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Articles avec #rentree litteraire 2017 catégorie

Le Parrain et le Rabbin : Sam Bernett

Le Parrain et le Rabbin : Sam Bernett

Au coeur de la Seconde Guerre Mondiale se trame la plus extraordinaire aventure liant un Rabbin et un Parrain. Des enfants juifs fuyant une rafle des nazis sont pris au piège par la neige dans les montagnes reliant l'Italie à la Suisse. Les conditions de cette fuite sont atroces. Malgré les prières du Rabbin, la faim cisaille les estomacs, des enfants souffrent et les désœuvrements touchent les esprits les plus positifs.

 

A New-York se joue un autre pan de l'Histoire, Le Rabbin Chaskel Werzburger signe un pacte avec un Parrain italien. L'urgence est vitale ! Bonnano, acceptera-t-il de sauver cette communauté qui n'est pas la sienne à des milliers de kilomètres? 

 

Cette histoire vraie marque les esprits par son union maléfique entre Dieu et le Diable. Cependant ce qu'il faut retenir c'est que face à l'horreur engendrée par un seul mouvement nazi, des âmes honnêtes ou douteuses trouveront toujours un moyen de contrecarrer leurs agissements. 

 

Ce livre est un hommage à ces hommes de l'ombre qui ont oeuvré à sauver ce qui fait notre humanité. L'écriture est limpide, incisive et bouleversante. Sam Bernett, plus connu par ses biographies et son parcours journaliste, signe un livre magnifique. 

 

A lire absolument et à faire lire à nos enfants ! La vie n'est jamais toute blanche ou toute noire et réserve beaucoup de surprises !

Dix-sept enfants sans la moindre expérience de la montagne, déjà marqués par ce que la vie leur a fait, terrifiés par ce qu'ils pressentent.

Dix-sept mômes qui, jusqu'à ce qu'ils perdent tout, leurs familles, leurs habitudes, leurs espérances, n'étaient que joie et dévotion. Qui de la vie se préparaient à prendre ce qu'elle a de plus beau : les sensations, la connaissance et la foi.

Dix-sept orphelins que hantent depuis des mois le chagrin de la perte, le sourire à jamais éteint d'une mère et d'un père.

"On peut toujours trouver des qualités, y compris d'âme, chez ceux qui en semblent le plus dépourvus. Ce n'est pas à vous, avocat, que je vais l'apprendre."

Aucun petit matin n'a jamais été si pénible. On sent que quelque chose en soi bascule. Les ressources, où l'on puisait sans trop de peine hier encore, aujourd'hui se refusent. Il n'aura fallu que quelques heures à la nature pour faire une bouchée de l'énergie de ces constitutions gelées. Les gamins ne tiennent plus debout, leur marche devient incohérente, ils trébuchent contre les racines, les pierres, certains tombent sur les genoux. Ils ont perdu leurs couleurs, cette étincelle que l'on croyait inextinguible. Les aînés aussi souffrent et luttent, mais ils ont pour eux le sens des responsabilités, l'esprit de sacrifice, la force d'âme. Vaille que vaille, mâchoires serrées, ils continuent à prodiguer des sourires, des encouragements, quelques soins aux plus fragiles aussi, frottant vigoureusement les mains, les pieds, les épaules de tous ces petits corps meurtris.

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Minute, papillon! Aurélie Valognes

Minute, papillon! Aurélie Valognes

  Rose, âgée de 36 ans, doit refaire sa vie ou donner un second souffle à la sienne. Mère d'un garçon de 18 ans qui décide de vivre avec sa fiancée qui est enceinte. Des coups de massue que Rose a des difficultés à assumer. Elle accepte un emploi de dog-sitter pour pouvoir réellement s'occuper de la mère de son employé. Cependant, la question se pose - qui aide qui? dans cette histoire.

 

 Sur le ton d'une rencontre fortuite, Aurélie Valognes survole le problème de l'abandon, des mensonges mais aussi l'exigence d'être un être parfait tel que la société l'impose aux femmes. 

