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Le tapis du salon : Annie Saumont

 le tapis du salonAnnie Saumont est une femme de lettres, née à Cherbourg. Elle est connue pour sa traduction de "L'attrape-coeurs" de J-D Salinger. Elle est un auteur incontournable de la littérature moderne. Elle excelle dans l'écriture de nouvelles et obtient plusieurs prix dont le prix Goncourt de la nouvelle pour la parution de son livre "Quelquefois dans les cérémonies", en 1981.

 

 Chacune de ses histoires replongent le lecteur dans son quotidien. Annie Saumont s'approprie le réel, le retranscrit sans lui donner de fioritures. Elle livre la réalité brute sans artifice. Elle laisse aux lecteurs des espaces vides pour que son imagination comble ses manques.

 

 Dans ce recueil, le tapis du salon est un élément central de certaines de ses nouvelles. Il devient un personnage à part entière. Le tapis est une offrande d'un amant à sa maîtresse ou un indice dans l'accident mortelle d'une femme enceinte.

 Quel lien lie un frère amoureux de sa soeur handicapée, un poète qui met fin à ses jours aux pieds d'une falaise, une mère qui vole l'amant de sa fille...? La réponse n'est pas anodine : le lien est une fracture; des personnages à la dérive, paumés devant leur existence qui tentent un dernier sursaut.

 Annie Saumont aime les antihéros. Elle leur attribue des troubles, les suit dans leur quotidien si banal. Elle guette leur chute qui est inévitable. Ces nouvelles débutent par une anecdote ou un fait divers et terminent dans un chaos immuable et fatidique.

 Dans "Falaises", l'auteur décrit un surveillant des côtes qui écrit de longs poèmes et plonge régulièrement dans la mer à partir des falaises. Rien d'exceptionnel, me direz-vous ! Désolée d'aller à l'encontre de vos hypothèses, mais ce poète maudit finit par plonger un jour de marée basse. Ce texte unit avec plaisir la nouvelle et le texte poétique. Annie Saumont joue avec les structures de textes qui donnent encore plus de cachet à la violence de cette disparition.

 

 Dans "La dent", Annie Saumont dépeint une société sombre où la fatalité de la vie s'écrit à la fin de cette nouvelle. Une mère vole le fiancée de sa fille. Les phrases sont implacables. Le récit ne laisse aucune marge de manoeuvre. Le destin est inscrit.

 

 Dans "A la maison", c'est la misère d'une enfant qui vit dans la rue, dans des foyers. La violence est décrite au travers du regard d'une enfant qui doit persuader son entourage scolaire et amicale qu'elle est normale. Mais qu'est-ce que la "normalité" quand on est différent ?

 

 Les tableaux s'enchaînent parfois violents, parfois silencieux. Les phrases courtes insistent sur le fait que toute vérité est inéluctable. Tous ces personnages vivent dans l'errance. Son style particulier donne une dimension dramaturgique à toutes les situations. Elle donne une dimension humaine à ses personnages privés de paroles.

 

 Vous trouverez des nouvelles qui vous surprendront par leur violence, par leur structure et parfois par leur naturel. Faites attention car vous pourriez devenir un sujet d'études pour Annie Saumont !

 

 Des bribes de nouvelles :

 " Il plonge étourdiment. Mais un plongeon superbe. Il est en bas, immobile, vautré sur le sable blanc, brisé, disloqué, vaincu."

 " Dernier cadeau à ma mère. Le tapis. Cadeau d'un homme très fortuné. Son amant."

 " En une époque de surconsommation les enfants sont difficiles. Ils possèdent des monceaux de jouets, les maltraitent, s'en fatiguent vite. Les parents ont admis que cette abondance de sollicitations est propice à leur développement."


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