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Ritournelle de la faim: J.M.G. Le Clézio

Y a quelqu'un qui m'a dit de lire:

 

 "Ritournelle de la faim" de J.M.G. Le Clézio

 

003J.M.G. Le Clézio, Prix Nobel de Littérature 2008, reste, pour moi, le Grand Écrivain du nouveau roman. Chacun de ses romans contient une part de lui-même par le biais de personnages ou de situations vécues par ses héros ou anti-héros. Il appose, au fil des pages, les senteurs de l'Afrique par l'entremise de mot, de comparaison et de vision du monde.

 Dans ce roman, Ethel, jeune héritière, sera ruinée par l'ignorance de son père. Il dilapide la fortune amassée à Maurice. Cette jeune fille ressemble à sa propre mère, obligée de se réfugier à Nice pour survivre à la guerre. Dans cette oeuvre, J.M.G.Le Clézio entremêle avec aisance, une histoire de famille et la Grande Histoire. La guerre se profile, durant les conversations dominicales, dans le salon familial de la rue du Cotentin. Il lie avec délectation la chaleur de l'île Maurice avec la froideur de Paris. Il parsème le sentiment de faim à travers des rencontres, des désirs de posséder, cette volonté de se reconstruire ailleurs. La faim est à la fois physique (la scène est posée durant la guerre) mais aussi mentale (faim de renaître). Il pose les jalons de l' Histoire tout en gardant le point de vue de cette adolescence qui doit vaincre l'adversité et ses propres démons familiaux. Malgré la rancoeur qu'elle voue à ses parents, elle se battra pour les sauver,au son de la musique qui cadence le roman. C'est une belle leçon d'humilité: Savoir pardonner pour avancer.

 

Voici quelques citations tirées du roman:

 

"Alexandre Brun avait une belle voix de baryton et, quand il chantait, son accent mauricien s'estompait, se fondait dans la musique et elle pouvait imaginer l'île des origines, le balancement des palmes dans les alizés, le bruit de la mer sur les récifs, le chant des martins et des tourterelles au bord des champs de cannes."

" Elle était fille unique, dans une famille en guerre, dans une maison menacée"

" Elle s'endormait en pensant que le trou qui la transperçait serait résorbé le lendemain, mais c'était pour constater au réveil que les bords de la plaie restaient aussi éloignés."

" Il avait rempli l'Ausweis avec soin, puis , de sa jolie écriture penchée, il avait ajouté, en bas à gauche, peut-être pour alléger le dessin du féroce rapace qui brandissait le signe le plus haï du monde, cette croix potencée qui ressemblait à un axe garni de faux, un mot suivi d'un point d'exclamation: Flüchtlinge!" (Réfugiés)

" Mais on mourait petit à petit, de ne pas manger, de ne pas respirer, de ne pas être libre, de ne pas rêver."

" Le Boléro n'est pas une pièce musicale comme les autres. Il est une prophétie. Il raconte l'histoire d'une colère, d'une faim"