 

  Mon avis : je reste sur ma faim. Autant les livres précédents avaient de la vitalité autant celui-ci est fade, mélancolique, voire morose. Certes le lecteur compatit à la détresse de cette mère abandonnée par sa progéniture mais attend qu'elle se ressaisisse rapidement. Le lecteur trentenaire ou quarantenaire ne se retrouve pas dans le personnage de Rose qui perd de sa crédibilité par son manque de réactivité.

 

  Le thème reste abordé en surface. Le lecteur espère une vision psychologique du drame familial de l'abandon. La solitude d'une vie ne se règle pas en deux coups de cuillère à pot. Les questions sont posées mais restent en suspens. (dommage). Le soufflet est retombé malgré une happy-end trop grosse à avaler. Cependant, pour les éternels optimistes, espérant une fin heureuse, leur bonheur sera atteint.

 

  Le point positif demeure une rédaction fluide qui permet de se détendre.

-Ah, ça ! J'ai fait de la pâte à sel. J'ai commencé des cours de méditation et ils recommandent de trouver une activité pour se vider la tête. J'ai essayé le coloriage, mais ce n'est pas pour moi. Alors je teste des activités manuelles, qui ruinent ma cuisine et ma couleur. Et attention, maintenant, je me lève tous les jours à 5 heures du matin. Ils appellent ça le Power Morning. Résultat : je suis crevée et passe mon temps à bâiller au cabinet. Je me suis même complètement décrédibilisée auprès des autres avocats quand, l'autre jour, il y en a un qui m'a surprise à faire la sieste dans mon bureau.

Colette avait pris conscience qu'en croyant bien faire, depuis des années, elle provoquait des catastrophes. La plus grande d'entre elles étant sa propre fille, Véronique, qui était devenue sous ses yeux un monstre d'égoïsme, sous une épaisse couche de superficialité. Elle n'avait rien vu venir. En s'investissant à corps perdu dans ses associations, elle n'avait pas pris conscience qu'elle avait délaissé Véronique : le moindre chien perdu passait avant elle ! La culpabilité la rongeait désormais. Véronique suivait une thérapie et cela avait fait ressurgir ses propres fantômes. Colette dut admettre qu'elle était dans le déni. Elle n'avait rien vu des souffrances de sa fille, rien vu de sa boulimie, de sa fragilité. Désormais, elle était punie d'avoir été aveugle.

D'un sourire énigmatique, elle répondit simplement en se touchant le ventre :
- Minute, papillon ! ça, c'est une autre histoire...

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Momo : Jonathan Garnier

Momo : Jonathan Garnier

   Flânant dans les rayons d'une librairie, j'ai croisé le regard de cette petite fille. Son regard m'a intrigué donc je l'ai ajouté à mon panier.

 

   L'histoire de Momo n'est pas banale. Sa grand-mère l'élève seule dans un village portuaire où toutes les deux regardent, près du phare, passer les bateaux qui ramènent, peut-être, au pays ses parents. Momo est une enfant en quête d'aventures et qui donne du fil à retordre à sa grand-mère. Elle voudrait côtoyer des camarades mais son caractère est difficile à comprendre. Un jour, elle fait connaissance d'une ado qui deviendra comme une grande soeur pour la guider, le temps des vacances. 

 

    Une histoire touchante qui permet à travers les yeux d'une enfant de cinq ans d'essayer de percer le mystère des discussions d'adultes. Certains lecteurs critiqueront le caractère haché de l'histoire, le manque de lien réel entre un être de cinq ans et ses rencontres d'adultes. A mon avis, la technique utilisée permet d'exprimer le fossé qui existe entre l'enfance, l'adolescence et  le monde des adultes. Les dessins rejoignent les traits des mangas et cela fascine. La représentation du monde de l'enfance s'accompagne de référence affective, au partage inter-générationnel.

   Belle rencontre !

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Un ange en équilibre : Edith Rebillon

Un ange en équilibre : Edith Rebillon

   Du rêve à la réalité où dans la vie les deux notions se confondent. Est-on toujours maître de notre destinée? Devenons nous croire à l'immuable amour, l'éternel? Et si tout cela n'était que supercherie. Les éléments extérieurs ne favorisent-ils pas une déception prochaine, profonde?

