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Articles avec #rentree litteraire 2016 catégorie

Chanson douce : Leïla Slimani

Chanson douce : Leïla Slimani

  Entrons dans le fait divers sans préambule, sans mise en garde: la mort d'un bébé et la souffrance d'une fille qui succombe, assène le premier opercut.

  De cette scène tragique découle la mise en perspective d'une vie de famille sans heurts. Madame a décidé de débuter son activité d'avocate après des années de vie comblée de mère au foyer. Cette image de la femme, éduquant ses enfants, s'ébranle et se rompt à la naissance de son deuxième enfant. Dans un désir de survie, elle et son époux décident de prendre une nounou. Ils suivent de nombreux conseils quant au meilleur choix à adopter dans cette difficile décision. 

 Le choix est fixé et la relation avec la nounou se développe dans un climat serein. Celle-ci accapare une grande place dans cette famille jusqu'au jour du drame.

 

 A travers cette horreur, Leïla Slimani dépeint notre société avec une justesse fine. Son écriture serpente dans les esprits concernant notre rapport à l'éducation. Des questionnements inondent notre ressenti : faisons-nous le bon choix en confiant nos enfants?, à qui devons-nous les confier ? Mais aussi faut-il redéfinir notre rapport à l'autre et à l'argent ?

Néanmoins, cette auteure rivalise d'imagination et n'échafaude pas de jugement et ne guide pas son lecteur dans un choix ou un autre. Elle dissèque un moment vie. Elle pose un diagnostic clinique sur ses personnages. Elle reste en retrait, utilisant le point de vue externe. Le fait divers est décrit sans affect et les raisons de ce massacre sont disséquées au fil de cette relation naissante et envahissante.

 

Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu'il n'avait pas souffert. On l'a couché dans une housse grise et on a fait glisser la fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets. La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés. Elle s'est battue comme un fauve. On a retrouvé des traces de lutte, des morceaux de peau sous ses ongles mous. Dans l'ambulance qui la transportait à l'hôpital, elle était agitée, secouée de convulsions. Les yeux exorbités, elle semblait chercher l'air. Sa gorge s'était emplie de sang. Ses poumons étaient perforés et sa tête avait violemment heurté la commode bleue.

Stéphanie avait disparu. Toute sa vie, elle avait eu l'impression de gêner. Sa présence dérangeait Jacques, ses rires réveillaient les enfants que Louise gardait. Ses grosses cuisses, son profil lourd s'écrasaient contre le mur, dans le couloir étroit, pour laisser passer les autres. Elle craignait de bloquer le passage, de se faire bousculer, d'encombrer une chaise dont quelqu'un d'autre voudrait. Quand elle parlait, elle s'exprimait mal. Elle riait et on s'en offensait, si innocent que fût son rire. Elle avait fini par développer un don pour l'invisible et logiquement, sans éclats, sans prévenir, comme si elle y était évidemment destinée, elle avait disparu.

Une haine monte en elle. Une haine qui vient contrarier ses élans serviles et son optimisme enfantin. Une haine qui brouille tout. Elle est absorbée dans un rêve triste et confus. Hantée par l'impression d'avoir trop vu, trop entendu de l'intimité des autres, d'une intimité à laquelle elle n'a jamais eu droit. Elle n'a jamais eu de chambre à elle.

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Cuba, Pays aux mille visages ! Dieu n'habite pas La Havane: Yasmina Khadra

Cuba, Pays aux mille visages ! Dieu n'habite pas La Havane: Yasmina Khadra

 Don Fuego, un chanteur adulé d'un cabaret de la Havane, perd son statut lors de la vente de l'établissement à des capitaux étrangers. La Havane oublie ses racines pour se tourner vers le capitalisme ce qui bouleverse bien des existences. 

 Le chanteur déchu retrouve une seconde jeunesse dans un aveuglement amoureux. Il est hypnotisé par une déesse sulfureuse dont il ignore les agissements. A soixante ans, doit-il tout reconstruire pour son nouvel amour ou s'accommoder de sa nouvelle existence ?

 

 Dieu a peut-être déserté le coeur des hommes mais il sème selon sa volonté des grains de bonheur. Que l'on donne à Dieu, au Temps, au Hasard des pouvoirs, le lecteur s'en remet à l'écriture fluide, efficace et hypnotisante de Yasmina Khadra.

