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Articles avec #espresso - cappuccino - tiramisu... catégorie

Don Quichotte : de Monique Lachère d'après le roman de Miguel de Cervantès

Don Quichotte : de Monique Lachère d'après le roman de Miguel de Cervantès

    J'ai croisé Don Quichotte de Miguel de Cervantes sous les traits éclairés et respectueux de Monique Lachère. 

 

   Une très belle histoire de folie douce: Don Quichotte, un homme féru de littérature (surtout de roman chevaleresque) perd la raison et confond la fiction et la réalité. Il décide, avec son fidèle écuyer Sancho Pança, de sauver ses sujets et son peuple d'une attaque ennemie. Il transforme les fermes en château, les pauvres femmes travaillant aux champs en femme du monde tissant des tapis en fil d'or. Il lutte contre des moulins à vent.

    Entrez dans cette folie délirante, laissez-vous porter par ces chimères !

 

 Monique Lachère retranscrit cet aveuglement littéraire avec brio. Elle transmet au spectateur la volonté de découvrir cet auteur prolifique, Miguel de Cervantes, et ce désir de se laisser porter par son imaginaire.

    Venez chevaucher une monture (bestiole, prénommée Rossinante), combattre des ennemis invisibles et aimez Dulcinée du Toboso !

 

   Cependant cet aveuglement littéraire pose de nombreuses questions sur la place de la littérature dans l'éducation. La littérature mène-t-elle à la déraison ou la littérature est-elle une échappatoire à une vie morose et plate? La littérature doit-elle abandonner les descriptions épiques et chevaleresques pour s'attacher au présent?

 

   Le plaisir est de tenter de répondre à ces questions sans oublier l'humour des situations cocasses de ce roman transcrit en pièce de théâtre.

En vérité, je n'ai lu aucune histoire, parce que je ne sais ni lire ni écrire. Mais je gagerai bien que de ma vie je n'ai servi un maître plus hardi, et à Dieu ne plaise que ces hardiesses se payent là où j'ai dit. Il vous sort du sang de cette oreille. J'ai ici de la charpie et un peu d'onguent blanc dans le bissac pour vous panser.

Nous y voilà. Donc la renommée de celui qui ressuscite les morts, donne la vue aux aveugles, redresse les boiteux et guérit des malades - et devant le sépulcre duquel les lampes brûlent - vaut mieux, en ce bas monde comme en l'autre, que celle qu'on laissée d'eux autant d'empereurs païens, et de chevaliers errants.

La liberté, Sancho, est l'un des dons les plus excellents que les cieux aient fait aux hommes. Tous les trésors de la terre et des mers ne s'y peuvent comparer. Il était temps de quitter ton île ainsi que le luxe et l'abondance dont nous avons joué dans ce château. Heureux celui à qui le ciel a donné un morceau de pain sans qu'il soit obligé de remercier qui que ce soit d'autre que le ciel même.

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Sur la terre comme au ciel : Davide Enia

Sur la terre comme au ciel : Davide Enia

   Chaque décennie emporte avec elle une lutte ( la Guerre Mondiale pour certains, la guerre mafieuse pour d'autres). Fraternité d'homme face à l'absurdité du combat, la guerre sanglante rend muet des hommes, en terrasse d'autres et hypnotise les plus fidèles. La guerre se fige dans les poings du boxeur. Cette lutte se concentre dans deux hémisphères: celle du corps physique combattif et viril et celle du mental avec cette notion de résistance et de domination. 

 

    Ce roman relate, dans une quête d'identité, les fondements de la boxe. Bienvenue à Palerme en 1980, Davidù s'initie grâce à son oncle à la boxe. La dure réalité de la violence des guerres mafieuses se superpose aux retours en arrière sur l'évolution de la boxe. Le narrateur utilise à la fois le présent de narration pour camper son personnage principal dans cette réalité et à la fois des notions concrètes du passé qui donnent une crédibilité au héros. 

 

   Le bémol de ce roman est la difficulté à comprendre le schéma narratif. J'avoue avoir éprouvé des difficultés concernant la technique de passage d'un personnage à l'autre. Les passages principaux que j'ai appréciés se résument dans la vie de ce grand-père magnifique, simple, absent dans les mots mais tellement présent par son identité. Parfois des hommes brillent plus par leur charisme que par leur phrasé. Le grand-père est. (tout simplement). Certes les autres personnages partagent leur vie, leur évolution mentale à travers un sport technique et artistique. La violence du sport est temporisée par cette aventure humaine.