 

   Que le lecteur se rassure Edith Rébillon, avec sa joie de vivre et sa bonhomie, donne un regard sain et bienveillant sur notre société et sur la notion de confiance. Le hasard des vies, des rencontres ponctuent notre existence et insufflent un vent nouveau, soit en positif soit en négatif. (cela reste la loterie de la vie !)

 

   La lecture est fluide comme un nuage cotonneux qui vous transporte dans les méandres de l'existence. Un ange veille ! Ce roman a le goût de l'innocence et l'amertume d'un bonbon acidulé. Le rêve et son halo de douceur protègent les protagonistes confrontés à un réveil parfois brutal.

 

   Belle rencontre avec cette auteure pleine de charme et de joie de vivre! A conseiller à ceux et celles qui croient aux belles histoires ou pas !

Perdue comme une enfant que l'on aurait laissée au bord du chemin.
Mais il avait toujours su, du moins jusqu'à présent, la rassurer, la serrer contre lui avec cette tendresse qui n'appartenait qu'à lui.
"Mais le temps sépare ceux qui s'aiment tout doucement sans faire de bruit..." comme le dit si bien la chanson.
Mais nous nous serons plus forts que la vie qui passe, plus forts que l'usure du quotidien...

Elle souriait.
- Un ange, je suis un ange, moi?

Il a dû lui en falloir du courage pour oser tout faire exploser, comme cela, avec deux enfants.
Avant, on attendait que les enfants soient élevés.
C'est bien ou c'est mal?
Hypocrisie et faux semblant ou vérité et transparence à tout crin.
Je ne sais pas, je suis bien incapable de juger.
Je n'en ai pas envie, je veux les garder tous les deux, être un trait d'union, être leur trait d'union.

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Je peux me passer de l'aube : Isabelle Alonso

Je peux me passer de l'aube : Isabelle Alonso

    La Seconde Guerre Mondiale touche à sa fin néanmoins l'histoire ne se clôt pas pour les opposants au régime de Franco. Angel, âgé de 15 ans, espère rejoindre sa famille en Italie mais les rouages de l'Histoire veulent en décider autrement. 

    Angel, enrôlé enfant dans une guerre qu'il croyait comprendre (malgré les réticences de son père), lutte dans un camp pour rejoindre les siens. En sortant de ce camp, il découvrit, anéanti, que les conséquences de la guerre vont être très dures à effacer. Il subit les affres du manque de nourriture, de la violence qui  souille la ville, les dénonciations qui inondent les rues. Angel quitte vivant un camp de concentration pour rejoindre une prison à ciel ouvert.  Angel, ne manquant pas d'humour, continue à se battre contre Franco, refusant de faire le service militaire. Il vit de manière clandestine.

 

   De ces faits historiques, le lecteur retiendra cette volonté farouche de vivre et de survivre. Sur un ton parfois décalé ou badin, Isabelle Alonso retrace l'itinéraire d'une nation prisonnière. Isabelle Alonso autopsie une Espagne en souffrance. Chaque avancée du nazisme fait reculer l'espoir d'une vie nouvelle, d'une liberté retrouvée. Le narrateur, âgé de 16 ans, scrute son avenir avec un regard d'ancien prisonnier. De ces états découle une rage de survivre. Dans Franco et sa politique, il décompose un pan de l'histoire comme un cri de condamné.

 

   La prouesse d'écriture permet de mettre en exergue l'histoire et les résolutions de certains et la rage de liberté d'autres. Un roman qui vous tient en haleine comme les derniers survivants du Titanic accrochés à un morceau de bois dans cette volonté immense de vivre.

 

   Un roman sur fond d'histoire à conseiller aux amoureux de l'Espagne.

