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Articles avec #rentree litteraire 2017 catégorie

Mon cahier BEACH BODY : Sissy

Mon cahier BEACH BODY : Sissy

   Le sport et moi, on a dû se croiser à un moment (dans une vie antérieure). Mes vagues souvenirs me replongent dans mes dernières années de lycée où le sport était obligatoire et faisait partie d'une des épreuves du BAC. 

   Depuis, le terme avait disparu de mon vocabulaire. Rassurée ce mot sournois revient au galop quand vous affichez quelques années au compteur ! 

   La ceinture abdominale ressemble à la bouée que vous trimballiez à la plage. Un joli accessoire à l'époque mais plus maintenant. Celle-ci ne se dégonfle pas pour rentrer dans le sac de plage. Elle reste bien accrochée. Votre corps s'identifie au physique de la baleine. 

   Que vous soyez fine avec des bourrelets disgracieux ou forte, la lutte est cruciale et nous touche toutes à un moment ou à un autre.

 

   Aujourd'hui est venu le temps de revêtir le legging-brassière (quant à moi, j'opte pour le jogging-T-shirt) pour bouger son popotin. Je vous rassure, ce n'est pas pour ressembler à une déesse de magazine photoshopée mais pouvoir se mouvoir, monter l'escalier sans perdre un poumon.

 

   Je vais donc suivre les conseils avisés de "Mon cahier BEACH BODY" et voir les résultats. Pourquoi un livre? N'est pas accroc à la littérature qui veut. D'autres préféreront les vidéos (me concernant aucun rythme dans la peau).

   Ce cahier en est vraiment un, avec des lignes à petits carreaux. Les conseils sont pratiques et réalisables par les plus novices. Ils remettent nos corps en perdition vers le droit chemin. C'est à nous de nous attribuer des objectifs réalistes. (le marathon n'est pas encore d'actualité pour moi).

 

  Bon, j'y vais ! Ne rêvez pas que je vous communique mes objectifs ! Je vous laisse, j'ai piscine !

 

 

 

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Les enfants perdus : François Hauter

Les enfants perdus : François Hauter

  Jusqu'où pourrait aller une mère ou un père pour sauver ses enfants ? Jusqu'où la part de responsabilité parentale peut intervenir dans l'univers de nos enfants déjà devenus adultes? 

 

   Le précipice, dans lequel sont jetés Rose avec sa fille Jade emprisonnée pour trafic de drogue en Thaïlande, Stanislas avec son fils Alexander recherché par la police en Australie et enfin Bienaimé avec sa fille la Zoune née dans la misère d'Haïti, dévaste des univers entiers, des vies construites ou à construire. Ces antihéros, doivent-ils rester sur la touche ou se battre corps et âme pour sauver un prolongement d'eux-mêmes ?

 

   À travers l'écriture de François Hauter, l'aventure humaine prend tout son sens. Trois destins qui se battent, fomentent des plans pour sauver leur famille et par la même occasion se sauver eux-mêmes. La lutte semble perdue d'avance cependant l'auteur détecte les failles des systèmes; il en connaît les moindres détails, de l'aristocratie aux bas fonds de Shanghai, de l'homme cultivé et socialement bien assis à l'homme des bidonvilles. 

   Néanmoins de ses fractures de la vie, François Hauter en saisit la complexité. Il extirpe de ces aventures humaines un amour de l'autre incommensurable. il décrypte les signaux de détresse et la violence de l'attaque sentimentale. Il juxtapose des vies diamétrales opposées qui se rencontrent dans un seul but : sauver leur enfant.

 

   Beau roman où le lecteur s'attache rapidement aux personnages. J'avoue avoir craquée pour Bienaimé car il lutte depuis le début de son histoire et il transpire cette empathie tandis que Rose et Stanislas me semblent plus des images plastifiées. Je ne conteste pas que l'auteur l'aurait donné une tessiture mais elle reste pour moi en surface.

 

 Je vous laisse découvrir et partager vos impressions.

 

 

Bienaimé était un débris lui aussi. Ses tripes étaient encordées par la faim. Ses yeux, d'un éclat terrifiant, apercevaient la Faucheuse assise un peu plus loin, juste au coin de la ruelle, entre deux rats qui vaquaient à leurs affaires. Etait-ce lui qu'elle attendait ce soir ?