 

   J'ai apprécié la découverte de cette famille italienne ancrée dans ses racines. Les liens du passé, embrumé d'amour et de passion pour la boxe cimentent cette famille. Le lecteur entre dans cette Italie profonde et poétique. 

 

L'humiliation brûle plus fort que les coups reçus.
"Ce fut mon premier vrai combat de boxe. Je pensais que l'affrontement physique était surtout une question de puissance. Être celui qui frappe le plus fort, être le plus méchant. Les coups du Nègre non seulement défonçaient son adversaire mais ils étaient beaux à voir. Ce qui détruit, c'est ce qui est précis, et pas ce qui est fort. Il m'avait démoli la gueule. Il fallait qu'il soit mon maître."

Au bout de ces deux jours interminables, on apporta une ration d'eau. C'était la quantité pour trois jours, annoncèrent les gardes. Francesco D'Arpa sentit sur lui le regard des autres prisonniers: Les soldats lui reconnaissaient, au-delà de son grade, l'autorité pour prendre les décisions nécessaires à leur survie. Quand on est épuisé, on remet sa propre existence entre les mains d'un autre, en espérant qu'il aura assez de force pour ne pas tomber.

"C'est bizarre que nous, qui sommes sur une île, nous ne mettions pas nos morts sur des barques, la nuit, comme ça la mer les emporterait au loin et nous resterions à regarder les feux qui disparaissent à l'horizon de la vie.
- Les cimetières existent parce que savoir que le mort est dans un endroit précis, c'est une consolation.
- D'accord, mais quel autre endroit pourrait être plus précis que le coeur ?"

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Typos, fragments de vérité : Pierdomenico Baccalario

Pour qu'un univers vive en harmonie, il faut rétablir parfois des vérités. Un groupe de journalistes, Typos, s'oppose à des politiques et à des énormes multinationales qui falsifient la vérité au nom de leurs idéaux.

Un dictateur condamne son peuple à la famine afin d'obtenir des subventions pour acheter des armes. Avec de petits moyens, des journaux publiés dans des imprimeries clandestines, le groupe Typos mène un combat acharné contre les puissants.

Pierdomenico Baccalario associe à la fois un univers fantastique et une enquête policière. Le rythme est intense, l'action s'apparente  à un film policier. Les pouvoirs spéciaux des protagonistes donnent la notion de fantastique à ce joli roman.

Ce roman ne donne pas de leçon de morale, mais pousse le lecteur à se positionner sur le véritable enjeu du journalisme et leur intégrité.

Un roman incisif qui incite le lecteur à découvrir un très bel univers.

 

Citazioni

"Il est difficile à qui en sait trop de ne pas mentir." L. Wittgenstein

"- L'Afrique, tout le monde s'en fiche. Personne ne se soucie de ce qui s'y passe. Les Noirs qui se massacrent là-bas ne sont qu'une macabre toile de fond dans la vie quotidienne des habitants de cette ville. Les Blancs n'arrivent même pas à comprendre pourquoi nous nous entre-tuons. Pour quelles richesses? Pour quel gisement ? Pour quel homme corrompu ?"

"-Et ça ressemble à quoi, l'odeur de la vérité?

- Elle n'en a pas, répondit Dusker. La vérité n'a pas d'odeur. C'est tout le reste qui pue."

Typos, fragments de vérité : Pierdomenico Baccalario
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Mal de pierres : Milena Agus

 mal-de-pierres.jpg " Mal de pierres" sent le soleil de l'Italie qui burine la peau et fait se gorger de douceurs tous les mets du sud. Une jeune narratrice raconte la vie étrange et incongrue que vécut sa grand-mère. Cette femme se vouait un destin triste et sans avenir. Elle avait voulu plusieurs fois mettre fin à ses jours, mais la providence voulut qu'elle fit sauvée. Elle se maria sans conviction et subit sa condition de femme. Elle rencontra un Rescapé qui lui fit découvrir l'amour. Cette grand-mère effacée et taciturne mit au monde un garçon pour qui elle sacrifia sa vie pour lui offrir le plaisir d'apprendre le piano. Ce fils deviendra en grand virtuose qui fonda une jolie famille.

 Sur le ton d'une confidence intimiste, le lecteur découvre l'Italie de la Deuxième Guerre Mondiale où des individualités essaient de se reconstruire. La population désire renaître et redonner un visage idyllique à ce beau pays.

 La vie de la grand-mère est mise en valeur par des personnages secondaires qui accentuent l'idée d'une âme en errance. Souvent considérée comme une enfant "dérangée", elle échappe à l'internement à cause de la déclaration de guerre. Elle s'invente des amants, écrit des histoires où elle dévoile toute son intimité. Seulement dans le regard d'un homme rencontré en cure, elle existera avec ses différences.