 

BATAILLON DE TRAVAILLEURS. ça sonne bien, ça sonne noble. ça sonne comme des mots à nous. Si j'avais entendu cette expression avant la défaite, j'aurais imaginé une cohorte d'hommes volontaires, solidaires, animés par une conscience de classe taillée dans l'airain, consacrant leurs forces à la collectivité, à la construction du socialisme, tels des héros de l'Union soviétique, Stakhanov et tant d'autres. Mais nous avons perdu la guerre. Nous sommes livrés aux franquistes. Ce qu'ils appellent "bataillon de travailleurs" est ni plus ni moins qu'un régiment disciplinaire. Une escouade de forçats. Personne n'est volontaire et encore moins solidaire. Personne n'a commis d'autre faute que d'être vaincu. Le bataillon numéro 12, dont j'ai le privilège de faire partie, s'établit à Gerona dans un premier temps. Nous remontons vers le nord, donc. Vers la frontière. Je n'avance toujours pas, et même, je recule.

Je fais ce que je peux, c'est-à-dire pas grand chose. j'observe la nouvelle Espagne, cavernicole, asphyxiée par la censure. Plus de journaux, plus de livres. De nouvelles chansons apparaissent, cyniques et triomphantes. Les affiches de cinéma, les frontons de théâtre annoncent des épopées guerrières, des contes religieux, des destinées exemplaires, qui nous démontrent à l'envi que nous avons perdu la guerre...On ne risque pas de l'oublier. ça me fend le coeur de penser que si les nazis continuent leur marche triomphale, Sol et Peque vont grandir dans ce monde vermoulu où tout est péché. Tout ce qui était drôle, stimulant, instructif est désormais interdit.L'école novatrice, libre, ambitieuse qu'ils auraient pu fréquenter a disparu. Les instituteurs sont en première ligne des represaliados. Morts ou interdits d'exercer. Voilà les petits condamnés à ingurgiter la litanie des hymnes franquistes, des bondieuseries et de la nouvelle matière scolaire obligatoire, la "formation de l'esprit national". Tout u programme. A se pendre. Mon vrai pays semble avoir disparu, englouti comme le Titanic, dans une mer glacial et sans fond.

La guerre telle que nous l'avons connue, telle qu'elle s'est imprimée dans notre mémoire, déchaîne sa fureur : vacarme des immeubles qui s'écroulent, urgence des explosions, il faut courir, parfois ramper, se mettre à l'abri. On voit le sang, les nuages de poussière, les arbres déchiquetés, les décombres, les morts. A cette frénésie-là a succédé une guerre d'un autre type, plus discrète, plus insidieuse et plus cruelle. Ma petite soeur va à l'église sans croire en Dieu, elle a déjà appris à se trahir elle-même. Mon petit frère la voit faire, comprend que ce qui se dit dans la maison est interdit au-dehors. La duplicité est devenue un mode de vie. Le renoncement aussi. Jusqu'au point où l'on ne sait même plus à quoi on renonce....

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Frappe-toi le coeur : Amélie Nothomb

Frappe-toi le coeur : Amélie Nothomb

  Une rentrée littéraire sans Amélie Nothomb, c'est comme une charlotte aux fraises sans fraise (j'avais pensé au départ à la choucroute mais la comparaison aurait été peu flatteuse) cela manque de finesse.

  "Frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie" d'Alfred de Musset résume ce roman. Diane, une enfant délaissée par sa mère, recherche l'amour à travers des rencontres. Pas des rencontres amoureuses comme le lecteur pourrait le présager mais des rencontres amicales solides et salvatrices. Diane n'a pas le gout des liaisons passagères. Elle travaille hardiment, fuit sa famille pour ne pas tomber dans le gouffre de la jalousie et se construit son avenir. Des liens se tissent avec des personnages qui comprennent son mal-être. Cependant, le passé vous rattrape toujours. Diane tente tous les moyens pour oublier néanmoins dans les yeux de Mariel, une enfant méprisée, elle comprend qu'à travers ses propres maux il existe des souffrances encore plus dévastatrices.

 

  Amélie Nothomb revisite les liens maternels sur le mode déshumanisé. Ce n'est pas l'auteur de la positive attitude. Elle dévoile les vices des mères qui ne supportent pas leur propre progéniture. Elle désacralise l'instinct maternel et remet sur le banc de touche les biens-penseurs qui diabolisent la mère incapable d'aimer. Elle fait le distinguo entre une mère qui n'a pas d'affection avec son enfant et une mère qui méprise son bébé.