- Vous voyez, cela commence. Et ne s'arrêtera jamais. Vous êtes trop riche pour qu'ils la relachent dans les délais légaux. Alors, plus de choix! Changez radicalement de méthode. Jade ne peut pas passez un demi-siècle en prison, c'est inenvisageable. Il faut donc la sortir de là par la force. Agissez maintenant, et vite! Le plus rapidement possible. C'est bon pour vous aussi Stanislas : ni l'un ni l'autre ne récupérerez vos enfants sans pénétrer dans la tanière du tigre!

- Dresse-toi maintenant! Ta volonté, elle est haute comme une montagne! Tu le sais, on ne fait qu'une seule famille! On a tous le même poids dans la balance de la misère et de la justice! Le Seigneur a racheté toutes les âmes au même prix et très cher. Je ne suis pas un brigand, je suis ton frère, tu le sais, même si tu m'as fait grande peine avec cette enveloppe pleine de billets d'argent alors que je te devais la solidarité. Une chose comme ça, ça ne s'est jamais vu! La confiance ça ne s'achète pas! Tu crois que je vendrais ma conscience pour cet argent de papier? Tu le sais, Boss, je te dois la fraternité, je te dois la solidarité. Excuse ma colère de ce matin. Sans rancune, on va faire tout bien, et après seulement, quand tu auras revu ton fils, je partirai chasser!

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L'année de ma disparition : Carole David

L'année de ma disparition : Carole David

Non d'un caribou ! Je me suis faite cueillir, assommée d'un grand coup de massue ! Carole David prend au vif, taille au hachoir les âmes trop sensibles. 

 

   Je suis encore sous le coup de l'émotion. Sa ligne d'écriture est brutale et sans tabou. Adieu les rondeurs de l'appréhension de la mort ! La poétesse transgresse tous les interdits, les mièvreries qui entourent le monde des ténèbres. Elle les convoque pour en sortir le pire. Les poèmes emplis de justesse terrassent l'adversité. L'écriture devient l'essence pure de la mort. La poésie permet de dépasser celle-ci. La convoquer, c'est la combattre !

 

  Carole David se "désincarne" pour libérer son esprit et son âme. La poésie devient la quintessence de son esprit. Par sa mort, elle rejoint les mots (essence même de sa propre existence). Par sa convocation mortelle, elle immortalise la vie.

Je suis entrée dans le boisé de mon enfance avec l'intention d'y rester.
J'étais douée pour une existence hasardeuse, je ne m'appartenais plus corps et biens.
Des photographies, des objets perdus ont suffi à me faire disparaître.
J'ai donné un congé définitif aux vies qui m'habitaient.
Je ne sais rien de ce que j'écris.
Ces poèmes sont l'écume de ma chute.

J'entre, la chambre de création m'accueille;
mon hachoir à la main, ma préparation de liquides,
mon programme orgueilleux,
tout est en place pour la cérémonie.

Ne reste que la pensée ancienne
du corps illustrée sur mes os,
fil que je dévide entre poésie et narration.
Je suis à la veille de changer de peau.

J'ai retrouvé nos empreintes laissées
sur les arbres du parc ; les enfants
au coeur de mousse, les nains de jardin
habitent la pataugeoire ; enfouie sous les balançoires,
la chemise blanche que tu portais est un linceul,
avec notre cadavre à l'intérieur.

Cette nuit j'ai rêvé aux fleurs roses*
que tu ne m'as jamais offertes.
J'ai préféré ta salive âcre.

*Elsa Morante, Territoire du rêve

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Le vertige des falaises : Gilles Paris

Le vertige des falaises : Gilles Paris

Une prison à ciel ouvert !

 

  L' Île renferme des secrets inavoués. Les silences sont plus lourds de sens que des mots bredouillés. Les mensonges enferment cette famille au bord de l'asphyxie dans cette maison vitrée au bord des falaises.

   Marnie, adolescente, assiste à l'enterrement de son père puis de son grand-père. Cela ne semble pas l'affecter. Cette enfant, rebelle, fuit la réalité, se réfugiant derrière des non-dits. Après tant d'années à côtoyer les silences, les mensonges, elle s'est forgée le caractère des insoumis. Les hommes ne prendront pas le pouvoir sur elle. Marnie devient la bouée de secours de deux femmes à la dérive. Olivia, sa grand-mère, a subi des violences physiques de la part d'Aristide qui lui avait construit sa prison de verre. (Monument bâti sur les ruines de son enfance heureuse). Luc, le père de Marnie, abandonne femme et enfant pour se réfugier dans le jeu et les femmes de petite vertu.

