Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Une année studieuse : Anne Wiazemsky

 Y a quelqu'un qui m'a dit de lire

 

 Une année studieuse d' Anne Wiazemsky

 

 les-livres-0006.jpgUne année studieuse ou le parcours initiatique d'une enfant bien née. Anne Wiazemsky, comme le nom ne l'indique pas, est la petite fille de François Mauriac et Madame Godard

 Anne Wiazemsky écrit une lettre à Jean-Luc Godard qu'elle a croisé plusieurs fois. Elle lui avoue son admiration pour son cinéma. Ils décident de fixer un rendez-vous et ne se quitteront plus. Ce roman décrit un cinéaste fou amoureux, passionné et énormément cultivé. Cet homme va faire découvrir à cette étudiante en philosophie, à Nanterre, le goût du cinéma, les voyages. Durant leur dîner au restaurant, Jean-Luc (oui, durant ce bref récit, il devient un de nos amis) lui présente de grands réalisateurs. Elle assiste spectatrice à des discussions agitées sur les visions du cinéma. Elle côtoie tous les grands noms du cinéma qui sévissent en France et Europe en 1967. Anne Wiazemsky tourne un premier film "Au hasard Balthazar" de Robert Bresson. Puis Jean-Luc Godard lui offre le plus beau rôle dans "La Chinoise" ou "La Tonkinoise" selon Jean Vilar.

 Les amoureux vivent un amour idéal emprunt de culture livresque, cinématographique. Cette année est un bonheur jouissif pour les amoureux cachés et le lecteur.

 C'est un beau roman, doux, affectueux qui permet au lecteur de découvrir un Godard saisissant, enflammé par les films de l'époque et souffrant parfois de l'angoisse de l'abandon. Quand il aime, il est prêt à tous les excès. Sa vie est une oeuvre de cinéma. Il vit dans son temps avec les prémices de la révolte de 68. C'est un révolté de la condition du peuple chinois.

 Ce roman est écrit sous le mode de la retenue. Anne Wiazemsky vit l'instant, fuit les médias. Elle aime Godard avec simplicité, pas pour son nom, pas pour ses amis. C'est le personnage, qui parfois l'effraie dans ses moments de colère, qui reste un homme doux avec sa compagne. Cet auteur dépeint une innocence, une enfant (elle n'a que 19 ans) qui découvre la vie auprès d'un maître (celui du cinéma)

 Elle trace aussi le portrait de son grand-père François Mauriac avec espièglerie. Elle force le trait de caractère de sa mère. Son père est mort quand elle était encore jeune et son grand-père devient sa référence masculine en matière d'éducation.

 Ce roman est une belle plongée dans l'année 67 avec sa volonté cachée de changer le monde.

 Si elle n'avait pas rencontré Jean-Luc Godard, elle possédait déjà un avenir prometteur, entourée d'amis comme le petit-fils de Gallimard, des amies issues de la haute bourgeoisie française, des pro-révolutionnaires et des artistes. Certes, son émancipation s'est avérée plus rapide dans les bras de Godard.

 

 Voici quelques citations tirées du roman :

 " Dès que je sentais ses yeux posés sur moi, je détournais les miens et inversement. Il n'y avait rien d'hypocrite, c'était un jeu entre sa pudeur et la mienne. Je me sentais heureuse et je savais qu'il l'était aussi. C'était un sentiment subtil mais fort et qui augmenta au fil des heures."

 " Je ne savais pas ce qui me choquais le plus entre l'attitude de ma mère et celle de Jean-Luc; entre la méchanceté pour moi incompréhensible de l'une et les propos aberrant de l'autre. À ce moment-là, chez Jean-Luc, tout me déplaisait : son goût du drame, ses airs larmoyants destinés à me faire pitié et qui ne faisaient qu'accroître ma colère."

 "En écoutant Jean-Luc converser avec Rivette, Truffaut, Francis ou Michel Cournot, j'avais le sentiment de découvrir le monde à travers leurs yeux, leurs mots, et cet apprentissage de la  vie me comblait."


Rendez-vous sur Hellocoton !