 

   Ce roman se lit très vite (comme tous les "Amélie Nothomb"). Le sujet est finement traité cependant dans la perception de Diane, enfant, le lecteur pourrait regretter un manque de sensibilité enfantine. Quand le regard devient externe, la description des émotions de Diane développe une sensibilité plus adulte qui correspond à la maturité de l'auteur. Amélie Nothomb travaille sur une distanciation de l'être qui mériterait un approfondissement. 

Le lecteur reste stoïque devant cette fin de roman abrupte. 

Mon avis : Roman agréable mais sans conviction sur le souvenir qui restera impérissable.

 

Diane ne se rendormit pas. La révélation de l'amour ne cessait de la parcourir. Certes, dans les bras de son père, de mamie, de papy, elle avait senti qu'elle était aimée et qu'elle aimait. Mais ce qu'elle avait éprouvé dans les bras de sa mère était d'une nature autre : cela relevait de la magie. C'était une force qui élevait, transissait, broyait de bonheur. Cela tenait à l'odeur de sa mère, qui l'emportait sur les fragrances les plus exquises. Cela avait à voir avec la voix de sa mère, qui, quand elle lui avait parlé cette nuit-là, était la musique la plus délicieuse qu'elle ait entendue. Cela se complétait par la douceur de la peau et de la chevelure de sa mère, qui avait achevé de transformer cette étreinte en une longue caresse soyeuse.

A 11 ans, Diane sentit son univers s'effondrer. Jusqu'alors, si elle avait pu tenir, c'est parce qu'elle croyait sa mère inconsciente de sa souffrance. Et là, elle découvrait que dans la version maternelle, c'était elle la coupable de l'absence de tendresse qui lui était adressée. L'accusation de jalousie relevait du comique, comparée à celle-là. Comment allait-elle continuer à vivre, étouffée qu'elle était par le sentiment d'une injustice démentielle?

Si seulement cela n'avait été que de la haine! Il apparaissait maintenant à Diane que le mépris était pire que la haine. Celle-ci est si proche de l'amour, quand le mépris lui est étranger. "Au moins, ma mère ne m'a jamais méprisée", pensa-t-elle. Le sort de Mariel la fit frémir.

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Mon père sur mes épaules : Metin Arditi

Mon père sur mes épaules : Metin Arditi

  "Les livres, c'est autre chose." comme une prophétie, c'est quelques mots symbolisent la vie de Metin Arditi et son lien au père. Père qui l'admire enfant, qu'il ne comprend pas à l'adolescence et recherche à l'âge adulte. 

 

   L'écrivain reste toujours un enfant en quête de reconnaissance. Metin Arditi revient sur son enfance heureuse (ou qu'il espère être heureuse) à Istanbul, ses années difficiles en internat (dès l'âge de sept ans), sa vie d'adulte avec comme toile de fond un père absent, sur la réserve. Un père qui ne félicite pas, un père neutre comme un étranger à qui on doit tout et qui ne vous épargne rien. Metin vit entre se réaliser et faire plaisir à son père, car même dans cette absence règne un pouvoir de toute-puissance.

   Dans la construction d'un homme, il faut se confronter au père, ce héros aux pieds d'argile. 

 

 Dans ce récit, le lecteur décèle un amour filial inconditionnel et surtout incompréhensif. Dans leur relation existe une dichotomie qui marque à la fois le respect et un amour non exprimé. Du regard de l'enfant admiratif devant l'élégance et la culture du père au jeune homme en lutte contre les idées paternelles qu'il réfute, se joue l'amour paternel. Cet amour s'exprime dans une retenue incompréhensive durant les premières années de la vie et dans une condamnation à l'âge adulte.

   Le lecteur trouvera dans ce récit ce qui fait de Metin Arditi un auteur de talent, sa manière de se livrer avec sensibilité, sans verser dans un pathos qui ne lui permettrait pas de se donner. Les souvenirs exprimés restent brefs et incisifs comme des coups de canif dans une mémoire qu'il désire honnête. Il se raconte et brise l'instant d'après ce souvenir pour s'adresser à son père, à la recherche d'une réponse. Mais hélas, la discussion se produit trop tard; son père est mort depuis vingt ans.

