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Les français et moi (chroniques drolatiques (enfin j'espère) : Philippe Chevallier

Les français et moi (chroniques drolatiques (enfin j'espère) : Philippe Chevallier

  Découvrons Philippe Chevallier dans un autre registre ! Oui, Monsieur, le comique de service, s'essaie aux chroniques donc à l'écriture. L'aventure est audacieuse mais déride les plus récalcitrants.

 

  Philippe Chevallier dissèque les vices et les travers des Français donc fatalement de lui-même. Les séquences brèves de ses chroniques tiennent en haleine le lecteur avide de se corriger ou pas. Car le charme du français réside dans sa faculté de pouvoir rire de lui-même sans se formaliser sur le moyen utilisé. (Après ça, c'est vous qui voyez !)

Chroniques drolatiques, l'objectif est atteint!

 

 

Prenons le délicieux et sympathique : "Oh, mais vous ne changez pas !" Les trois quarts du temps, ça signifie : "Tu parles, vieille morue, t'as toujours eu la gueule de traviole avec du poil au menton, même à 30 ans, c'est pas maintenant que ça va s'arranger ! En plus, tu pues du bec !"

DE L'ART D'ÊTRE FRANÇAIS

Dans un pays aussi ancien culturellement que le nôtre, les traditions sont pérennes et font parfois la vie dure aux tentatives pourtant nombreuses d'adaptation à la modernité. Comme dans une pièce de Feydeau ou sur les photos de Doisneau, il semble que nos travers composent cette part de nostalgie à laquelle nous tenons, car c'est avec eux que nous nous sentons le mieux. Si nous sommes toujours en train de râler, c'est parce que nous avons, plus que d'autres, le sentiment d'être légitimes : nous avons été longtemps les meilleurs, les plus grands, les plus forts, les inspirateurs, les novateurs...Aujourd'hui, où nous sommes réduits à une portion plus congrue, on a envie de montrer au monde qu'on a encore de beaux restes...

Sur la Seine, retour des jeux nautiques à partir du printemps. Le ski et la joute seront remis à la mode, ainsi que les courses d'hommes-grenouilles et la pêche à la ligne. Les ballets nautiques de Muriel Hermine, accompagnés par l'orchestre de Tony Ripoll et son orchestre, seront de nouveau programmés sur le lac Daumesnil, mais avec des nageuses recrutées parmi les filles du bois de Boulogne. Je remplacerai Paris Plages par des cabines de bain exclusivement réservées à l'usage de massage thaïlandais et ce, dans le but de soulager la fatigue du travailleur du mois d'août.

Moi, maire de Paris, je rétablirai les jeux du cirque aux arène de Lutèce. Avec des attractions pour les petits et les grands : lotos géants, sudokus en famille, lancers de nains et bien entendu, catch féminin dans la crème au chocolat...Avec des noisettes le dimanche.

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L'EPÎTRE III : textes collectifs

L'EPÎTRE III : textes collectifs

  Pour ceux qui me suivent, cette révélation, ils la connaissent, depuis quelque temps, j'adore découvrir de nouveaux écrivains. Et quelle ne fut pas ma joie en recevant un opus édité par un étudiant universitaire suisse Matthieu Corpataux !

  L'épître est en premier lieu une revue littéraire qui se développe sur la toile avec un succès grandissant. Le concept se traduit par la publication de textes courts envoyés par des anonymes (qui deviendront des grands pour certains) et validés par un groupe de lecteurs. La ligne éditoriale se veut ouverte et permissive. Le seul mot d'ordre est "texte court".

 

  Cet opus recueillent des textes poétiques, en prose ou théâtraux. Chaque lecteur y trouve son compte. Pour cette troisième édition, l'accent porte principalement sur le moi et son rapport au monde et le moi face à la création. 

  Ce "petit" recueil est l'aboutissement d'une quête de créativité. Je le conseille car le lecteur se laisse amadouer par les récits riches en réalisme et en sincérité. Chaque écrivain apporte sa part de sensibilité, de névrose face à la réalité du monde. 