 L'écriture à la première personne se veut percutante comme une rumba endiablée. La musicalité du roman accompagne les divagations d'un chanteur en manque de repère. Le début du roman assène un coup de poing à l'artiste reconnu dans le monde entier, le deuxième round le laisse K.O., le troisième lui octroie une immense joie, le quatrième lui laisse un goût de néant. La fin du roman lui accorde la douceur d'une salsa.

 Pour les amoureux de Cuba, l'enquête de Juan sera une visite guidée de l'île.

 Ce roman est une vraie introspection dans son moi intérieur et son rapport au monde et surtout son rapport à l'autre.

- Je ne crois qu'en un seul Dieu, unique et incontestable, celui qui fait et défait toutes choses en ce monde : le Temps. Et il ne reconnaît qu'un prophète digne de lui : le hasard.

Que m'arrive-t-il? Après qui suis-je en train de courir? Après elle ou après moi? Dans ma tête, un seul cri retentit sans cesse : retrouve-la. Ne cherche pas à comprendre. Il n'y a rien à comprendre. Lorsque le coeur s'invente une histoire, la raison n'a pas voix au chapitre. Je suis comme fou. Je croyais que ma vie m'appartenait, et voilà qu'une fille dont je ne connais pas grand-chose me la confisque. Comment une illustre inconnue a-t-elle pu m'habiter jusqu'à se substituer à mon âme? Sa disparition est un gouffre qui n'en finit pas de m'engloutir. Je me sens apatride sur mon propre territoire. Ne me reconnaissant plus, je crapahute à côté d'un étranger. Désemparé. Perdu. Aussi pauvre qu'une branche en hiver, aussi triste qu'un clown. Je ne peux que frapper dans mes mains en signe de désarroi, halluciner à chaque coin de rue en croyant la voir. Mayensi partie, elle a aspiré l'air que je respirais et m'a laissé sous vide.

(...) Il s'agit d'une même thérapie sauf que le protocole que propose la poésie est différent de celui de la musique. Le poète nous inspire, le chanteur nous respire. Le poète nous éclaire, le musicien nous enflamme. C'est dans cette nuance que réside la singularité de celui qui dit et de celui qui chante. C'est une question d'ouïe, plus précisément du réglage de l'ouïe, du dosage de la concentration. On ne prête pas la même attention à un récital de poésie qu'à un concert de musique. On n'est pas là pour la la même raison, même si dans les deux cas de figure, le but est le même : rechercher l'évasion. Le rapport à la poésie est plus intime. On est dans la quête tranquille de soi. Avec la musique, on adhère aux autres, on est dans l'élan et non dans la retenue, dans le don de soi et non dans sa quête. Les gens ne vont pas au concert chercher des vérités mais pour rompre avec elles. Ils réclament des paroles qui donnent envie de jeter au diable la réserve, de se soûler jusqu'à prendre une mouche pour un oiseau paradisiaque, de se foutre à poil en criant haut et fort : au diable les carrières et les révolutions. Avec la poésie, on réintègre son élément, on s'interroge sur le sens de la vie, on est rendu à la réalité du monde, on tente d'élucider certains mystères de cette même réalité, de percer la complexité des êtres et des choses...

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Comment tu parles de ton père : Joann Sfar

Comment tu parles de ton père : Joann Sfar

   Difficile de parler de son père, cette image idolâtrée ou impressionnante de l'enfance. Une référence, un exemple à suivre ou à fuir? La question n'est pas simple à résoudre.

 

  Joann Sfar nous propose sa vision chaotique et aimante de son père. Cet artiste, en plein tournage, apprend la mort imminente de son père. Il arrête toutes ses activités et rejoint sa soeur auprès de ce père mourant.

  De cette mort, il fera le point de départ de sa redécouverte de ce qui a fait de lui un homme. Il décrit les liens ambivalents entre un fils et son père. L'auteur se reproche parfois de désobéir aux injonctions de son père et au poids des convenances religieuses. Cependant, l'empreinte de l'éducation est omniprésente tout au long du livre.

 

   Selon Freud, l'enfant tue le père pour se construire. Joann Sfar ne réalise réellement cette interprétation qu'au moment de la mort physique de son père. Le cheminement psychique s'arcboute sur ses visions et souvenirs de l'enfance et de l'adolescence.