 

   Mais ce qu'il faudra retenir de ce récit sont ces quelques mots qui résonnent encore dans la tête de Metin Arditi : "Les livres, c'est autre chose".

Un souvenir nous embarrasse ? Faisons en sorte qu'il nous paraisse aimable. Ni une ni deux, on le maquille, on lui colle une barbe et des moustaches. Et une perruque, s'il le faut, on se débrouille, pourvu qu'il ait l'air présentable, qu'il nous soit doux, qu'en pensant à tel ou tel événement qui lui est lié, on puisse se dire : "Comme c'était formidable."

Tu n'étais jamais envahi par l'émotion"

Suis-je injuste? Ingrat? Peut-être. Il y avait dans sa posture quelque chose de maîtrisé, un brin distant. Etait-ce sa vanité de père face à tant d'amour exprimé devant la directrice et les professeurs qui nous entouraient à ce moment-là? Il devinait sans doute leurs pensées...Si sa présence déclenchait de telles manifestations de joie, c'est qu'il était ce père modèle.

C'était avant que j'avais besoin de ton soutien. De ta bienveillance. De ton estime. Avant. Quand je t'avais demandé de faire une partie de poker. Au moment où je m'attendais à te voir passer la porte de la clinique pédiatrique. Ou lorsque je t'avais annoncé que j'étais nommé professeur invité à l'Ecole polytechnique. Ou devant tes amis de la communauté juive, Ou encore avec le fabricant de tubes alimentaires...

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La vengeance du pardon : Eric-Emmanuel Schmitt

La vengeance du pardon : Eric-Emmanuel Schmitt

   Le pardon a toujours un goût étrange, il associe à la fois un désir d'oubli et à la fois un désir de vengeance inassouvi. La nuance reste toujours latente.

 

   Eric-Emmanuel Schmitt s'inspire de cette association saugrenue pour écrire des nouvelles qui feront douter le lecteur sur la notion du pardon. Les rencontres avec les protagonistes ne vous laisseront pas de marbre : Vous douterez de la douceur de cette charmante grand-mère; vous resterez fébrile devant cette paternité tardive; pardonneriez-vous le plus abject des crimes ?, prolongeriez-vous la vie de Saint-Exupéry?

    La structure des histoires ne suit pas un schéma structuré ou identique. Le lecteur perçoit ses morceaux de vie avec un regard neuf, celui du pardonnant. Cependant, méfiez-vous de cette image trop lisse de la femme aimante, de la soeur servile, du fils rédempteur et de la petite fille avide de rencontre. L'homme est un être ambivalent qui peut absoudre ou condamner. Nonobstant, le choix reste cornélien et force le respect.

 

   Si vous me demandiez de choisir une de ces quatre rencontres, je serais incapable de choisir. Mais me pardonneriez-vous cette absence de réponse?

 

   Mon premier coup de coeur pour cette rentrée littéraire !

Moïsette y réfléchit des semaines et se rendit à l'évidence : elle ne serait jamais sacrifiée parce qu'elle ne ressentait aucun attachement. Nulle affection ne l'inclinait à préférer sa soeur à elle. Au contraire. Voilà ce qui la choqua : elle découvrit que Lily l'aimait, tandis qu'elle ne l'aimait pas.
- Salope !
(les soeurs Barbarin)

Il se rappela le pari et décréta que l'aventure ne serait pas arrivée sans ce défi. En quelques secondes, il réaménagea ses souvenirs d'été, se peignit en manipulateur triomphant- James Bond en mission- et réussit à se redonner l'étoffe d'un héros. L'homme est ainsi fait que la culpabilité appartient aux émotions fugitives, le sentiment permanent demeurant l'estime de soi.
(Mademoiselle Butterfly)

- Dites-lui deux choses de ma part, maître. Dites-lui d'abord que je n'irai plus jamais le voir.
- Mais...
- Et dites-lui ensuite, maintenant qu'il a rejoint l'humanité...
Elle réfléchit, s'éclaircit la voix et prononça posément sa formule :
- Bienvenue en enfer !
Sans un mot de plus, elle raccrocha.

