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La confrontation : Angel Corredera

    Y a quelqu'un qui m'a dit de lire:

 

 La confrontation d'Angel Corredera

 

 corredera.jpgLa violence d'un attentat est une expérience insupportable qui peut toucher tous les individus. Que ce soit du côté des victimes ou des proches, la confrontation avec l'agresseur reste une épreuve.

 Samuel M. est un activiste d'un mouvement politique qui a choisi la manière forte pour faire bouger le gouvernement. Cette détermination s'accompagne d'une radicalisation qui se solde par des centaines de morts. Ce terroriste raconte d'une manière plate, avec une totale absence d'émotion, son adhésion aux violences. Il est enfermé dans une cellule et revient sur son parcours. Il est conscient de son implication et argumente sa destinée et les éléments qui l'entraine dans sa chute.

 

 Ce roman dérange par son ton plat. Le lecteur est décontenancé. Il se trouve dans l'impossibilité de vouloir comprendre ce dévouement destructeur mais a le devoir de percer ce mystère. La confrontation de l'homme face à ses crimes ne lui permet pas de réaliser la violence du geste. Le narrateur entre dans une sorte de mutisme, une bulle où seule sa vision des choses est logique. Il est devenu l'arme du crime, froid et sans âme. Ce personnage est instrumenté. Il s'apparente au détonateur des bombes qu'il a posées.

 

 Il se met en opposition permanente avec ses victimes. Il dénombre placidement les corps démembrés comme une oeuvre d'art, son oeuvre d'art.

 

 Angel Corredera efface tous sentiments de culpabilité. Le terroriste n'a pas d'humanité. Aucune compassion n'émane de lui. Dans son monologue intérieur, il ne cherche pas à s'absoudre de ses crimes. Il reste absent de son procès comme invisible; seul son enfermement le confronte à ses actes. Cependant de cette confrontation avec lui-même ne naît aucun dégoût.

 

 Dans ce roman, se dessinent deux confrontations : le bourreau face à ses victimes et le bourreau face à lui-même. Mais celle qui domine reste le rapport à soi.

 

 Voici quelques citations tirées du roman:

 

 "[...] Je n'ai jamais tiré le moindre avantage de mes manoeuvres, je n'ai jamais rien reçu en retour. On m'a assez reproché de prendre les choses à la légère. Je m'en tenais à la coordination des attentats, avec une prédilection particulière pour les interventions en milieu urbain, plus anonymes. Quant aux attaques individuelles et les séquestrations, elles n'étaient pas mon fort, même si je n'ai jamais renoncé à la perspective d'un enlèvement ; mettre un nom sur un visage regardé en face peut vous conduire à établir un rapport désagréable avec la victime. Je préfère, à tout prendre, éviter ce genre de situation embarrassante."

 

 "Ces moments de délire militant mis bout à bout n'entrouvraient aucune porte inédite sur ma culpabilité. Ils offraient juste un éclairage définitif sur mes actes. Ils créaient encore plus de ressentiment ches les victimes et les proches. J'ai d'ailleurs senti leur présence pesante dans mon dos. Cette impression de confinement me faisait transpirer. Toutes ces images, il suffisait de les mettre bout à bout pour m'enfoncer un peu plus."

 

 "Il n'est pas question de se plier à l'ordre établi, mais, je l'avoue, l'enfermement ressemble de plus en plus à une sorte de contrat naturel, une survie planifiée qui permet d'entretenir l'illusion de notre propre liberté.On ne saurait agrémenter nos embryons d'existence d'un confort plus pervers. Il plane sans cesse dans les cellules une incertitude qui me rappelle que, d'une manière ou d'une autre, je sortirai d'ici différent de celui que j'étais avant d'y être entré. Mal en point sans doute, mais surtout différent, changé au point de me tenir déjà, par moments, pour un inconnu avec lequel je ne peux même pas envisager de dialoguer, puisque détaché de moi-même, je n'ai qu'une idée fixe, c'est de récidiver. Mais je ne tiens pas plus que ça à tenir ce genre de propos devant le juge d'instruction et bien sûr, j'éviterai, le moment venu, de la formuler de vive voix pour éviter des malentendus inutiles."

 

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