 

 La structure de "Désespoir" agrippe le poème dans l'esprit du lecteur. Il oscille entre les sentiments et la police d'écriture choisie. Le lecteur ne pourra rester insensible à la beauté de cette femme confrontée à sa propre décision dans "Sur le seuil".

 

 Je pourrai que trouver des superlatifs concernant ses textes savamment sélectionnés, mais le mieux que vous puissiez faire : c'est de vous procurer cet opus et de le partager.

Prendre la parole - oui mais à qui? La dérober, la dévêtir des tissus mensongers, des apparats en mascarade, trousser les jupons de cette langue qui faisait son lit dans toutes les bouches, c'est ça qu'il aurait fallu. Je le pensais. Sauf que je n'avais pas l'âme voleuse : chiffonnière des mots, je pensais les acheter à la criée. Je chipais quelques lettres, je les faisaient miennes, en inscrivant au revers d'elles les initiales de mon timbre, celui qui viendrait. (La parole au ventre de Sophie Jaussi)

(...) et puis
soudain
on croise son reflet dans la vitrine
le reflet effrayant de celui qu'on n'est pas
qu'on n'a jamais eu le courage de devenir (...)

(Grandes villes de Benjamin Eichenberger)

Plus de voix au chapitre
Le désert à la page
Y a le vide qui s'installe.
Beaucoup de mots s'envolent
Du roman qui s'épuise,
Le silence respire !
Je vire dans le blanc
Je neige sur ma page.
L'encre s'éthérifie.
Des larmes d'innocence
Nettoient les traces noires
qui couraient sous mes doigts.

(Page vide de Guy Sansonnens)

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Calendar de l'avent : 3 décembre/ 3ème présent

Calendar de l'avent : 3 décembre/ 3ème présent

Un Noël à New-York d'Anne Perry

 

Qui mieux qu'un auteur sorti de prison, peut tenir en haleine son lecteur dans l'univers du crime. Anne Perry emmène les protagonistes de son histoire dans une période victorienne où les moeurs de la bourgeoisie s'étiolent au fil des pages.

Jemina Pitt, désignée chaperon d'une de ses amies, découvre le nouveau monde. Sa jeune amie, Delphinia Cardew, éperdue d'amour pour un riche héritier, s'unira bientôt dans un mariage fabuleux, idyllique et attendu dans les hautes sphères financières. Une ombre ternit le tableau.

La mère de Delphinia l'a abandonné à l'âge de 15 ans. Le frère du marié s'inquiète d'une future apparition et décide de retrouver cette femme afin d'éviter un drame.

Réussira-t-il, accompagné de la fille du célèbre détective londonien à déjouer l'intrigue?

Cette nouvelle déboule comme une boule de neige dans l'univers new-yorkais. La promenade dans Central Park permet aux détectives en herbe de se frayer un chemin dans les rues enneigées. Imaginez-vous le bruit de la robe en crinoline frottant sur le pavé.

 

Calendar de l'avent : 3 décembre/ 3ème présent

Personne ne parlait de la mère de Phinnie - à croire qu'il s'agissait d'un sujet interdit. Phinnie elle-même était éperdument éprise de Brent et au seuil d'une nouvelle vie, sana que personne ne soit là hormis Jemina pour être à ses côtés. Et pourtant, Celia Albright semblait penser que Maria Cardew avait été une brave femme. Si c'était vrai, pour quelle raison avait-elle abandonné son unique enfant, qui alors n'était encore qu'un bébé et avait désespérément besoin d'elle ? Jemina ne pouvait même pas imaginer la solitude de l'enfant, sa perplexité, sa confusion... Pourquoi une mère ferait-elle une chose pareille ?

