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S'abandonner à vivre : Sylvain Tesson

S'abandonner à vivre : Sylvain Tesson

  La vie vaste engrenage où les existences se démènent, tentent avec les moyens du bord de s'élever au-dessus du rivage pour respirer. Cependant, parfois cette débâcle s'accompagne d'une lassitude latente et constante. La vie et ses évènements coulent sur des corps passifs qui contemplent une existence qui ne leur est pas acquise.

  Pas de lamentation, cette constatation est sans appel, implacable et ne souffre d'aucune nécessité d'explication.

  Dans le monde réel, deux camps s'affrontent les combattants arborant des gants de boxe pour lutter pour une vie qui leur semblera meilleure et les passifs qui acceptent sans broncher les aléas de la vie.

  Sylvain Tesson sillonne le globe pour extraire la moelle de l'homme. Dans des régions froides de Russie, il décapite les idées reçues du modernisme. L'auteur répare les cicatrices laissées ouvertes du passé. A chacun son combat, à chacun sa manière de s'approprier son existence.

   Le lecteur suit avec inquiétude, ses idées préconçues, se forgent des déroulements historiques ou évènementielles et se laisse souvent surprendre par des excipits souvent insoupçonnés.

Elle s'était mariée trois ans auparavant avec un médecin originaire de Dunkerque et je considérais cette union comme une insulte à "la vie dangereuse", chantée par Blaise Cendrars dont je vénérais l'énergie désordonnée et rabâchais les oreilles de la petite. Le mari, "le docteur", comme je l'appelais, était un bon garçon, du genre appliqué : huit ans d'études pour apprendre combien l'homme est vulnérable. Il rassurait le mourant, attendrissait l'arthritique et échauffait l'adolescence qui prenait les palpations pour une invite. Il était généraliste. Le terme s'appliquait aussi à ses idées. Yeux bleus, mèches blondes, chemise à rayures : il soulageait les gens sans se guérir lui-même d'une maladie grave : le conformisme.

(...) Depuis six mois, elle attendait que quelque chose se passe. L'hiver s'était abattu sur la région à la mi-septembre, gelant tout espoir d'imprévu. Le pays n'a pas son pareil pour écraser l'existence. La Sibérie avortait le temps., fauchait les jours. Les heures tombaient mort-nées. Ici, seul le fatalisme permettait de supporter la vie.

Puis il oublia Mauriac et se concentra sur la patrouille. A pas lents, les hommes traversaient le village d'Azamay, jetant des coups d'oeil par-dessus les murets, vérifiant les puits et les buses des canaux, saluant d'un geste un paysan qui s'en allait aux champs et détournant la tête lorsqu'ils tombaient sur un groupe de femmes, à la cueillette dans un verger. En général, les Afghans souriaient mais, parfois, ils passaient, placides, et les soldats sentaient un picotement dans la nuque et se demandaient si ce type en turban avec sa houe sur l'épaule ne dissimulait pas un de ces salopards inscrits au fichier américain.
Ce conflit, c'était un combat de rhinocéros contre des caméléons.
Mené dans un labyrinthe.

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Anti manuel de Littérature : François Bégaudeau

Anti manuel de Littérature : François Bégaudeau

J'aime la littérature voire j'en suis accro. Ce n'est pas une révélation ! Certes, je ne me contente pas de lui vouer un culte, j'aime qu'elle soit chahutée, prise à partie, descendue de son piédestal.

Donc, il est indiscutable que je me suis amusée avec cet anti-manuel de littérature. Arrêtons de sacraliser cet art et mettons-le à porter de nos contemporains. Attention, tout écrit n'est pas de la Littérature et tout scribouillard n'est pas écrivain !

 

Sur le ton de l'humour, parfois grinçant, François Bégaudeau argumente sur l'évolution de la littérature. Il anéantit avec finesse et discernement l'image idéalisée de l'écrivain. L'homme se confond rapidement dans le rôle qu'il s'est attribué et que les lecteurs lui ont décerné. 