 

  Dans ce roman choral, Gilles Paris aborde la violence silencieuse et vicieuse. Il bluffe le lecteur par les divers points de vue apportés.Trois femmes racontent leurs histoires, leurs espoirs et leurs désenchantements. Un roman polyphonique qui donne un pouvoir et une dimension plus accrue à la violence qui se décline sous le mode des coups portés, des cris étouffés, des silences et de l'abandon. 

   À ces trois femmes, il faut ajouter le poids étouffant et castrateur de l'Île (avec un Î majuscule comme une personne à part entière) et le pouvoir de cette maison construite de verre et d'acier qui emprisonne jusqu'à l'agonie.

 

   Ce roman est puissant de rage et de douleur. L'intensité du mutisme accable le lecteur qui voudrait crier pour ces femmes et qui reste impuissant face à l'inconcevable. Gilles Paris agit en maître des sentiments, disséquant, analysant les moindres recoins de l'âme. 

 

   De nouveau, je reconnais à cet auteur ces lettres de noblesse. Encore une fois, je suis restée muette et triste de laisser ses personnages. Dans les romans de Gilles Paris, le lecteur souhaite prolonger l'histoire. Cet auteur a le don de vous faire aimer ces enfants, ces femmes et ces hommes. Le lecteur devient le confident de ces êtres en détresse. Chez Gilles Paris, le lecteur retrouve une sensibilité fine et infinie et une note d'optimisme magnétique.

 

 

- Toi, tu as des yeux, alors profite de ce miracle. Regarde tout, même ce qui est insignifiant, dis-toi que les couleurs ont des nuances, ou des formes, moi je les invente, ce n'est pas pareil. Je ne les ai jamais vues. Toi, il te suffit de soulever la paupière, Je n'essaie pas d'être aveugle, je le suis depuis ma naissance.

(...) Prudence et Géraud ont tenu leur promesse, c'était notre pacte. Aristide a cessé de fréquenter l'église et Côme s'est habitué à ma seule présence. Ni Luc, ni Rose, ni même la petite ne s'en sont doutés et je dois avouer que j'ai su conserver les apparences avec un certain panache. Même si les fêtes et les dîners ont cessé à Glass, en dehors du mariage de Luc et de Rose. La violence m'avait ôté toute joie de paraître . Les portes et les murs épais de Glass ont enterré le reste. La disparition d'Aristide ne m'a ni soulagée, ni attristée. Pour moi l'homme du parasol était mort depuis longtemps. Je cachais quelques pelures d'oignon dans une petite boîte à pilules qu'il m'a suffi de respirer le jour de l'enterrement. Il fallait que l'Île et les miens me voient pleurer. J'avais vécu quarante ans auprès d'un monstre et nous étions quatre à le savoir.

De toutes les maladies, même les plus mortelles, celle-ci s'est imposée comme la plus injuste. La violence est une maladie de l'âme, qu'elle soit sous l'emprise de l'alcool ou de la colère. Rien ne la soigne vraiment sauf peut-être la mort qu'on vient à souhaiter comme une délivrance.

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Passeport pour l'espoir : Grine

Passeport pour l'espoir : Grine

    À l'heure où les dissensions politiques abreuvent les médias, un avocat issu de l'immigration, propose un texte dans lequel il exprime son ressenti face à son pays : La France.

 

   Dans son texte, il revient sur son parcours scolaire, sur son éducation mixte tant sur le plan religieux que sur le plan culturel. Grine affirme que sa mixité a fait de lui l'homme qu'il est devenu.  

 

   Cet auteur décortique avec son ressenti l'image de ce pays qu'il aime. Il y dévoile ses points forts (qui sont nombreux) mais aussi ses dissonances. Attention, il n' idolâtre pas les institutions mais reconnaît leurs déterminismes et leur nécessité. Il appelle au renouveau politique comme une majorité de ses contemporains. Il ne fustige pas les anciens politiciens mais admet leur manque de contact avec le monde d'en bas.