 Ce roman concentre toute l'Italie avec ses odeurs, ses descriptions de ville, ses villageois et ses coutumes. Le lecteur s'approprie cette grand-mère qui ne veut pas quitter. Il comprend la douleur de la narratrice qui perd cette femme typique et décalée mais qui sent bon l'huile d'olive et la tomate gorgée de soleil.

 Les paysages encadrent les absences de la grand-mère qui écoute inlassablement les répétitions de son fils unique. Les seuls bonheurs de cette femme furent l'écriture, la musique de son fils et son joyau: sa petite fille (la narratrice).

 Ce roman est un hymne à l'amour porté à une grand-mère italienne, formidable.

 

Citazioni

 

" Un jour, mon arrière-grand-mère attendit sa fille armée de la zironia, un nerf de bœuf, dont elle la frappa si fort qu'elle en eut des blessures jusque sur la tête et une fièvre de cheval. Mon aïeule avait appris, par des rumeurs qui couraient le village, que si les prétendants de grand-mère se défilaient, c'était parce qu'elle leur écrivait des poèmes enflammés qui contenaient même des allusions cochonnes et que sa fillesalissait non seulement son honneur, mais celui de toute sa famille. Elle la frappait à tour de bras en vociférant : "Dimonia! dimonia!" et elle maudissait le jour où ils l'avaient envoyée à l'école apprendre à écrire."


"Il se levait pour regarder les collines par la fenêtre, songeur, puis chaque fois qu'il revenait s'asseoir, il la regardait et lui souriait d'un sourire liquide dont grand-mère était presque meurtrie, et l'émotion emplissait sa journée."


"À partir du moment où grand-mère s'aperçut qu'elle était devenue vieille, elle me disait qu'elle avait peur de mourir. Pas de la mort en soi qui devait être comme aller dormir ou faire un voyage, mais elle savait que Dieu était fâché contre elle parce qu'il lui avait donné plein de belles choses en ce monde et qu'elle n'avait pas réussi à être heureuse, et Dieu ne pouvait pas lui avoir pardonné ça. Au fond, elle espérait être vraiment dérangée car, saine d'esprit, elle ne coupait pas à l'enfer. De toute façon, elle parlementerait avec Lui avant d'aller en enfer. Elle Lui objecterait que s'Il créait une personne sur un certain modèle, Il ne pouvait pas prétendre ensuite qu'elle agisse comme si elle était faite sur un autre modèle. Elle avait déployé toutes ses forces pour se convaincre que cette vie était la meilleure possible, et pas l'autre dont nostalgie et le désir lui coupaient le souffle."


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Le poids du papillon : Erri De Luca

  les-livres-0047.jpgLes Alpes italiennes regorgent de trésors dont des colonies de chamois. Les alpinistes argumentent souvent leur escalade de rencontres impromptues avec cet animal majestueux quand ceux-ci n'ont pas fui en sentant l'odeur de l'homme.

 Un braconnier raconte sa chasse interdite. Il désire dominer l'animal, imposer sa puissance. Cependant, sa volonté de tuer le "roi" des montagnes le tenaille. Il doit achever sa vie d'hors la loi en abattant celui qui lui a toujours résisté. Certes ses faits d'armes sont incontestables. Des histoires à son sujet circulent dans le café du village, mais aucun gendarme n'a jamais constaté les faits. Le vieil homme laisse vagabonder l'imaginaire des villageois. Il les côtoie, trinque avec eux néanmoins il garde ses distances et répond aux questions importunes en jouant de l'harmonica.

 Ce qui compte pour cet homme c'est d'abattre cet animal. Il doit  prouver sa domination dans un ultime combat. Ce combat que se livrent ces deux animaux est somptueux.

 L'animal est à la fin de sa vie et l'homme atteint aussi ses limites. Le fait que les deux protagonistes soient dans la même période de leur vie accentue la violence de ce duel mortel. L'animal et l'homme sont deux solitaires, aimant la montagne, lui accordant tous les crédits.

 Dans ce roman, il y a deux narrateurs qui s'affrontent. Le lecteur passe de l'esprit du chamois à celui du braconnier. Cette dualité intensifie la beauté du combat. Les protagonistes se jaugent, s'observent et surtout se respectent.

 Le poids du papillon précipite la mort d'un des personnages. La beauté poétique de ce texte porte sur la mort de l'animal en général car le lecteur doit convenir qu'il participe au règne animal.