Ne vous focalisez pas sur des révélations incroyables ou abominables, il s'agit simplement d'un écrit doux et bienfaiteur sur un père, simplement un père. Il faut laisser à l'auteur le courage de parler à son père post-mortel.

Quand il était en pleine forme je n'arrivais pas au bouton de l'ascenseur. J'avais la tête à la hauteur de sa boucle de ceinture. Un jour, il lui a fallu allonger les bras pour lire. Il collait son Nice Matin sur le mur du fond des cabinets. On lui a mis des lunettes et ça a été la fin des haricots. A la vitesse de l'éclair, j'ai grandi, il a eu ma petite soeur, il a quitté la maman de ma petite soeur. Il a sauté toute la Côte d'Azur. Mary est morte. Il est tombé de vélo. Pardon. Il est tombé de vélo et en le voyant à l'hôpital, mamy est morte. Puis il a eu la prostate. Encore pardon : il n'a plus eu la prostate et après les tremblements ont commencé. Quatorze ans de Parkinson et hop ! Injections de morphine sous-cutanées car les veines ne marchent plus. Et moi, sans doute, il me faut des lunettes.

- Je ne suis pas comme les autres.
- Au contraire ! Tu as la chance d'avoir appris avant les autres que tu étais mortel. Vis chaque jour.
Je ne sais pas si mon papa m'en a voulu. Je ne sais pas s'il s'est jamais dit que si je n'avais pas été là, il aurait pu sauver maman. Je ne sais même pas ce que moi j'éprouve sur tout ça.

Ma singularité est née à la montagne, au décès de ma mère. Je ne crois pas que j'aurais dessiné si ma mère avait vécu, je n'aurais certainement pas consacré ma vie à raconter des histoires non plus. J'ai beaucoup aimé être orphelin. Cela m'a mis très tôt face au monde. Au moment où les autres connards attendaient encore que Dieu leur serve de petites roues au vélo, je tenais debout correctement, comme un adulte bizarre, de trois ans et demi. A l'inverse, la mort du père me rend banal. Enfin sans doute je vais être compris puisque le présent ouvrage a raconté la bagarre la plus ordinaire qui soit : survivre à son géniteur et s'apercevoir, parfois avec horreur, qu'on lui ressemble.

Ma mère est morte à la montagne, c'est plus joli. Je dois m'efforcer de rester davantage orphelin de mère que sans père.

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Je me fais un Goncourt ou des Goncourt !

Je me fais un Goncourt ou des Goncourt !

Eh oui, la machine à prix est lancée et plus rien ne l'arrête ! Voici la première sélection qui a été dévoilée :

 

- Magyd Cherfi : Ma part de Gaulois (Actes Sud)

- Frédéric Gros : Les Possédées (Albin Michel)

- Yasmina Reza : Babylone (Flammarion)

- Nathacha Appanah : Tropique de la violence (Gallimard)

- Catherine Cusset : L’Autre qu’on adorait (Gallimard)

- J-Baptiste Del Amo : Règne animal (Gallimard)

- Leila Slimani : Chanson douce (Gallimard)

- Karine Tuil : L’Insouciance (Gallimard)

- Metin Arditi : L’enfant qui mesurait le monde (Grasset)

- Gaël Faye : Petit pays (Grasset)

- Laurent Mauvignier : Continuer (Minuit)

- Jean-Paul Dubois : La succession (L’Olivier)

- Régis Jauffret : Cannibales (Seuil)

- Yvan Jablonka : Laëticia ou la fin des hommes (Seuil)

- Luc Lang : Au commencement du septième jour (Stock)

- Romain Slocombe : L’affaire Léon Sadorski (R. Laffont)

 

 

Tous à vos lunettes, liseuses et canapé ou prenez rendez-vous chez vos libraires et en avant le marathon lecture pour pouvoir impressionner les amis, la famille et les collègues.

A vous de dénicher le LIVRE !

 

Bien évidemment, il ne faudra pas oublier les auteurs qui n'ont pas été selectionnés et qui gardent une place dans notre bibliothèque.

 

En attendant, épluchez la liste et dites-moi si quelque chose vous choque.

- Yasmina Reza : Babylone (Flammarion)
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Fusion, tu seras mon fils : Gérard Bourguignat

     A la découverte d'un nouvel auteur: cela faisait une paille que je ne m'étais pas attardée sur un auteur en devenir.