 Il donne aussi sa vision de l'école et replace celle-ci à sa juste place : donner du savoir à des élèves tout en admettant que tous ces élèves n'ont pas le même niveau. L'éducation sociale revenant à la charge des parents.

 

   Certes, certains électeurs accepteront son point tandis que d'autres s'opposeront à sa vision. Ce texte est un point de départ pour une discussion politique argumentée mais ne peut être qu'un unique point de vue.

 À deux mois des élections présidentielles, ce texte permet de fixer les attentes des électeurs. Cependant, chaque génération a sa manière de ressentir la politique et de valider ses propres choix. 

 

   Le point principal à retenir est de se rendre aux urnes pour faire reconnaître le pouvoir de la liberté de choisir ses représentants politiques.

Lorsque mes parents se sont mariés, ce fut la consternation dans les deux familles. Le temps, l'amour et la tolérance aidant, tout finit par rentrer dans l'ordre. Il y avait - entre mon père et ma mère un accord tacite : leurs enfants seraient libres de choisir leur religion.
Pour cette raison, ni ma soeur ni moi ne fûmes baptisés. Et de l'autre côté, nous ne fûmes que rarement au contact de la religion musulmane. Enfants et adolescents, nous passions nos vacances à Alger, sans que mon père n'éprouvât la nécessité de nous conduire à la mosquée. À vrai dire, je n'y suis jamais allé, pas plus en France qu'en Algérie.

À l'école, tout le monde n'est pas au même niveau. L'enseignant n'est pas un animateur ni un GO. Il est là pour délivrer le savoir, et les élèves pour l'apprendre. Qu'on améliore les méthodes pédagogiques, très bien. Que se noue un dialogue à partir d'un âge où l'élève a les moyens de réfléchir et d'argumenter encore mieux. Mais vouloir à tout prix établir un rapport d'égalité est non seulement un leurre, mais une faute : les premiers à en pâtir sont les élèves, à qui il manquera d'indispensables repères.

Ce n'est pas la première fois : Ernest Renan a donné sa fameuse conférence intitulée "Qu'est-ce qu'une nation ?" dans la foulée de la défaite de 1870 face à la Prusse. Il répond ceci : "Une nation est une âme, un principe spirituel....Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation". Pour lui, le principe dominant est la volonté d'hommes venant de divers horizons de vivre ensemble. À la base, il y a un choix et un contrat passé avec les autres pour former ensemble une entité singulière.

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Colère noire : Jacques Saussey

Colère noire : Jacques Saussey

   J'avoue lire beaucoup et vouloir rattraper mes années sans lecture. Donc je découvre des auteurs reconnus et dont malheureusement je n'avais jamais découvert le talent. 

 

   Jacques Saussey fait partie de cette catégorie. Cependant, la découverte de son dernier roman publié aux  Editions French Pulp m'a redonnée l'envie de découvrir des romans policiers.

 

   Un homme, puissant, en lien avec la politique et les affaires (parfois obscures) est retrouvé électrocuté dans sa baignoire. Tout porte à croire à un accident tragique (à la mode Claude François) mais cela est sans compter sur un policier de génie au flair infaillible. L'enquête s'avère palpitante. Quelques ombres au tableau attestent que cet accident est bien un meurtre. D'autres morts suspectes se greffent à l'intrigue principale. Pas de doute, l'enquête semble mener à des personnages puissants.

 

   Le lecteur est tenu en haleine et voudrait bien comprendre les raisons de cette mort trop suicidaire. L'action regorge de rebondissements. Aucun doute, quelqu'un tire les ficelles de cette fâcheuse affaire mais qui? Jacques Saussey sème des informations au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête.

 Les éléments se dissolvent au détour des pages. L'action ne manque pas de suspens et de piquant. Jacques Saussey laisse ourdir les stratégies machiavéliques de ce meurtrier de l'ombre. Aucun nom, des conversations cachées, des actes puissants et déterminés tissent la trame de ce roman policier qui tient en haleine son lecteur. Le lecteur émet des spéculations mais se fait balader par le talent de cet auteur prolifique.

 

  Envie de découvrir un vrai polar, c'est dans la lecture de "Colère Noire" que votre envie d'enquête se concrétisera.