 Pour ceux qui connaissent, le roman de "Tristan et Iseult", sa fin tragique, ne pourront rester insensible au dénouement de cette histoire.

 Bon voyage dans la montagne italienne !

 

Citazioni:

 

"Bête assassine, l'homme qui abattait les fils du roi des chamois de loin, bête qui grouillait dans la vallée et grondait comme le tonnerre quand il faisait beau. Bête solitaire, celle qui montait vers eux pour les surprendre, les emporter. Même ainsi, les chamois le préféraient à l'aigle, qui arrive par surprise sans s'annoncer par l'odeur, les jours de nuages et de brouillard, et qui pousse les petits dans le vide pour les dévorer en bas, fracassés. Mieux vaut l'homme, qu'on sent de loin et qui fait fuir l'aigle. Les chamois s'aperçoivent toujours de sa présence."

"Il avait vu les chamois franchir les précipices en pleine course, l'un derrière l'autre, exécutant une séquence de pas identique dans leur prise d'élan. Leur saut était un raccomodage entre deux bords, un point de suture au-dessus du vide. Il enviait la supériorité de l'animal, il reconnaissait la bassesse du chasseur qui invente un expédient, l'embuscade à distance. Sans la certitude de son infériorité, l'élan pour se mettre à la hauteur fait défaut."

 

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Soie: Alessandro Baricco

 les-livres-0014.jpgHervé Joncour est un éleveur de vers à soie. Son entreprise est florissante mais une épidémie condamne sa production. Il doit entreprendre un voyage au Japon, pays du vers à soie, pour sauver tout son village. Hervé Joncour rencontre Hara Kei, un homme puissant, qui lui fait confiance. Il effectuera quatre voyages sur la route de la soie mais aussi sur le chemin de la faiblesse du coeur.

 

 Ce texte est poétique emprunt de la philosophie japonaise. Le lecteur est zen, contemple la beauté des lieux mais aussi de la femme. Les oiseaux, enfermés dans une volière, sont le signe de la fidélité de la femme à son époux. Quand la femme ouvre les portes, elle informe son mari qu'elle commettra l'adultère.

 Deux cultures s'opposent et s'unissent dans le coeur d'un seul homme. L'histoire de ces deux nations s'imbrique l'une dans l'autre par le biais de l'amour.

 La soie est un objet de luxe et de tentation. Sa texture est charnelle, tentatrice. Elle symbolise la passion sensuelle. La soie glisse sur le corps de l'homme, elle enveloppe le corps de la femme désirée.La concupiscence de la soie s'accentue dans une étreinte charnelle. La lettre, traduite en japonais par une femme de plaisirs, transmet toute la symbolique de l'amour.

 Le voyage est initiatique car le personnage principal succombe à la beauté des sens. Ce même voyage, répété quatre fois, entre dans une sorte d'habitude. Alessandro Baricco utilise des phrases identiques concernant l'aller et le retour pour tous les voyages. Ce qui l'intéresse ce ne sont pas ses moyens de locomotions ou les pays traversés, mais bien : le Japon.

 L'histoire est ancrée dans un XIXème siècle qui vit avec ses craintes : celle de l'étranger, celle de la religion. Le Japon est à l'autre bout de la terre. Les commerçants ignorent si leur émissaire reviendra. Ces voyages sont de véritables expéditions.

 

 Citazioni :

 

 " On était en 1861. Flaubert écrivait Salammbô, l'éclairage électrique n'était encore qu'une hypothèse et Abraham Lincoln, de l'autre côté de l'Océan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin."

 " Il se mit à examiner la volière, regardant l'une après l'autre les portes grandes ouvertes.

 - Ils reviendront. Il est toujours difficile de résister à la tentation de revenir, n'est-ce pas?"

 " Hervé Joncour resta immobile, regardant l'énorme brasier éteint. Il avait derrière lui une route longue de huit mille kilomètres. Et devant lui, rien. Brusquement, il vit ce qu'il croyait invisible.

 La fin du monde."

 

 Autore :


 Alessandro_Baricco.jpgAlessandro Baricco est né à Turin en 1958. Il a suivi des études de musique et de philosophie. Il devient journaliste et critique pour des magazines italiens. Il publie son premier roman, "Châteaux de la colère, en 1991. Alessandro Baricco obtient le prix Médicis étranger pour ce roman, en 1995.

 Quelques années plus tard, il crée avec des amis l'école "Scuola Holden,en hommage à un personnage de J.D.Salinger, école sur les techniques de narration.

 Son dernier roman paru et traduit par Françoise Brun en 2007 s'intitule "Cette histoire-là" (Questa Storia : 2005).


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