La femme qui avait admiré le paysage enneigé avec émerveillement n'avait pas un visage ravagé, ni même amer ou fatigué. Mais Jemina ne l'avait aperçu qu'à une quinzaine de mètres, si bien que de plus près, il aurait pu trahir des signes de faiblesse ou de maladie. Comme le disait sa mère :" A vingt ans, on a le visage que la nature nous a donné ; à cinquante, on a celui qu'on mérite." Le temps forgeait le caractère de telle manière que l'on finissait par devenir celui-ci au premier coup d'oeil. Les habitudes se voyaient, pour le meilleur ou pour le pire.

Jemina jeta un coup d'oeil à Patrick et le vit hocher la tête. La connaissait-il si bien qu'il comprenait ce qu'elle lui demandait sans même le formuler? Elle se rendit compte que la joie de savoir Maria en vie, à laquelle s'ajoutait le soulagement d'être lavée elle-même de tout soupçon, était brusquement assombrie par la perspective de quitter New York après le mariage... si toutefois il avait lieu ! Sans doute ne reverrait-elle plus jamais Patrick, et cette idée lui faisait plus mal qu'elle ne l'aurait imaginé possible.

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S'abandonner à vivre : Sylvain Tesson

S'abandonner à vivre : Sylvain Tesson

  La vie vaste engrenage où les existences se démènent, tentent avec les moyens du bord de s'élever au-dessus du rivage pour respirer. Cependant, parfois cette débâcle s'accompagne d'une lassitude latente et constante. La vie et ses évènements coulent sur des corps passifs qui contemplent une existence qui ne leur est pas acquise.

  Pas de lamentation, cette constatation est sans appel, implacable et ne souffre d'aucune nécessité d'explication.

  Dans le monde réel, deux camps s'affrontent les combattants arborant des gants de boxe pour lutter pour une vie qui leur semblera meilleure et les passifs qui acceptent sans broncher les aléas de la vie.

  Sylvain Tesson sillonne le globe pour extraire la moelle de l'homme. Dans des régions froides de Russie, il décapite les idées reçues du modernisme. L'auteur répare les cicatrices laissées ouvertes du passé. A chacun son combat, à chacun sa manière de s'approprier son existence.

   Le lecteur suit avec inquiétude, ses idées préconçues, se forgent des déroulements historiques ou évènementielles et se laisse souvent surprendre par des excipits souvent insoupçonnés.

Elle s'était mariée trois ans auparavant avec un médecin originaire de Dunkerque et je considérais cette union comme une insulte à "la vie dangereuse", chantée par Blaise Cendrars dont je vénérais l'énergie désordonnée et rabâchais les oreilles de la petite. Le mari, "le docteur", comme je l'appelais, était un bon garçon, du genre appliqué : huit ans d'études pour apprendre combien l'homme est vulnérable. Il rassurait le mourant, attendrissait l'arthritique et échauffait l'adolescence qui prenait les palpations pour une invite. Il était généraliste. Le terme s'appliquait aussi à ses idées. Yeux bleus, mèches blondes, chemise à rayures : il soulageait les gens sans se guérir lui-même d'une maladie grave : le conformisme.

(...) Depuis six mois, elle attendait que quelque chose se passe. L'hiver s'était abattu sur la région à la mi-septembre, gelant tout espoir d'imprévu. Le pays n'a pas son pareil pour écraser l'existence. La Sibérie avortait le temps., fauchait les jours. Les heures tombaient mort-nées. Ici, seul le fatalisme permettait de supporter la vie.

Puis il oublia Mauriac et se concentra sur la patrouille. A pas lents, les hommes traversaient le village d'Azamay, jetant des coups d'oeil par-dessus les murets, vérifiant les puits et les buses des canaux, saluant d'un geste un paysan qui s'en allait aux champs et détournant la tête lorsqu'ils tombaient sur un groupe de femmes, à la cueillette dans un verger. En général, les Afghans souriaient mais, parfois, ils passaient, placides, et les soldats sentaient un picotement dans la nuque et se demandaient si ce type en turban avec sa houe sur l'épaule ne dissimulait pas un de ces salopards inscrits au fichier américain.
Ce conflit, c'était un combat de rhinocéros contre des caméléons.
Mené dans un labyrinthe.