Tous ses amis politiques lui tournaient le dos, au fur et à mesure que la réussite se dérobait. Et pourtant, il avait mouillé sa chemise pour certains d'entre eux. Il avait aider à financer des campagnes, à bâtir des carrières, à générer des courants d'influence. Il s'était même parfois sali les mains, mais toujours avec intelligence, sans se faire prendre, sans laisser de traces. Mais pour cette sorte d'amis, la reconnaissance n'était qu'un mot vide de sens, et il se retrouvait aujourd'hui seul devant ses problèmes, seul face au néant qui s'ouvrait devant lui. Un gouffre qui allait l'engloutir s'il ne réagissait pas rapidement. Il se sentait vulnérable, sentiment extrêmement désagréable auquel il n'était pas habitué, et qu'il s'apprêtait à rejeter avec violence.

Il entrouvrit la fermeture de son sac et posa la main sur l'étui en cuir, cherchant dans ce contact un peu de force dont il allait avoir besoin au cours de la nuit. Ses doigts suivirent les courbes de l'arme sous la peau de cerf, et il avala la boule de salive qui lui était montée dans la gorge.
Tout allait bien se passer.
Demain soir, tout cela ne serait plus qu'un mauvais souvenir.
Un très mauvais souvenir.

Taillard et Diran s'étaient affrontés, ils avaient perdu tous les deux. Magne jeta un regard désabusé sur son insigne et son arme posés sur le sol. Des hommes comme eux, son monde à lui en était rempli, à Paris comme dans les recoins les plus isolés du monde. Il n'y aurait jamais de fin à cette lutte.

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Un jour on fera l'amour : Isabelle Desesquelles

Un jour on fera l'amour : Isabelle Desesquelles

Relation amoureuse passée au vitriol.

   Une rencontre amoureuse s'est aussi et principalement la jonction entre deux vies, avec un passif plus ou moins houleux, saupoudré de relations amoureuses. Rosalie Sauvage et Alexandre, deux personnages sur le fil du rasoir qui se raccrochent à des souvenirs ou à des espoirs. Alexandre tombe amoureux de la nuque d'une jeune mariée dans une boutique de robe nuptiale. Son père a été incinéré le matin même et cette nuque est un refuge. Cependant, cette rencontre le hante. La vie d'Alexandre se superpose au rythme des séances de cinéma qu'il visionnait avec son père. Quant à Rosalie, elle brade sa vie se jetant à corps perdu dans une profession qui ne lui convient plus et dans des liaisons pathologiques. 

 Se rencontreront-ils comme dans un bon film romantique?

 

   Ce roman replace les grands rêves de passion amoureuse dans une réalité abrupte et sans concessions. La vie cabossée de ses deux personnages plante le décor des désirs refoulés de chacun de rencontrer le grand amour. Au début du roman, le lecteur découvre deux personnages blessés, il désire les apprivoiser comme deux oisillons tombés de leur nid. Le lecteur désire que cette rencontre improbable se produise. Isabelle Desesquelles s'apparente à un maître d'orchestre qui mène ses personnages vers leur destiné amoureuse.

 

 

Ce qui est sous nos yeux peut aussi être inaccessible. Elle est là, à cinq mètres devant moi et quelque chose me souffle qu'elle est la femme de ma mort parce que c'est ça non, la femme d'une vie? On veut être avec elle quand la mort arrive. Et lorsqu'un autre devient pour nous unique, que l'on veut le garder, on se garde soi.

Rien ne nous séparera.

- Elle aurait eu le même silence, j'en suis sûr. Tu vois, ce qui vous manque à tous les deux, c'est l'autre. Mais attention, c'est une tornade cette fille, elle te fatiguerait, Alexandre, elle fait tout à cent à l'heure. Alors que toi, t'es tellement lent, on ne te voit pas bouger. Et aussi vous rêvez à voix haute, sauf qu'elle, ses rêves, elle les vit.
- Elle les vit ou elle croit les vivre?