   Vous vous laisserez surprendre par votre attachement soudain à Julien : ce jeune homme en quête de repères sentimentaux.

    Le propriétaire de la supérette s'éprend de passion pour la mère de Julien qui élève seule son fils. La relation évalue favorablement entre les deux amoureux. Julien adhère à cette union. Il est en recherche d'un père et Robert en attente d'un fils.

Leur relation est ambigüe. Comment doit-on se comporter face à un étranger qui devient un membre important de la famille. Cet amour filial voire incestueux est-il raisonnable?

 

    Gérard Bourguignat parsème durant le récit des bribes d'une vie basée sur des certitudes surtout celle de l'absence du père, mais aussi sur une quête d'identité amoureuse qui définit les troubles de l'adolescence. Le travail de Gérard Bourguignat se peaufine en couches successives : la découverte des troubles sentimentaux, patriarcal, matriarcal, amoureux. L' apparition de ses troubles se dissout de manière lancinante et troublante dans l'esprit du jeune homme. La clairvoyance reste énigmatique: tous les sentiments se côtoient aux frontières troubles et semblables : l'amour d'un beau-père, l'admiration d'une idole, d'un messie ou l'amour amoureux dans sa pureté. Comment cet homme en devenir se débat avec toutes ses subtilités ?

     La structure du roman utilise tous les points de vue littéraire. L'auteur entre sans frapper dans l'esprit des deux principaux protagonistes qui sont le centre névralgique du roman. La mère devient un personnage secondaire. Elle permet simplement une rencontre troublante.

     L'auteur accorde autant de temps à Julien et à Robert : le temps de la découverte maladroite et emplie de bienveillance. Dans ce rapport à l'autre, l'écrivain décrit avec justesse le rite amoureux: la découverte, la peur de l'autre, la paralysie du sentiment...

    L'amour filial effraye quand celui-ci apparaît à l'âge adulte.

    Très bonne découverte sur les joies d'être père et les angoisses qui en découlent mais aussi celle de l'acceptation d'avoir un père de substitution. Je conseille de lire ce roman car il offre une vision réelle et humaniste parfois galvaudée des relations filiales.

Julien ne se le fit pas dire deux fois. Arrivé dans sa chambre, il tomba, dos collé au lit, immobile, les yeux grands ouverts: Une sorte de nausée l'envahit. Il fait l'estomac noué. Comment avait-il pu céder à son agresseur et surtout, pourquoi y avait-il trouvé du plaisir? Il se sentait sale. Il avait honte et ne comprenait pas ce qui s'était passé, sinon qu'il avait accepté ce baiser furtif et qu'il y avait répondu: Et l'autre qui lui demandait le silence. Comme si on racontait ce genre de choses à sa mère. Ah, si mon père était là, lui, il saurait ; il lui dirait ce qu'il fallait faire.

- J'ai paniqué, Julien, je me suis rendu compte de l'énormité de mon geste. Faut pas m'en vouloir, je te l'ai dit, je n'ai trouvé que ce moyen. Quant à l'attirance dont tu parles, ce serait comme une amitié forte entre homme, ou de l'amour entre un père et son fils. Pourquoi tu me hais ? ça, j'aimerais ne pas avoir à te répondre: Je pense, sans être psychologue, que je me suis substitué involontairement à l'image que tu te faisait de ton père depuis ta plus tendre enfance et que tu l'as mal vécu, tu ne crois pas?

- Ben, oui, selon l'endroit, comme tu es en hauteur, tu te trouves au-dessus du vol des corbeaux et tu ne vois donc que leur dos ! L'empereur Constantin disait plus poétiquement : "Constantine, la ville où l'homme est plus haut que l'aigle."

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Quinze rounds : Richard Bohringer

Quinze rounds : Richard Bohringer

        J'ai bu tout mon saoul au son grave de la voix de Bohringer. Personnage troublant et attachant qui décoche, avec tendresse, ses flèches d'affection.

    Personnage connu mais tellement blessé par la vie se livre à travers un épanchement libérateur. La vie est un combat tenace et ardu. Bohringer arbore son costume de boxeur et se bat contre un cancer (nouveau combat), comme une dernière lutte face à cette mort qui le harcèle depuis l'enfance.

         Lui, qui a bravé tous les interdits : de l'alcool en passant par l'héroïne, aimant les femmes espérant simplement être aimé.