- Si tu avais été nazi, je t'aurais pardonné. Tu aurais commis une erreur, pas une faute. Après tout, pourquoi pas ? Chaque homme se fourvoie.Je répète aux jeunes qui jugent le passé qu'il s'avère simpliste de condamner rétrospectivement. Moi-même, j'ignore comment j'aurais agi, à ton âge, dans ton temps. Oui, papa, je t'aurais pardonné si tu avais adhéré au nazisme. Mais que tu le restes aujourd'hui ! Aujourd'hui!

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La merveille imparfaite : Andrea De Carlo

La merveille imparfaite : Andrea De Carlo

    Par ces lourdes chaleurs, il faut s'accorder une petite glace pour le réconfort. Avouez qu'une glace avec du goût prévaut toujours sur une glace industrielle.

 

   Milena imagine, crée, arrange des goûts magiques (une sorte de madeleine de Proust). Elle exploite les produits locaux. Elle rivalise d'ingéniosité.

  Par une commande faramineuse et inespérée, Milena rencontre le chanteur du groupe mythique, Bebonkers. Nick, l'idole des rockeurs, organise un concert caritatif pour célébrer son troisième mariage.

 Ses deux personnages sont dans une certaine confusion. Milena débute un traitement hormonal pour enfanter, un désir dont elle doute. Cependant sa compagne la conforte dans cette idée de bonheur. Nick émet des hésitations sur son troisième mariage. Il ne se sent pas en phase avec cette nouvelle vie et son absence de renouveau artistique. 

 

  Andrea de Carlo surfe sur le rythme de la création à la fois gustative et musicale de manière rafraîchissement.

  Au-delà de cette rencontre impromptue, ce roman s'articule sur le phénomène de création artistique et la relation à l'autre. Cette histoire garde comme fond d'écran le monde moderne et ses débordements. L'incompréhension des évènements funestes qui scinde le monde sert aussi de point d'ancrage de ces deux créateurs dans cette génération en quête de poésie soit musicale soit gustative.

 

  J'ai apprécié ce roman non pour la rencontre des deux artistes mais pour leurs individualités qui se battent contre des stéréotypes, pour leurs arts et dans leurs vies personnelles. L'image et celle qu'elle véhicule constituent les fondements de la création.

 L'écriture fluide permet une évasion rapide dans le sud de la France, élabore une stratégie de compréhension de l'art (car au-delà des glaces et de la musique se trouve le concept de création) et une rencontre légère.

Il vide en une seule gorgée un troisième verre de jus de pomme et va le poser sur l'évier. Il a toujours aimé les verres épais; sans doute une autre chose qui vient de son enfance, du souvenir des bouteilles que le laitier déposait sur le paillasson, à Manchester. Est-il possible qu'il se soit mis régulièrement dans une situation d'échec sentimental par crainte que le bonheur et la stabilité ne tarissent son inspiration? Est-ce l'équivalent affectif du retour à son régime à base de galettes de riz et d'eau, pendant plusieurs jours de suite, dans l'espoir de revenir au désespoir créatif des débuts?

Le fait est qu'il est impossible de composer un chef-d'oeuvre de la chanson de la façon dont Aileen réalise ses créations en Anti-cuir, après avoir appris les techniques de coupe et de couture et étudié le travail des grands stylistes, analysé les coûts et fait des études de marché, réuni une équipe de personnes douées et compétentes. Si vous essayez de faire une chanson de cette manière, tout ce que vous obtiendrez sera un assemblage d'éléments sonores déjà entendus ; la radio et Internet en sont pleins, beaucoup se font un tas d'argent avec ça, bien sûr. Pourtant, même la plus bête des chansons pop, chantée par la plus vulgaire des exhibitionnistes, perchée sur des talons invraisemblables, doit contenir au moins un fragment inexplicable, pour faire vibrer les cordes sensibles de millions de personnes. Il faut au moins un élément d'origine mystérieuse, une brève séquence inexplicable.

