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Marie chez les nudistes #20

 Après deux heures harassantes de dandinage de popotin, je rejoins avec difficulté ma chaise. J'ai droit enfin de boire pour me désaltérer. Mes demoiselles (rarement des dames quoique maintenant on doit dire pour tous les membres du sexe féminin : madame), je vous félicite du courage que vous mettez à faire vivre vos défilés. Je sais aujourd'hui que ce métier n'est pas pour moi. Bon, je conçois que je le savais depuis que ma taille pantalon frôle le 46. Je ne suis pas sensée ignorer qu'il existe des mannequins pour femme forte. Mais ma décision est prise et irrévocable : ce défilé sera le premier et le dernier.

 Séverine décide de faire les dernières finitions. La "french" aux pieds et aux mains, c'est mieux d'être coordonnée. Ce n'est tout de même pas l'élection du meilleur maquillage de clown. Elle me vaporise une brume légère qui est aussi un fixateur de maquillage. Les détails fignolés, l'équipe peut affronter la scène.

 Pourquoi doit-on venir une heure avant le début du spectacle ? Le roi de la scène donne son explication. Les candidats d'un soir doivent répéter afin d'éviter les catastrophes. Il commence par distribuer des pancartes avec des numéros qui permettent de définir un ordre de passage. Heureusement, que l'organisation n'avait pas eu l'idée saugrenue de nous peindre le chiffre sur la fesse, car j'aurais eu le sentiment d'un veau qui part pour l'abattoir.

 J'ai le ventre qui gargouille, les mains moites. Je transpire. Il faut que je me canalise car le spectacle ne débute que dans une heure. J'obtiens le numéro neuf. Nous sommes une vingtaine sur l'estrade. Tous les styles sont représentés. Je souris à des concurrentes qui se présentent dans la même catégorie que moi. Aucun sourire en retour. La concurrence va être rude. J'entends mon numéro, fais un tour et retourne à ma place. La chorégraphie s'enchaîne.L'organisation est assez satisfaite et nous renvoie en coulisse.

 J'ai envie de faire pipi. Vue la file devant les toilettes, je ne suis pas la seule prise d'angoisse. Le temps se fait long. J'ai la main sur la clenche de la porte du trône quand l'animateur nous rappelle sur scène. Dilemme dans ma grosse tête, pipi toilette ou pipi sur scène. Pas le temps de donner ma réponse, une animatrice me saisit par le bras et m'ordonne de rejoindre le groupe. Il faut que je tienne le coup.

 L'animateur, sur une musique tendance, lance l'élection. Sa voix est passionnée. Il fait hurler la salle pour contrôler que son applaudimètre fonctionne. Il annonce la première candidate qui a l'habitude de défiler, elle se dandine, sourit, effectue un demi-tour avec grâce. J'ai envie d'applaudir mais ce n'est pas mon rôle. Elle obtient un bon score.

 Les filles enchaînent, j'ai franchement des difficultés à me concentrer. Le public scrute chacun de nos gestes, notre manière de nous tenir en attendant notre tour. Je me tortille, j'ai des difficultés à soutenir tous ces regards. J'ai chaud puis froid. Cette envie d'uriner ne cesse de me hanter. J'ai des crampes à l'estomac. C'est une sensation pire que de passer le BAC. Au moins aux épreuves du baccalauréat, les candidats sont habillés. (cela rapporte des points). Ici aucune sortie de secours.

 Je sors de ma rêverie quand la candidate numéro 8 tombe sur l'estrade. Elle en perd sa pancarte. Je constate qu'elle porte des talons plus hauts que les miens. Je pensais avoir opté pour des échasses mais il existe le modèle double échasse, réservée à la gazelle de compétition.

 Une fois, la jeune dame sortie sur un brancard, mon numéro résonne. Je prends une grande bouffée d'oxygène et me lance. Je suis fière, le port de tête très haut (n'est pas girafe qui veut), je regarde le public que je ne vois même pas. Je souris de toutes mes dents "ultrabrite", je marche en cadence, au rythme de la musique. Je m'autorise un demi-tour sans tomber, ni vaciller. Je retourne à ma place, soulagée et heureuse.

 Le reste du défilé se passe agréablement. Je regarde la bande qui me soutient. J'ose même faire un signe. Je deviens une habituée de la scène. Le public nous remercie de notre participation. Nous attendons encore quelques minutes pour connaître les résultats. Des candidates se regardent de manière hostile. Est-il nécessaire de les informer que ce défilé n'apparaîtra pas sur leur CV pour une future embauche ? A moins de postuler pour un travail nécessitant ce style de compétences. Mais dans ce genre de job, on juge sur pièce. Je ne figure pas dans leur angle de mire car je ne suis pas une adversaire redoutable.

 L'animateur annonce enfin les résultats. Dans ce genre de cérémonie, le présentateur débute par le plus petit prix pour finir par la reine du bal. La quatrième dauphine est le numéro 9. Bêtement, je cherche la numéro 9 et constate que l'on vient me chercher. Je souris comme une bécasse. Je suis devant mes camarades. Puis, les trois autres dauphines sont nommées. Elles sont radieuses et méritent leur place. Me concernant, je doute de la qualité de l'applaudimètre qui a du avoir un haut le coeur. La reine est, comme je l'avais prédis, la première candidate. Elle reçoit une couronne, vient nous embrasser.

 Je suis aux anges, ébahie par ma victoire (qui reste douteuse)  et surtout par mes victoires. Cette élection est équilibrée quatre taille 36 et une taille 46. Les poids sont équitables. La parité doit être respectée surtout dans le show-bizz. Mes amis se jettent sur moi et me félicitent.....

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mimi 29/03/2012 20:22

très bon chiffre le 9!!!