 

     Bohringer, à travers ses quinze rounds, balance, jette avec désinvolture et arrogance tous les "je t'aime" resté coincé au fond de son coeur. Ses yeux verts, avides de tendresse, marquent encore des points dans l'admiration collective.

 

         L'écorché vif accentue chez ses admirateurs ce pathos tant refoulé. Ce roman est la catharsis de ce poète maudit (qui se refuse à cette comparaison). Il devient le mentor désoeuvré qui ouvre le chemin de la créativité aux écrivains, aux peintres qui désirent être reconnus.

         Bohringer symbolise ce joueur de Jazz, au fond de la boîte de nuit, qui offre sa vie au public avec pudeur et qui se livre un combat violent et destructeur dans son for intérieur.

 

       Le texte est rude et rédempteur. J'ai admiré cette leçon de courage, car l'auteur n'attend pas de pardon. Il doit lutter pour survivre comme il l'a toujours fait. Cependant à travers ce texte, il cherche à se comprendre et à vivre en paix avec lui-même.

L'animal en moi a souvent pris le pas. Je ne marchais qu'à l'instinct. Mon instinct était infaillible. Je n'ai été trompé que par moi-même. Je me suis transformé en guerrier. Fallait que je vive. Que je survive plutôt. J'étais sûr de n'avoir aucun talent. Même pour être bandit. Un peu gigolo. De passage. Fallait que je m'invente une vie.

J'avais pas d'avenir. Il me fallait un passé.
J'ai été cruel avec innocence. La lune était mon astre, mon ultime confidente. Elle partageait mes nuits, mes errances, mes certitudes nocturnes.

J'ai décidé de n'écrire que sur les humains que j'ai aimés car ils m'ont aimé malgré les insupportables errances qui me rongeaient l'âme et me rendaient d'une grande violence verbale. Et puis sur des films oubliés auxquels j'ai aimé participer. Des pas bons, même, mais qui m'ont tous donné un moment d'existence.

Tu voulais être meilleur humain, regarder la vie et ceux qui piétinent sur la terre comme des frères. Tout ce que tu n'aimes pas en toi, je le bénis, l'asperge de la pluie à travers le soleil. Les rayures sont ton élégance et, grâce à toi, je suis moins seul. Putain d'ami voudrait enfin comprendre que même si je ne vis pas comme toi, je suis de là, de chez toi.

Les mots d'amour ne donnent pas à manger mais peuvent rassembler des coeurs. Marchons, vivants. Ensemble devenons humains, enfin: Face à toi, grâce à toi, j'ai retrouvé la liberté et l'envie de croire.
(...)

Dans un jardin noir court un rat qui cherche à boire.
La route me bouffe, je me noie dans la route.
Je suis un marin de la route. Je l'aime par tous les temps. Sans route je meurs.

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Du soleil, un café, un Pivot

Du soleil, un café, un Pivot

Besoin de décompresser, une solution s'offre à vous. Pivot croque les mots avec humour et dérision. Vous doutiez de l'ironie et du second degré de Bernard Pivot, rassurez-vous il n'a pas perdu de sa gouaille légendaire pour notre pur plaisir.

 

       Pour ce roman, il met en scène un écrivain absorbé par sa fonction. Quand on est écrivain, on ne peut décemment pas converser comme le commun des mortels. Il faut utiliser avec diligence et bonne aloi les termes littéraires adéquats à toutes les situations. Cet écrivain invité à l’émission Apostrophe ne peut avec la plus grande des bassesses utiliser des phrases bateau et désuètes comme "il pleut" et pire encore "Je t'aime". Il doit être poétique, savoir enjoliver les choses...La tâche n'est pas si anodine. L'écrivain réussira-t-il avec une jolie ritournelle à tirer avantage de sa situation?

 

       Amour des mots et mots tournés en dérision font de ce roman un joli pied-de-nez aux littéraires trop vaniteux pour parler élégamment des belles choses sans dénaturer la langue française.

 

        Ce roman est vendu avec un DVD où Bernard Pivot offre au spectateur la lecture de cette mise en bouche livresque.

A conseiller aux amoureux des Lettres et les admirateurs du présentateur de la grande dictée, d'Apostrophe....