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Les vrais héros ne portent pas de slip rouge : Axel Sénéquier

Les vrais héros ne portent pas de slip rouge : Axel Sénéquier

    A n'en pas douter, vous aviez remarqué l'allusion à Superman et vous félicitiez de cette astuce. Le débat et les histoires de super héros sont renvoyés au placard pour laisser place aux héros ordinaires et ancrés dans la vraie vie.

  Axel Sénéquier nous dévoile des héros qui vous surprendront parfois, vous feront sourire avec panache. J'avoue mettre laisser surprendre par des chutes d'histoire auxquelles j'avais imaginé un autre épilogue. Ces histoires quotidiennes s'apparentent à des faits divers pour certains et à des faits anodins qui ponctuent nos existences.

  L'écriture est limpide et agréable. Les récits précis permettent une vision rapide et efficace de ces scènes de vie. Les lecteurs apprécieront le style bref comme un encart journalistique.

  Vous êtes enfin prêts pour découvrir des héros des temps modernes. En passant, je vous glisse avoir aimé plus particulièrement "Avant-première" et "le contrat".

Laissez-moi en commentaire laquelle de ces histoires vous a le plus marqué.

Dans un fracas immense, le miroir du couloir vola en éclats. Avant qu'il n'ait compris ce qu'il se passait, Jean-Claude lui sauta dessus par derrière, saisit le bras qui tenait l'arme et le brisa d'un coup de genou. Les os craquèrent, le sang gicla et le type s'affala sur la moquette en hurlant de douleur.

"Le coup du miroir, dit Jean-Claude d'un air dépité en le regardant geindre à terre, c'est un grand classique. Il a été utilisé pour la première fois par Sylvester Stallone à la vingt-huitième minute de Désigné pour mourir"

"J'ai un boulot à vous proposer, avait-il continué, qui peut rapporter de l'argent, beaucoup d'argent. Pour cela, j'ai besoin de quelqu'un qui sache faire preuve de précision et de sang-froid."

Aujourd'hui, c'était à son tour de venir en aide à son amie. Peu importait l'endroit où Héloïse était partie, la durée du vol, l'heure qu'il était chez elle ou la tristesse qui lui enserrait le coeur, Augustin avait décidé de lui sauver la vie, quel qu'en fut le prix. Il s'était installé sur son lit avec ses réserves et si besoin, il resterait ainsi des mois, sans marcher, pourvu qu'Héloïse n'est plus à souffrir du soleil.

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Une américaine instruite : John Cheever

Une américaine instruite : John Cheever

Plongeons dans une famille américaine de classe moyenne! Durant un été ensoleillé, la famille Pommeroy se réjouit de se retrouver dans la villa de vacances à Laud's Head. Ils sont unis depuis la noyade accidentelle du père de famille. Dans cette famille idyllique, un élément dénote : Lawrence. Cet enfant, devenu adulte refuse toute la beauté du monde, ne perçoit que les horreurs et juge chacun des actes de ses frères et sœurs. Sa présence dérange. Il se crée une atmosphère lourde de suspicion et sourde d'incompréhension face à ce frère hors norme.

Le cadre, huis clos, d'une villa délabrée, agrippée à flanc de montagne et qui risque l'effondrement symbolise les liens familiaux qui s'étiole.

Le lecteur ressent cette tension palpable d'un regard inquisiteur et malveillant. La faute est proche. Qui affrontera avec plus ou moins de tact les condamnations perpétuelles et incessantes de ce frère moralisateur et froid? L'amour et la haine sont bien des sentiments similaires.