 L'auteur revient facilement sur la définition de la littérature et lui ôte cet ornement magnifique dont il s'est entouré ou déguisé. Dans des discussions mondaines, il est de bon ton de connaître des oeuvres majeures et des auteurs incontournables cependant de ne pas avoir élucidé tous les méandres de l'évolution littéraire ne vous porteront pas préjudice.

 La littérature doit rester un plaisir, une rencontre ou une belle histoire.

 La lecture de cet ouvrage s'accompagne de rectus. Je le conseille aux professeurs qui veulent faire découvrir la lecture à leurs élèves. Parfois, certains mots sont difficiles mais le jeu de la recherche dans le dictionnaire est assez jouissif. Chaque chapitre se dote de textes peu connus qui permettent une lecture aérée.

 

 Continuez à lire ce qu'il vous plaira sans vous torturer parce que vous n'avez pas abordé le mouvement humaniste avant le symbolisme (notions qui vous semblent barbares) !

Littérature, c'est d'abord un espace à l'étage librairie de la fnac où, telles sardines verticales, se serrent des oeuvres participant de ce que Julien Gracq appelle la "chose littéraire" et qu'il définit comme "l'ensemble des productions d'imagination et d'art". Définition qui vaut surtout par ce qu'elle exclut. Au rayon littérature, peu de chance de trouver Cent Recettes périgourdines ou Papa est en tournage, recueil de témoignages sur les automutilations des fils d'acteurs connus. Mais encore?

Partant du principe moléculaire que l'unité littéraire de base est un énoncé, et du constat que nous en produisons tous, on peut dire que la littérature ça n'arrive pas qu'aux autres. ça peut vous tomber dessus à n'importe quel moment. Vous écrivez à votre soeur et soudain ça vous échappe, une configuration qui tue, un nouage inédit de sens au milieu d'un paragraphe globalement clicheteux.

Pour autant vous ne vous direz pas écrivain. Vous laissez ça à d'autres, qui ne se gênent pas pour s'autobombarder tels. Qu'ont-ils de plus que vous? Qu'est-ce qui les caractérise? Là, a priori, on voit pas bien. ça sent l'imposture. Nous voici partis pour identifier une inexistence, décrire un mirage. Où il se confirme qu'on a peur de rien.

Si l'écriture est jeu, elle a ses règles, ses ruses, ses trucs, ses techniques. Qui en parties s'apprennent. Aux Etats-Unis, la fabrication d'un roman s'enseigne dans les novel writing classes. En France la littérature est sacrée, et ce qui est sacré ne s'apprend pas. En France on s'accroupit au pied d'un chêne en attendant qu'une Muse en descende, avec un panier contenant un chef-d'oeuvre et un rillettes-cornichons pour la pause. Evidemment on a pas fait de plan, le plan fait fuir la Muse et les rillettes, on prévoit pas, on se lance dans l'inconnu, on a enlevé sa montre, on se prend pas la tête et le premier qui parle boulot fait la vaisselle.

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Comment tu parles de ton père : Joann Sfar

Comment tu parles de ton père : Joann Sfar

   Difficile de parler de son père, cette image idolâtrée ou impressionnante de l'enfance. Une référence, un exemple à suivre ou à fuir? La question n'est pas simple à résoudre.

 

  Joann Sfar nous propose sa vision chaotique et aimante de son père. Cet artiste, en plein tournage, apprend la mort imminente de son père. Il arrête toutes ses activités et rejoint sa soeur auprès de ce père mourant.

  De cette mort, il fera le point de départ de sa redécouverte de ce qui a fait de lui un homme. Il décrit les liens ambivalents entre un fils et son père. L'auteur se reproche parfois de désobéir aux injonctions de son père et au poids des convenances religieuses. Cependant, l'empreinte de l'éducation est omniprésente tout au long du livre.

 

   Selon Freud, l'enfant tue le père pour se construire. Joann Sfar ne réalise réellement cette interprétation qu'au moment de la mort physique de son père. Le cheminement psychique s'arcboute sur ses visions et souvenirs de l'enfance et de l'adolescence.

