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L'aimer ou le fuir : Delphine de Malherbe

 Y a quelqu'un qui m'a dit de lire

 

 L'aimer ou le fuir de Delphine de Malherbe

 

 les-livres-0008.jpgColette, Colette ?! Ce nom ne vous est pas inconnu mais avez-vous percé le mystère de ses écrits? Delphine de Malherbe propose à son lecteur de rentrer en psychanalyse par le biais d'une discussion entre Colette et un psychanalyste dont le nom n'est pas dévoilé. Cette auteure laisse planer un voile de mystère sur l'identité de ce docteur car ne seriez vous pas, un instant, ce confident, tant espéré?

 

 Par l'entremise de cet entretien, le lecteur entre dans le monde de Colette. Les amateurs de littérature la rangeront dans la liste des auteurs sulfureux, mais est-ce là bien sa place?

 Colette raconte avec pudeur et parfois désir sa volonté de fuir ou d'aimer un homme. Cet homme est son beau-fils, qui est âgé de dix-sept ans. Colette a fêté ses quarante-sept ans. Le nombre des années (trente), qui les séparent, déstabilise cette artiste renommée. L'inceste reste un point important dans son parcours analytique. Mais cet homme, jeune, reste le fils de son deuxième mari et non le sien.

 Colette revient sur son passé amoureux, ses passions et ses destructions. Elle parle de manière détachée de son amour irréel, chaotique et destructeur pour son premier mari. Celui-ci est responsable de sa mort sentimentale. Elle décrit avec minutie et sans aucun tabou ses ébats amoureux, sa soumission à l'autre. Colette donne tout : son corps, sa littérature et son âme à ce dominateur. Elle réussit à le quitter à cause ou grâce à une liaison de trop.

 Colette se reconstruit par ses écrits. Elle travaille pour oublier tant dans les mots que tant la gestuelle de son corps. Elle livre son corps sur scène, fait l'amour avec son public qui la désire.

 Elle raconte sa deuxième rencontre amoureuse, moins sulfureuse mais basée sur un équilibre amoureux. C'est à cet instant de sa vie qu'elle élève son beau-fils comme son fils.

 Elle décrit de manière succincte sa liaison avec des femmes. On la qualifierait de nos jours de "bi-sexuelle", mais les mots sont tabous à cette époque. Colette dévoile au monde ce qui se chuchote dans les alcôves.

 Succombera-t-elle à cette passion insensée ?

 

 Ce roman donne un regard différent sur les frasques jouissives de Colette. La confidence se dessine sur un ton badin. Le lecteur vit à cet instant tous les malheurs amoureux de cette femme. Elle l'affirme dés le début du roman que le lecteur entre dans une tragédie grecque. J'ajouterai sur un style moderne. Une femme déchirée entre un amour aveugle, bienfaiteur et le regard mauvais de l'autre (les gens, l'entourage, la famille). Colette passerai inaperçue au regard des moeurs de notre siècle. Le peuple lui octroierait le doux nom de "couguar".

 Mais la vie de Colette ne se résume pas à sa vie sentimentale, elle mène une carrière littéraire et théâtrale reconnue et critiquée.

 Delphine de Malherbe s'attarde sur le style littéraire de Colette. Elle se dénude la nuit et se transforme en chroniqueuse judiciaire ou en critique de théâtre. Elle écrit pour exister. C'est un souffle rédempteur qui souffle dans ses poumons. Durant ces périodes d'écriture, elle devient une autre et se permet tous les outrages.

 Ce roman donne envie de découvrir cette femme que certains qualifieront de frivole et d'autres de femme en prise avec sa passion amoureuse donc destructrice.

 

 Voici quelques citations tirées du roman :

 

" - Les gens n'aiment que le mystère. Tu seras comme eux. Tu n'aimeras que les gens mystérieux."

" Je peux vous assurer aujourd'hui, que, dans la vie d'une femme, un chapitre se clôt quand l'interdit surgit."

" Il y a deux sortes de femmes, m'apprend Picasso. Les machines à souffrir et les déesses.  Je me demande si je ne vais pas alterner ma vie durant le statut de l'une puis de l'autre."

" L'écriture dessine le monde avant de l'expliquer. Elle livre un instantané."

" Bertrand voudrait que je me conduise comme une héroïne. Mais un écrivain est un handicapé. Il raconte ce que les autres taisent. Il ment : il laisse croire qu'il a vécu et qu'il sait le monde d'un regard tranchant. Il cherche des réponses sur son incapacité à vivre, à aimer. Mieux vaut pour lui apporter à son lecteur un minimum d'évasion, de réflexion. J'assume. Je tâche d'être utile.Je hais les artistes qui pleurent sur eux-mêmes. Un créateur dois se tenir droit, hésiter entre la noblesse et la tristesse de son destin, et s'arrêter à ce sentiment-là. µUne oeuvre n'existe que pour dire à ses admirateurs que ça va mieux, on peut échapper à la vie, il existe une alternative."


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