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Un héros : Félicité Herzog

Y a quelqu'un qui m’a dit de lire

 « Un héros » de Félicité Herzog

les-livres-0052.jpgFélicité Herzog a décidé de détruire l’image de son père : ce héros qui a gravi le plus haut sommet de l’Annapurna en 1950. Elle raconte l’histoire de sa famille de manière distante afin d’éviter de se confondre avec ce monde qui lui est devenu complètement étranger et dont elle a banni les codes.
 Elle dissèque son existence au scalpel afin de ne pas sombrer à son tour dans une folie destructrice. Elle tente de poser des mots sur ses souffrances liées aux mensonges, aux apparences d’une famille historiquement ancrée dans une France traditionaliste. Un héros doit engendrer des héros mais le poids de cette filiation aura raison de la descente aux enfers de Laurent.
 Félicité axe aussi son récit sur sa relation violente et destructrice avec son frère atteint de folie. Le silence de cette maladie détruit cette famille et cimente aussi de manière contradictoire cette union familiale.

 Ce roman est intéressant mais je regrette que sa relation avec son père absent ne soit pas assez développé. Le lecteur attribuera le titre d' « un héros » à un frère souffrant du poids d’un héritage de héros trop lourd à affronter plutôt qu'à un père ayant atteint « à demi » un sommet.
 Le lecteur prend conscience de la rétention ou de la non-divulgation d’information  par l'État français. Certes, la conscience collective reconnaît qu’au sortir de la guerre, la France avait besoin d’un héros pour redonner des objectifs aux Français; ceux  de se reconstruire et de relever leur pays. 
 Félicité Herzog vit avec des mensonges importants qui ponctuent toutes les générations  de sa famille. Son roman rejoint dans la bibliothèque familiale le clan des « anti-familles ». 
 Cet écrivain admet que son roman intimiste reste aussi un roman fictionnel car la mémoire sélectionne ce dont elle a envie de se souvenir.
 Le lecteur retiendra aussi l’absence d’une mère accaparée par ses lectures et ses philosophies.

 Ce livre reste un roman familial où règne la loi du mensonge.

 Voici quelques citations tirées du roman:

« Mon père ne connaît pas de lois. C’est un hémiplégique de la sensibilité, sauf à l’égard de ceux qui ont connu des amputations- les mêmes souffrances que lui. Tout est prétexte à compensation. Autrui n’existe pas, sauf à le mystifier davantage. Pour sauver les apparences d’une ascension de légende, il a  réécrit l’histoire, trahi et négligé son entourage sans jamais avoir le sentiment d’avoir fait mal puisque la société le jugeait si bien. Tout était bon pour parfaire la statue de héros qu'on lui avait demander d’ériger autour de sa personne. La vérité, pour lui, est une éclipse. La distinction entre vérité et mensonge, réalité et fiction, responsabilité personnelle et collective, lui est devenue insupportable. Il a fini par l’anesthésier complètement. Le fardeau du héros de propagande est-il trop lourd? Faut-il brûler quotidiennement ce pour quoi on est acclamé afin de mieux conjurer la fin qui, elle, est implacable? A quel point cette condition est-elle supportable pour lui et, après, pour la génération de ses fils? »

« Combien ai-je désiré me perdre, peut-être en finir, poliment rassurons-nous, dans les plaisirs et les alcools, la vitesse à outrance jusqu’à la ultime collision ! Tout m’était licence, un grand magasin de sensations et de promesses au crédit illimité qui ouvrait ses portes, offrant des possibilités chaque fois renouvelées. Un mirage souriant se confectionnait sous mes yeux pour me convaincre qu’il était facile d’aimer, facile de penser, facile à vivre. Il éludait sournoisement toutes les difficultés et les entraves. […]

« Depuis des années, sa psychose bouillonnait comme un chaudron sur le feu, il manifestait maints signes d’étrangeté. Apprenait cinq langues simultanément; envoyait des curriculum vitae extravagants de vingt pages à des employeurs potentiels en ayant effectué trois stages d’été dans sa vie; tenait des propos en décalage complet avec la réalité; s’enfermait dans une retraite totale, coupant court à toute communication. Mais personne n’avait réagi. »

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