 

John Cheever pénètre dans l'univers d'une famille qui a réussi socialement et qui tente de garder des liens familiaux privilégiés. Ce désir inconditionnel de s'aimer, fixé par la mère, s'avère mener un des protagonistes à une solution violente. De ce point de vue, l'auteur détermine que dans une famille chaque membre est différent et se construit différemment Le pouvoir de l'amour filial a ses propres limites.

 

Cette nouvelle possède un rythme soutenu accentué par cette tension exercée par un membre de la famille. Cette puissance narrative se veut progressive. Le narrateur fixe ses personnages dans un tableau. Il décrit leurs situations personnelles et professionnelles, permettant ainsi aux lecteurs de s'attacher aux membres de cette famille. La pluralité de caractère permet une adhésion plus sentimentale.

 

L'animosité envers Lawrence est décuplé par l'adhésion du lecteur à cette famille qui veut croire en un amour filial infini.

 

N'oubliez pas de suivre le vent froid de l'Est qui menace et ravive bien des tensions!

 

Dans la nouvelle "une américaine instruite", le lecteur pénètre dans une famille où l'intelligence accapare une place importante aux dépens des propres membres de cette famille. Le culte de l'intelligence est-il annonciateur de mauvais présages? John Cheever arpente les limites de la connaissance absolue et redéfinit les vrais fondements d'une famille.

Y réfléchissant tandis que je montais l'escalier avec les lourdes valises de Lawrence, j'ai réalisé que nos antipathies sont aussi profondément ancrées en nous que nos passions les plus tendres et je me suis souvenu qu'un jour, vingt-cinq ans plus tôt, alors que j'avais frappé Lawrence sur le crâne avec une pierre, il s'était relevé et était allé tout droit se plaindre à notre père.

Oh, que eut-on faire avec un tel homme? Que peut-on faire? Comment dissuader son œil de chercher, dans une foule, la joue criblée d'acné, la main infirme; comment lui apprendre à percevoir l'inestimable grandeur du genre humain, l'âpre beauté de la vie? Comment poser son doigt sur les vérités inflexibles devant lesquelles la peur et l'horreur sont impuissantes?

"Ce n'est pas mon style de faire le ménage", avait décrété Jill, et il était assez intelligent pour voir ce que sa remarque avait de fondé; assez intelligent pour ne pas attendre de son épouse qu'elle modifiât l'image de femme instruite qu'elle se faisait d'elle-même. C'était la source d'une grande partie de sa vitalité et de son bonheur.

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Parmi les disparus : Dan Chaon

Parmi les disparus : Dan Chaon

Connaître l'Amérique, c'est connaitre ses propres origines. D'où on vient pour pouvoir se construire et participer à la construction de la société. Cependant de nombreuses études ont déterminé que notre enfance, notre éducation ou l'absence des deux influaient sur notre vie d'adulte.

 

Dan Chaon arpente le côté obscur de ses personnages, dans le Nebraska. La quête de l'identité est l'élément fondateur de l'écriture de cet auteur américain. Il déambule dans les rues américaines à la recherche du passé de ses personnages, des angoisses imposées incognito par leur éducation et de l'influence démoniaque de leur entourage. Cet auteur développe les côtés psychotiques de leurs pensées. A travers ses personnages en perte d'identité originelle, il recherche sa propre origine.

 

Dan Chaon rejoint des auteurs comme Émile Zola qui argumentait sur ce fait indéniable que nos éducations, nos familles, nos rangs dans la société pesaient sur nos choix de vie . L'alcoolisme abreuvant les parents influençait le penchant des enfants pour l'ivresse. Deplus, si nous fuyons notre situation primaire, celle-ci réapparaît à un moment inattendu dans notre nouvelle vie. A trop vouloir fuir le passé, il vous rattrape!

 

Ces textes sont vivants, poignants parfois tristes mais toujours puissants de véracité. Les personnages sont empêtrés dans une vie vouée à l'échec. Le destin néfaste s'abat sur cette Amérique qui rejette ceux qui ne réussissent pas. Deux Amériques se profilent à l'horizon: celle du faste et des lumières et celle plus prolétaire qui se noie dans sa condition.