Ne vous focalisez pas sur des révélations incroyables ou abominables, il s'agit simplement d'un écrit doux et bienfaiteur sur un père, simplement un père. Il faut laisser à l'auteur le courage de parler à son père post-mortel.

Quand il était en pleine forme je n'arrivais pas au bouton de l'ascenseur. J'avais la tête à la hauteur de sa boucle de ceinture. Un jour, il lui a fallu allonger les bras pour lire. Il collait son Nice Matin sur le mur du fond des cabinets. On lui a mis des lunettes et ça a été la fin des haricots. A la vitesse de l'éclair, j'ai grandi, il a eu ma petite soeur, il a quitté la maman de ma petite soeur. Il a sauté toute la Côte d'Azur. Mary est morte. Il est tombé de vélo. Pardon. Il est tombé de vélo et en le voyant à l'hôpital, mamy est morte. Puis il a eu la prostate. Encore pardon : il n'a plus eu la prostate et après les tremblements ont commencé. Quatorze ans de Parkinson et hop ! Injections de morphine sous-cutanées car les veines ne marchent plus. Et moi, sans doute, il me faut des lunettes.

- Je ne suis pas comme les autres.
- Au contraire ! Tu as la chance d'avoir appris avant les autres que tu étais mortel. Vis chaque jour.
Je ne sais pas si mon papa m'en a voulu. Je ne sais pas s'il s'est jamais dit que si je n'avais pas été là, il aurait pu sauver maman. Je ne sais même pas ce que moi j'éprouve sur tout ça.

Ma singularité est née à la montagne, au décès de ma mère. Je ne crois pas que j'aurais dessiné si ma mère avait vécu, je n'aurais certainement pas consacré ma vie à raconter des histoires non plus. J'ai beaucoup aimé être orphelin. Cela m'a mis très tôt face au monde. Au moment où les autres connards attendaient encore que Dieu leur serve de petites roues au vélo, je tenais debout correctement, comme un adulte bizarre, de trois ans et demi. A l'inverse, la mort du père me rend banal. Enfin sans doute je vais être compris puisque le présent ouvrage a raconté la bagarre la plus ordinaire qui soit : survivre à son géniteur et s'apercevoir, parfois avec horreur, qu'on lui ressemble.

Ma mère est morte à la montagne, c'est plus joli. Je dois m'efforcer de rester davantage orphelin de mère que sans père.

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Je me fais un Goncourt ou des Goncourt !

Je me fais un Goncourt ou des Goncourt !

Eh oui, la machine à prix est lancée et plus rien ne l'arrête ! Voici la première sélection qui a été dévoilée :

 

- Magyd Cherfi : Ma part de Gaulois (Actes Sud)

- Frédéric Gros : Les Possédées (Albin Michel)

- Yasmina Reza : Babylone (Flammarion)

- Nathacha Appanah : Tropique de la violence (Gallimard)

- Catherine Cusset : L’Autre qu’on adorait (Gallimard)

- J-Baptiste Del Amo : Règne animal (Gallimard)

- Leila Slimani : Chanson douce (Gallimard)

- Karine Tuil : L’Insouciance (Gallimard)

- Metin Arditi : L’enfant qui mesurait le monde (Grasset)

- Gaël Faye : Petit pays (Grasset)

- Laurent Mauvignier : Continuer (Minuit)

- Jean-Paul Dubois : La succession (L’Olivier)

- Régis Jauffret : Cannibales (Seuil)

- Yvan Jablonka : Laëticia ou la fin des hommes (Seuil)

- Luc Lang : Au commencement du septième jour (Stock)

- Romain Slocombe : L’affaire Léon Sadorski (R. Laffont)

 

 

Tous à vos lunettes, liseuses et canapé ou prenez rendez-vous chez vos libraires et en avant le marathon lecture pour pouvoir impressionner les amis, la famille et les collègues.

A vous de dénicher le LIVRE !

 

Bien évidemment, il ne faudra pas oublier les auteurs qui n'ont pas été selectionnés et qui gardent une place dans notre bibliothèque.

 

En attendant, épluchez la liste et dites-moi si quelque chose vous choque.

- Yasmina Reza : Babylone (Flammarion)
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