(...) Sur le grand écran, les images sont bien plus qu'un souvenir d'eux, ce faisceau de lumière, il traverse l'espace, passe au-dessus des spectateurs et voyage dans le temps. Car tant que nous regardons ces humains plus grands que nous, ils revivent devant nous, pour nous et avec nous. C'est peut-être cela et uniquement cela le cinéma : faire revivre les morts. Alors oui, cette lanterne agitée dans la nuit est bien magique. Alexandre cale aussi le son au millimètre, il n'arrive pas à regarder un film s'il pense qu'il serait mieux un tout petit peu plus fort, la projection en est gâchée. Le réglage standard au Rosebud, on ne connaît pas, son père ne le concevait pas. Ils en auront lancé des bouts de film, des bouts de dialogues, d'ambiance sonore, de musique ; ils testaient à différentes places afin de trouver, non pas le bon réglage mais le réglage unique pour ce film et pas un autre. Alexandre est en train de le faire pour la dernière fois. Il ne faut pas rater les premières et les dernières fois, ou alors on y repense toute sa vie, et c'est qu'on risque de rater.

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Plus folles que ça tu meurs : Denise Bombardier

Plus folles que ça tu meurs : Denise Bombardier

Atteindre 60 ans est parfois une rude épreuve et ce roman ne voilera pas la face du lecteur. Stoppons-nous un moment de lire des romans sur la vie sexuelle  trépidante des quarantenaires pour nous intéresser à celles des sexagénaires.

 La narratrice affublée des copines, de sa fille névrosée, délie les langues sur la perception des corps passés la ménopause. Elles repeignent le décor de leur vie amoureuse, se  délectent de repas très arrosés et se cachent derrière des vies bien remplies.

 Peur de vieillir, Denise Bombardier glisse dans son roman léger les clefs d'une vieillesse réussie : plus de tabou, juste le désir de vivre sereinement (avec quelques coups de pouce chirurgicaux).

 Le lecteur contemple, s'incruste dans les réunions entre copines comme le dernier des confidents. Il reste muet, attentif aux révélations truculentes. 

 Ce roman concentre un florilège d'anecdotes qui calmeront les angoisses de la vieillesse (dont je ne citerai pas les noms). Chacune des protagonistes vit avec ses névroses, fuit sa propre angoisse de la mort , de la maladie et surtout de la solitude. 

 Le lecteur pourra émettre quelques réserves sur les problèmes de ces dames qui ont un niveau de vie qui leur permet de fuir certaines réalités. 

 Cependant, le point de vue adopté par cette auteure canadienne apporte une vision neuve et moderne de la femme sexagénaire qui souffre des mêmes maux que les autres femmes à chaque âge. 

Un anniversaire est un moment excitant tant que l'on peut multiplier par deux notre âge et que le chiffre indiqué sur le gâteau évoque encore la jeunesse. Il devient problématique, en revanche, à partir d'environ vingt-cinq ans, quand on saisit qu'on atteindra un jour le double, soit la moitié d'un siècle. À cet âge, les hommes fanfaronnent encore et les femmes se regardent peu dans la glace, à tout le moins sans insistance. Ensuite, le rythme des visites chez le docteur remonteur de figure et compresseur de ventre se fait plus régulier. Et, à la fin de la quarantaine, on rêve d'un abonnement avec tarifs réduits.

En effet, je comprends un peu ces femmes qui n'acceptent plus de coucher qu'avec des ex. Être en terrain connu rassure et réduit les mauvaises surprises. D'autant qu'un fossé quasi infranchissable existe entre les fantasmes sexuels de la jeunesse et leur réalisation par des corps sexagénaires. Les prouesses de gymnaste comportent des risques pour les vieux, c'est connu. Quant à certaines pratiques amoureuses, elles apparaissent grotesques une fois franchie une limite de fraîcheur. La vieille et confortable position du missionnaire demeurant d'une efficacité sans failles pour les gens du troisième âge capables de ne pas bouder leur plaisir, recourons-y avec joie. Contrairement à ce que certains jeunes prétentieux qui font de plus en plus appel aux pilules bleues, dit-on, aiment à croire, l'amour physique n'a pas d'âge quand on se connaît bien. Et moi, avant de retrouver ma peut-être future conquête, je savais ce que je valais et aimais.

Charles veut m'offrir un diamant, mais n'ose pas le choisir lui-même. Je lui ai pourtant donné ma bénédiction : un homme qui offre un saphir Padparadscha n'a pas besoin de l'assentiment de celle qui le recevra. "Oui mais le diamant de mariage est plus symbolique", m'a-t-il dit. Pour toute féministe affranchie appréciant les bijoux, existe-t-il plus miraculeux qu'un homme traditionnel dans la vie ?

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