 

La question reste posée : Peut-on échapper à ce qui nous a construit?

 

Ce passage particulier me rend toujours philosophe. Je ne sais pas très bien qui est cet individu à qui s'adresse le jeune garçon, cet être futur qu'il imaginait. J'ignore s'il est vivant. Nous pourrions devenir tant de personnes différentes et, entre l'adolescence et la trentaine, nous laissons derrière nous tant de gens qu'il nous est difficile de savoir qui nous sommes. Combien de versions de nous-même abandonnons-nous au cours des années ? Combien finissent quasiment oubliées, qui marmottent, suffoquent dans quelque pièce de notre conscience, semblables à de vieux parents souffrant d'une affection pulmonaire mortelle ?

(...) Peu importe ce que vous faites. En fin de compte, vous allez être jugé, et tous ces moments où vous ne vous montrez pas extrêmement digne sont ceux dont on se rappellera, avec précision, le moindre détail accablant. Puis, bien sûr, ces choses seront déformées, exagérées, passées et repassées au ralenti, jusqu'à finir par devenir l'essence de votre être : votre caricature.

C'était bizarre car c'est à elle, l'infirmière, que Dennis finit par penser plutôt qu'aux pin-up en double page avec leur chimérique silhouette couleur fauve et leur regard vide d 'expression. Quand Dennis rapporta son tube à essai, une espèce de regret le fit frissonner. Les yeux de l'infirmière étaient si tristes que, l'espace d'un instant, le jeune homme eut la certitude qu'elle savait qu'il avait pensé à elle. Depuis, il lui est arrivé de se dire que tout bébé issu de ça serait autant celui de l'infirmière que le sien.

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Le tablier bleu : Martine Laffont

Le tablier bleu : Martine Laffont

Message poétique et bouleversant sur l'attente de la mort.

 

Louise, une vieille femme, attend silencieuse devant la fenêtre de la chambre qui lui a été attribuée à son arrivée à la maison de retraite. Le personnel lui a octroyé un tablier avec le numéro 14313 (son numéro matricule). Elle se repasse le film de sa vie dans un silence étouffant.

Un jour, elle fugue avec l'assistance d'une inconnue pour rejoindre sa maison, son jardin et son joli tablier bleu (ce compagnon unique qui a partagé tous ses secrets). Aujourd'hui, ses secrets de grand-mère, elle les transmet à sa nouvelle amie et à ses enfants.

 

Ce texte enchanteur retrace les aléas de la vieillesse, ses souffrances, sa folie et son accompagnement.

Louise est unique et multiple : son existence absorbe toutes les existences. Elle est à la fois une grand-mère solitaire mais aussi notre grand-mère. Le lecteur est attiré par cet être fragile. Il se transforme en cette inconnue qui sauve Louise. Le lecteur ressent un désir profond de bon samaritain. Cette héroïne véhicule un amour platonique et authentique.

 

Les descriptions cimentent le caractère doux et fragile de Louise. Martine Laffont ne donne pas une image figée du personnage principal. Cependant, elle s'attarde sur sa gestuelle, sur ses mains usées par le temps et sur son mental qui ne cesse de vouloir retrouver le tablier bleu.

 

La symbolique du tablier bleu prend tout son sens dans son désir de mourir dans sa maison avec son jardin. Le tablier bleu correspond au deuxième personnage du livre. Il personnifie la quintessence du compagnon fidèle et silencieux. Ce personnage secondaire porte ses chagrins, ses bonheurs et le souvenir de son grand-père.

 

Dans ce roman réside une volonté de mourir dignement, d'échapper à cette torture du mouroir. Louise possède un courage et une détermination qui poussent l'admiration.

 

Ce livre est agrémenté d'aquarelle et de calligraphie qui anoblissent davantage cet écrit magistral.