- Prends une glace délicieuse.- Elle se rend compte qu'elle a le même regard que lui, que par une sorte de contagion étrange, elle parle sur un ton analogue au sien. - Pendant un moment, elle est délicieusement froide, avec un parfait équilibre entre moelleux et compact. Tu es si heureux de l'avoir entre les mains, de pouvoir la goûter. Et un moment plus tard, c'est fini, ça suffit. Tu ne peux même pas en prendre une deuxième, parce que tu sais très bien que ce ne serait plus la même chose.

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Les animaux fantastiques : J.-K. Rowling

Les animaux fantastiques : J.-K. Rowling

    Cet ouvrage provient des lectures effectuées par Harry Potter et conseillées par Aldus Dumbledore. Pour devenir un excellent sorcier, il faut connaître les deux ouvrages suivants : "Les animaux fantastiques" et "Le quidditch à travers les âges". J.-K. Rowling s'attelle à ce travail avec enthousiasme et délectation.

 

   Ce livre scolaire regorge des descriptions de chaque animal côtoyant les salles de classe de Poudlard mais aussi l'univers magique et dangereux des sorciers. Les animaux sont classés selon leur dangerosité. Les apprentis sorciers apprendront avec assiduité les rouages pour soigner les animaux selon leur état. 

   Ce manuel, comme tout bon manuel scolaire, regorge d'annotations gribouillées, raturées par les facétieux élèves, Harry, Ron et Hermione, avec un jeu d'humour. Dans les manuels d'occasion, le lecteur retrouve toujours des histoires appartenant à leurs anciens propriétaires et c'est cela qui renforce la magie.

 

    Á vos crayons les Moldus et accrochez-vous à vos souvenirs de vos lectures de la série Harry Potter pour retrouver ces animaux et comprendre leur histoire.

 

   L'achat de ce manuel permet de soutenir l'association humanitaire Comic Reflief qui aide tous les enfants pauvres, séparés de leur parent par la guerre, souffrants dans le monde entier. Gallimard soutient cette cause et reverse l'intégralité de l'argent perçu à cette association.

 

   Attardons-nous maintenant sur le scénario qui en découle et sur la qualité de celui-ci écrit par J.K. Rowling. 

 

   Norbert Dragonneau, fraîchement débarqué à New York avec sa valise pleine d'animaux fantastiques, l'a égarée et certains animaux en profitent pour filer à l'anglaise avec de mauvaises intentions. Les protagonistes de la première heure accompagnent notre antihéros pour récupérer cette ménagerie perdue.

 

   Dans ce script, le lecteur découvre de manière plus approfondie les personnages et leur caractère bien tranché. Plutôt que de pénétrer dans un script, le lecteur entre dans une pièce de théâtre dont il apprécie rapidement les rouages. 

 

   La calligraphie et les dessins ponctuent admirablement la scénographie. Le livre devient un objet luxueux qui rejoint rapidement la collection d'Harry Potter et bien sur le film en découlant. Ce script apporte une vision encore plus ensorcelante du film sans lui occulter ses pouvoirs magiques. La lecture est rapide avec une écriture soignée qui donne une autre dimension à l'univers des sorciers. Laissez-vous "transplaner" dans les rues de New-York ! Regardez avec bonheur évoluer les animaux fantastiques ! Une très belle aventure sur fond de sorciers et de pouvoirs !

 

 Que vous dire, chers Moldus, c'est juste et infiniment MAGIQUE !

 

Êtes-vous à la recherche de quelque chose? À la recherche de la vérité?

Lorsque NORBERT lève la tête vers MARY LOU, il aperçoit du coin de l'oeil quelque chose qui attire son attention. Le Niffleur, une petite créature à la fourrure noire, croisement entre une taupe et un ornithorynque à bec de canard, est assis sur les marches de la banque. L'animal emporte précipitamment le chapeau du mendiant rempli de pièces et va le cacher derrière un pilier.

Personne n'est dupe, monsieur
Dragonneau. Vous avez amené cet
Obscurus à New York dans l'espoir de
causer un massacre, d'enfreindre le
Code du secret magique et de révéler
l'existence du monde des sorciers...

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