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Mal de pierres : Milena Agus

 mal-de-pierres.jpg " Mal de pierres" sent le soleil de l'Italie qui burine la peau et fait se gorger de douceurs tous les mets du sud. Une jeune narratrice raconte la vie étrange et incongrue que vécut sa grand-mère. Cette femme se vouait un destin triste et sans avenir. Elle avait voulu plusieurs fois mettre fin à ses jours, mais la providence voulut qu'elle fit sauvée. Elle se maria sans conviction et subit sa condition de femme. Elle rencontra un Rescapé qui lui fit découvrir l'amour. Cette grand-mère effacée et taciturne mit au monde un garçon pour qui elle sacrifia sa vie pour lui offrir le plaisir d'apprendre le piano. Ce fils deviendra en grand virtuose qui fonda une jolie famille.

 Sur le ton d'une confidence intimiste, le lecteur découvre l'Italie de la Deuxième Guerre Mondiale où des individualités essaient de se reconstruire. La population désire renaître et redonner un visage idyllique à ce beau pays.

 La vie de la grand-mère est mise en valeur par des personnages secondaires qui accentuent l'idée d'une âme en errance. Souvent considérée comme une enfant "dérangée", elle échappe à l'internement à cause de la déclaration de guerre. Elle s'invente des amants, écrit des histoires où elle dévoile toute son intimité. Seulement dans le regard d'un homme rencontré en cure, elle existera avec ses différences.

 Ce roman concentre toute l'Italie avec ses odeurs, ses descriptions de ville, ses villageois et ses coutumes. Le lecteur s'approprie cette grand-mère qui ne veut pas quitter. Il comprend la douleur de la narratrice qui perd cette femme typique et décalée mais qui sent bon l'huile d'olive et la tomate gorgée de soleil.

 Les paysages encadrent les absences de la grand-mère qui écoute inlassablement les répétitions de son fils unique. Les seuls bonheurs de cette femme furent l'écriture, la musique de son fils et son joyau: sa petite fille (la narratrice).

 Ce roman est un hymne à l'amour porté à une grand-mère italienne, formidable.

 

Citazioni

 

" Un jour, mon arrière-grand-mère attendit sa fille armée de la zironia, un nerf de bœuf, dont elle la frappa si fort qu'elle en eut des blessures jusque sur la tête et une fièvre de cheval. Mon aïeule avait appris, par des rumeurs qui couraient le village, que si les prétendants de grand-mère se défilaient, c'était parce qu'elle leur écrivait des poèmes enflammés qui contenaient même des allusions cochonnes et que sa fillesalissait non seulement son honneur, mais celui de toute sa famille. Elle la frappait à tour de bras en vociférant : "Dimonia! dimonia!" et elle maudissait le jour où ils l'avaient envoyée à l'école apprendre à écrire."


"Il se levait pour regarder les collines par la fenêtre, songeur, puis chaque fois qu'il revenait s'asseoir, il la regardait et lui souriait d'un sourire liquide dont grand-mère était presque meurtrie, et l'émotion emplissait sa journée."


"À partir du moment où grand-mère s'aperçut qu'elle était devenue vieille, elle me disait qu'elle avait peur de mourir. Pas de la mort en soi qui devait être comme aller dormir ou faire un voyage, mais elle savait que Dieu était fâché contre elle parce qu'il lui avait donné plein de belles choses en ce monde et qu'elle n'avait pas réussi à être heureuse, et Dieu ne pouvait pas lui avoir pardonné ça. Au fond, elle espérait être vraiment dérangée car, saine d'esprit, elle ne coupait pas à l'enfer. De toute façon, elle parlementerait avec Lui avant d'aller en enfer. Elle Lui objecterait que s'Il créait une personne sur un certain modèle, Il ne pouvait pas prétendre ensuite qu'elle agisse comme si elle était faite sur un autre modèle. Elle avait déployé toutes ses forces pour se convaincre que cette vie était la meilleure possible, et pas l'autre dont nostalgie et le désir lui coupaient le souffle."


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