Louise se balance sans rien dire, son regard perdu suit le tour et les détours de sa vie. Une petite vie de rien avec un rien de bonheur pas plus grand qu'une graine de capucine.

L'amour, elle l'avait juste imaginé, costaud, vaillant pour mettre de bonnes bûches dans la cheminée, les soirs où les gelées cognent aux fenêtres pour entrer. L'amour, elle l'avait juste imaginé avec de grands bras tendres pour se cacher, se blottir, quand la pluie d'automne rend triste à pleurer. L'amour, elle l'avait juste imaginé gai, galant, pour danser légère, insouciante et aimée... Celui qu'on choisissait pour elle, et qui n'était ni beau ni laid, il avait du bien, ça suffisait. Ce n'était pas l'amour, l'amour elle le reconnaîtrait.

C'était donc ça le bonheur, quelque chose d'indéfinissable, qui vous appartient, qui fait corps avec vous. Quelques heures volées au temps du malheur, arrachées, extirpées et qui vous reviennent bien en face au moment où vous venez les rechercher !

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Inconnu à cette adresse : Kressmann Taylor

Inconnu à cette adresse : Kressmann Taylor

Une nouvelle épistolaire qui ne laisse pas indifférent.

 

Deux amis allemands possèdent une galerie d'art à San Francisco. Martin a décidé de retrouver sa terre natale. Max, un Juif allemand, prend le parti de rester en Amérique. Les deux amis s'envoient des lettres, au début, anodines mais l'endoctrinement et les idées fascistes que revendiquent Martin envers les Juifs sonnent la rupture. Martin rejoint l'idéologie du IIIème Reich jusqu'à abandonner la sœur de Max aux mains des SA. Max ne supportera pas cette trahison et manœuvrera dans l'ombre à la chute de Martin.

 

Kathrine Kressmann Taylor écrit cette nouvelle qui sera d'abord publiée dans Story Magazine, en 1938 puis repris dans Reader's Digest. Cette correspondance, riche dans sa simplicité, est le signe annonciateur d'une rupture violente de l'Allemagne avec le reste du monde.

Le fait d'avoir choisi ce style littéraire accentue la violence du propos. Le lecteur s'accapare, s'identifie à ce couple d'amis que deux visions de la vie vont séparer. L'incompréhension domine le livre. Max tente par diverses moyens de faire recouvrer la raison à son ami de toujours.

 

La violence de la séparation est marquée au fer rouge par l'abandon de Griselle par Martin aux SS qui tueront cette jeune juive. "Inconnue à cette adresse" sera la seule missive que recevra Max en retour d'une lettre postée pour sa sœur.

Les lettres et les mots ont une force insoupçonnée qui peuvent être une arme de vengeance plus destructrice qu'une arme de poing.

Par les mots Martin est endoctriné et par les mots il périra.

 

L'auteur a su avec des phrases simples raconter l'histoire de deux humanités qui ont perdu le sens du vivre ensemble.

Ce livre devrait être proposé dans tous les collèges pour permettre aux élèves une compréhension d'un pan de l'Histoire qui ne se lit pas dans les manuels.

Te voilà de retour en Allemagne. Comme je t'envie... Je n'ai pas revu ce pays depuis mes années d'étudiant, mais le charme d'Unter den Linden agit encore sur moi, tout comme la largeur de vues, la liberté intellectuelle, les discussions, la musique, la camaraderie enjouée que j'ai connues là-bas. Et voilà que maintenant on en a même fini avec l'esprit hobereau, l'arrogance prussienne et le militarisme. C'est une Allemagne démocratique que tu retrouves, une terre de culture où une magnifique liberté politique est en train de s'instaurer. Il y fera bon vivre.

