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Laisser les cendres s'envoler : Nathalie Rheims

 Y a quelqu'un qui m'a dit de lire:

 

 Laisser les cendres s'envoler de Nathalie Rheims

 

 les-livres-0030.jpgLa mort d'un être cher est souvent difficile à exprimer. Parfois les larmes coulent dans un flot intarissable et parfois le désert s'installe. Le jugement ne doit jamais se focaliser sur les sentiments resentis par chacun des survivants de ce drame. La souffrance possède des méandres insoupçonnés dans le coeur des hommes.

 Nathalie Rheims décrit son histoire avec une part de romance car les souvenirs jouent souvent avec notre esprit.

 La narratrice revient sur le décès de sa mère. Elle raconte avec une certaine retenue ses liens disparates avec sa mère. Elle revient sur les lois imposées par sa famille. Elle discrédite leur manière d'agir, les condamne de temps à autre et suffoque sous le poids du silence. Ne jamais laisser transparaître une once de sentiment : cela pourrait nuire à la puissance de la famille.

 L'héroïne ne discerne pas les raisons de l'abandon de sa mère pour un artiste. La famille efface les frasques de sa mère. La seule personne, lucide est la narratrice qui lutte avec ses faibles moyens. Elle plonge dans l'anorexie comme un palliatif à cette séparation, cepandant sa survie dépendra seulement d'elle-même. Les liens avec sa génitrice deviennent de plus en plus difficiles jusqu'à sa réelle mort, soudaine. C'est seule avec ses souffrances que la narratrice doit détruire le schéma familial qui l'oppresse.

 Ce roman est celui d'une rencontre qui n'aura jamais lieu. Celle d'une fille frustrée par l'absence de l'amour maternel et celle d'une mère fuyant les carcans de son éducation.

 Cet écrit est une analyse psychologique et sociologique dans laquelle deux êtres se débattent pour hurler l'insoutenable puissance de la famille. Mais les étaux sont serrés et la mort de la mère est le seul moyen de se libérer. L'auteur fuit par le biais des mots pour crier, à la face du monde, que le silence est un poids mortel.

 

 Je vous conseille cette lecture distante sur la mort d'une mère; cette distanciation avec le tragique dévoile une humanité vivante et réelle. J'avoue avoir compatie à la souffrance de cette fille face à l'abandon.

 

Voici quelques citations tirées du roman :

 

" Dans la journée je me racontais que ma mère était morte et le soir dans mon lit je l'imaginais dans les bras de ce type dont la voix était si tonitruante que je l'entendais encore résonner. La nuit j'étais dévorée par des cauchemars. Je rêvais que je l'appelais, que je hurlais "maman !", et ce seul mot dans ma bouche me réveillait en sursaut."

" Plus je me sentais légère, plus la tristesse se dissipait. Un bizarre sentiment de puissance accompagnait ce mouvement. J'avais l'impression de tout dominer. Je n'avais plus faim. J'avais endormi ma peine en me réduisant dans l'espace. Les kilos s'envolaient, en quelques semaines j'en avais perdu quinze, j'étais euphorique."

"Rester silencieuse effaçait les souffrances. Je découvrais le pouvoir maléfique des mots et les vertus magiques du silence. Il suffisait de ne pas nommer la déception ou la trahison, et l'amour disparaissait, aussi brusquement qu'il était venu, emportant le reste avec lui."


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