- Ecoute, tu es en hypokhâgne. Tu vas faire khâgne, Normale sup, tu veux devenir écrivain.
Très bien. Mais tu ne peux déjà plus parler comme tout le monde. "Je t'aime", c'est un cliché, et tu devrais d'ores et déjà rayer de ta conversation ce genre de phrases banales, éculées.

- Eh bien, ex-femme, ex-mari. Ils s'écrivent avec un trait d'union. Ils se sont disputés, ils se sont séparés, ils ont divorcé. Faut-il continuer de leur mettre un trait d'union ? Il est inutile. Supprimons-le.

Avec, par exemple, le mot ego.

Mot masculin, forcément.

Mot invariable. Un ego ne varie pas, reste toujours au sommet de sa considération. Jamais de s à ego car ce serait le mélanger avec d'autres petits ego, avec des moi moi subalternes.

Et surtout pas d'accent sur le e, malheureux ! Car vous commettriez un pléonasme, puisqu'il est dans la nature de l'ego de toujours mettre l'accent sur lui.

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Comédie française. ça a débuté comme ça... Fabrice Luchini

Comédie française. ça a débuté comme ça... Fabrice Luchini

   Prendre le bus 80 avec Fabrice Luchini, c'est entrer en confession poétique et architecturale. Le voyage est initiatique sans gaudriole propre à notre poète, joueur de mots.

  Le lecteur reste en pâmoison devant la dissertation de Luchini sur le thème "Céline". Il déborde d'enthousiasme comme un gosse qui ne tarit pas d'éloges devant une mousse au chocolat. Le lecteur dévore avec appétit et admiration ce discours.

 

   Fabrice Luchini passe du coq à l'âne (comme on aime) de la hauteur des auteurs soigneusement choisis à des rencontres formelles ou informelles dans un TGV ou un golf. Le faiseur de miracles nous replonge dans la véracité du monde qui nous entoure; de La Fontaine aux émissions de télévision, de Molière et Céline au portable : la vie de tous les possibles en un clin d’œil.

   Le joyeux luron nous raconte son "bateau ivre". Il se délecte de manière jouissive dans son interprétation d'un des plus beaux poèmes du XIXème siècle.

 

   Si vous désirez connaître mieux les sentiments ou la vie trépidante de cet électron libre, de nouveau, il s'en sort avec une pirouette et se cache avec derrière des auteurs qu'il sert avec un talent non négligeable.

Dans ce livre, le lecteur retrouve la voix de l'orateur et du conteur qui s'applique à transmettre les textes avec exactitude.

Ce livre m'a plu et j'en conseille vivement la lecture pour à la fois valider la gouaille de Luchini mais aussi découvrir des auteurs inspirants. C'est un professeur de littérature qui ne s'ennuie pas avec un protocole et qui abreuve ses contemporains du savoir de ses auteurs prolifiques sans jamais oublier les hommes qui marquent notre siècle.

Il suffit d'entrer dans TGV pour mesurer ce que dit mon ami Claude Arnaud : l'obsession de la communication incessante, générale, mondialisée, se résume avec le monde entier mais surtout pas avec son voisin. Surtout aucun contact avec l'autre, surtout pas. Des millions d'amis mais surtout pas la disponibilité au sourire de l'autre. Ceci étant dit, cela facilite la pensée nietzschéenne : " Que le prochain, hélas, est dur à digérer !", et ça me permet, dans le TGV, de mettre mon casque et d'écouter des chants grégoriens.

La poésie, c'est une rumination. C'est une exigence dix fois plus difficile qu'un texte de théâtre. La poésie demande une vulnérabilité, une capacité d'être fécondé. Elle m'accompagne : avec elle, j'essaye d'avancer dans le mystère du verbe et de la création, et je fais honnêtement commerce de ce qui me hante.

Les questions des médias, c'est toujours : "On aimerait bien vous connaître." Alors que je passe mon temps à témoigner d'auteurs plus grands que moi, d'auteurs immenses, les gens ont parfois tendance à penser que j'occupe le terrain par infatuation de l'ego. Je me vis comme un passeur, et ils aiment me réduire au rôle de bon client. Drôle de paradoxe. Comme disait Flaubert à Louise Colet : " L'auteur, dans son œuvre, doit être comme Dieu dans l'univers, présent partout, et visible nulle part", ou comme il l'écrivait à Ernest Feydeau, " L'écrivain ne doit laisser de lui que ses œuvres. Sa vie importe peu. Arrière la guenille !"

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