En ce qui concerne les mesures sévères qui t'affligent tellement, je dois dire que, au début, elles ne me plaisaient pas non plus ; mais j'en suis arrivé à admettre leur douloureuse nécessité. La race juive est une plaie ouverte pour toute nation qui lui a donné refuge. Je n'ai jamais haï les Juifs en tant qu'individus - toi, par exemple, je t'ai toujours considéré comme mon ami-, mais sache que je parle en toute honnêteté quand j'ajoute que je t'ai sincèrement aimé non à cause de ta race, mais malgré elle.

Néanmoins, avant de partir, en vue de l'exposition conjointe qui aura lieu en mai, ou avant, tu dois fournir à nos succursales de la Ligue des jeunes peintres allemands les reproductions suivantes : Picasso, 17 par 81, en rouge ; Van Gogh, 5 par 42, en blanc ; Rubens, 15 par 204, en bleu et jaune.

Nous sommes avec toi par la prière
Eisenstein

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Tempête : Jean-Marie Gustave Le Clézio

Tempête : Jean-Marie Gustave Le Clézio

Jean-Marie Gustave Le Clézio offre à ses lecteurs deux novellas qui replace l'homme au cœur de son univers.

Un écrivain, ancien journaliste de guerre, retourne sur les traces troubles de son passé, sur l'île d'Udo. Monsieur Kyo révèle ses lourds secrets à une adolescente qui vit en contact avec la mer.

La tempête est aussi un élément fondateur dans la deuxième nouvelle, qui emmène le lecteur au cœur de Paris à la recherche d'une identité perdue. Le lecteur comprendra que la tempête peut se développer dans l'âme du héros.

Ces deux histoires semblent dissociées mais un lien fort les unit : le sentiment de culpabilité. Les héros sont-ils responsables de leur chute? Les personnages sont à fleur de peau, ils dérivent vers des océans glacés. La dépression atmosphérique rejoint la dépression psychologique. Ils désirent laver leur honneur sous une tempête.

Ce conteur de l'humanité retrace de manière poétique les tourments des hommes. Les mots finement choisis décrivent les sentiments de culpabilité. Les pays lointains et porteur d'imaginaire accordent au récit une puissance supplémentaire.

 

Voici quelques bribes de nouvelles:

 

"Je suis venu ici pour voir. Pour voir quand la mer s’entrouvre et montre ses gouffres, ses crevasses, son lit d'algues noires et mouvantes. Pour regarder au fond de la fosse les noyés aux yeux mangés, les abîmes où se dépose la neige des ossements."

"Un jour, en regardant la mer et les vagues, il m'a fait cette confidence :"June, vous ne devez pas m'aimer, car je suis un mort en sursis." Je n'avais pas l'air de comprendre, il a ajouté :"Je suis mort depuis longtemps, j'ai fait quelque chose de terrible, et ça ne s'est pas arrangé. Tout ce que je vois me parle de mort, vous comprenez?" J'ai dit:"Je ne sais pas pourquoi vous dites ça, la vie est un cadeau." Il a dit:"Regardez la mer. Elle semble vivre, elle bouge, elle est pleines de poissons et de coquillages, votre maman est une femme de la mer, elle va y puiser chaque jour, pour que vous ne mouriez pas de faim. Mais la mer est aussi un gouffre où tout disparaît, où tout s'oublie. C'est pourquoi je viens au bord de la mer chaque jour, pour la regarder, pour ne pas oublier, pour savoir que je dois mourir et disparaître."..."

"J'ai été un fantôme. Je dis cela parce que je ne peux pas décrire autrement ce qu'était ma vie, dans cette ville, à marcher, marcher, glisser le long des murs, à croiser des êtres que je ne reverrais jamais. Sans passé ni avenir, sans nom, sans but, sans souvenir. J'étais un corps, un visage. Deux yeux, des oreilles. La réalité me portait sur les vagues, au gré du courant, ici ou là. Une porte cochère, un supermarché, une cour intérieure d'immeuble, un passage, une église. Quand on est un fantôme, on échappe au temps. Au temps qui passe, au temps qu'il fait. Pluie, soleil, nuages galopants, vent chaud, vent froid. Pluie encore..."

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