Ce livre nous permet agréablement de scinder les méandres du cortex de Patrick Modiano. Il dévoile les raisons de son attachement à l'écriture. Il synthétise dans son discours sa manière de se livrer à l'autre dans ses écrits.

 

Ce discours est édité chez Gallimard et offre une vision plus globale du désir d'écrire et de transmettre chez Modiano. Le livre concis ne laisse pas de place à l'improvisation.

 

Beau discours dans sa douce mélodie!

Sur le point d'achever un livre, il vous semble que celui-ci commence à se détacher de vous et qu'il respire déjà l'air de la liberté, comme les enfants, dans la classe, la veille des grandes vacances. Ils sont distraits et bruyants et n'écoutant plus leur professeur. Je dirais même qu'au moment où vous écrivez les derniers paragraphes le livre vous témoigne une certaine hostilité dans sa hâte de se libérer de vous. Et il vous quitte à peine avez-vous tracé le dernier mot. C'est fini, il n'a plus besoin de vous, il vous a déjà oublié. Ce sont les lecteurs désormais qui le révéleront à lui-même. Vous éprouvez à ce moment-là un grand vide et le sentiment d'avoir été abandonné. Et aussi une sorte d'insatisfaction à cause de ce lien entre le livre et vous qui a été tranché trop vite. Cette insatisfaction et ce sentiment de quelque chose d'inaccompli vous poussent à écrire le livre suivant pour rétablir l'équilibre, sans que vous y parveniez jamais.

En définitive, à quelle distance exacte se tient un romancier? En marge de la vie pour la décrire, car si vous êtes plongé en elle - dans l'action - vous en avez une image confuse. Mais cette légère distance n'empêche pas le pouvoir d'identification qui est le sien vis-à-vis de ses personnages et de celles et ceux qui les ont inspirés dans la vie réelle. Flaubert a dit " Madame Bovary, c'est moi." Et Tolstoï s'est identifié tout de suite à celle qu'il avait vue se jeter sous un train une nuit, dans une gare de Russie. Et ce don d'identification allait si loin que Tolstoï se confondait avec le ciel et le paysage qu'il décrivait, et qu'il absorbait tout jusqu'au plus léger battement de cils d'Anna Karénine. Cet état second est le contraire du narcissisme car il suppose à la fois un oubli de soi-même et une très forte concentration, afin d'être réceptif au moindre détail. Cela suppose aussi une certaine solitude. Elle n'est pas un repli sur soi-même, mais elle permet d'atteindre à un degré d'attention et d’hyper-lucidité vis-à-vis du monde extérieur pour le transposer dans un roman.

On peut se perdre ou disparaître dans une grande ville. On peut même changer d'identité et vivre une nouvelle vie. On peut se livrer à une très longue enquête pour retrouver les traces de quelqu'un, en ayant au départ qu'une ou deux adresses dans un quartier perdu. La brève indication qui figure quelquefois sur les fiches de recherche a toujours trouvé un écho chez moi : Dernier domicile connu. les thèmes de la disparition, de l'identité, du temps qui passe sont étroitement liés à la topographie des grandes villes. Voilà pourquoi, depuis le XIXe siècle, elles ont été souvent le domaine des romanciers, et quelques-uns des plus grands d'entre eux sont associés à une ville : Balzac et Paris, Dickens et Londres, Dostoïevski et Saint-Pétersbourg, Tokyo et Nagaï Kafû, Stockholm et Hjalmar Söderberg.

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Le Livre sur les quais à Morges

Et si on prolongeait notre rêverie au fil de l'eau, un livre à la main. Cette année encore le festival du livre de Morges regorge d'idée pour nous faire découvrir de nouveaux auteurs ou simplement écouter nos écrivains préférés.

 

Vous pourrez naviguer à bord d'une croisière littéraire vous menant de Genève à Morges pour arpenter les méandres de l'esprit infatigable d'Alain Mabanckou, pour sillonner les romans de Yasmina Khadra (Vous, dévoilera-t-il des indices de son dernier roman "La dernière nuit du Raïs"?).

 

Cette année, la présidente d'honneur n'est rien d'autre que Katherine Pancol! Je vous laisse gouter au plaisir de cette rencontre.

 

Des échanges littéraires abreuvent des lieux insolites. Les langues se délient au tour de nombreux films projetés à l'Odéon (cinéma de Morges). Le Théâtre des Trois P’tits Tours propose sur la scène des slams, des dialogues en grec et en français....

Les chapiteaux regorgent de trésors insoupçonnés qui raviront nos esprits friands de romans historiques, poétiques.....

 

Pour tous renseignements complémentaires et surtout pour le programme, direction le site de la manifestation.

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