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Articles avec #rentree litteraire septembre 2015 catégorie

Les quatre saisons de l'été : Grégoire Delacourt

Les quatre saisons de l'été : Grégoire Delacourt

Un roman, non un hymne à l'amour !

Sur toutes les vagues, les mélodies, Grégoire Delacourt décrit les différents modes de l'amour entre un homme et une femme. L'amour se conjugue-t-il toujours avec passion? Peut-on mourir d'amour? Rencontre-t-on l'amour une seule fois dans une vie? Un amour, pour être éternel, doit-il obligatoirement naître d'une passion?

À travers le dialogue des fleurs, Louis, quinze ans, dévoile son amour à Victoire, treize ans, qui le rejette. Amour fragile sur les plages du Touquet. Monique se transforme en Louise pour succomber au charme dévastateur de Robert, mais qui sont-ils ses amoureux mariés qui se donnent une seconde chance? Monsieur Rose, très âgé, retrouvé échoué sur la plage de son premier amour (cet éternel amour tant convoité) cherchait-il à rejoindre l'être aimé durant une guerre trop dure.

 

Dans le parcours mouvementé de ses vies disparates, un leitmotiv concentre toutes les pensées : l'Amour avec un grand A. Pas celui de l'éphémère celui qui dure toujours. Celui que l'on retrouve hébété dans le regard de deux grands-parents. Celui d'une femme qui veut toujours voir dans les yeux de son mari, même quarante ans après, qu'elle est l'unique femme de sa vie. Celui porté par une femme en deuil qui élève seule son fils sur les plages du Touquet.

Les histoires sont bouleversantes parfois attachantes car dans l'inconscient collectif, une femme et un homme recherchent l'amour idéal, sa fleur (sa pimprenelle).

Les histoires d'amour n'attendent pas le nombre des années. Grégoire Delacourt croise, imbrique chaque histoire dans une autre car chaque individu perçoit son idéal. Chaque jour, l'individu croise, rencontre sans prêter attention des histoires car chaque personne porte en elle son histoire d'amour. L'être est multiple et ses histoires d'amour platoniques, euphorisantes, passionnées parfois banales reflètent sa propre identité.

 

Un livre que je recommande car dans la vie, l'amour est toujours à porter de mains.

 

- Je ne sais pas si je suis amoureuse de toi, Louis, même si je suis bien avec toi. L'amour, c'est quand on peut mourir pour quelqu'un. Quand on a les mains qui piquent, les yeux qui brûlent, quand on n'a plus faim. Et j'ai pas les mains qui piquent avec toi.
Son enfance m'assassinait.

Un phlox blanc : voici ma déclaration d'amour. Un fusain : ton image est gravé dans mon coeur. Une pimprenelle : tu est mon unique amour. Une rose sauvage : je te suivrai partout. Une tulipe diarrhée : tes yeux sont magnifiques. Un iris mauve : tes yeux m'affolent. Un chrysanthème rouge : je t'aime. Un camélia : je t'aimerai toujours. Une rose rose : tu es si belle.
Et enfin, douze roses rouges : veux-tu m'épouser?

Plusieurs fois dans la nuit, ma main a cherché le corps de l'autre et a trouvé l'absence. L'abîme. Qui est-il le dernier, celui avec lequel on sait qu'on finira sa vie, sans jamais céder à la tendresse - cette petite bagatelle confortable et presque insultante, qui succède à la passion? Qui est-il, celui-là, qui continuera d'enflammer nos corps meurtris, nos corps de mères, nos souvenirs de femmes ?

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Montecristo : Martin Suter

Montecristo : Martin Suter

    Parfois un accident de personne peut mener à de sinistres complots financiers. Jonas, un journaliste people se retrouve coincé dans un train car un homme s'est jeté sous le train (d'après les premières constatations). Rien d'extraordinaire me direz-vous ? La vie poursuit son cours et chacun vaque à ses occupations.

Jonas, en voulant régler les honoraires de sa femme de ménage, s'étonne d'avoir en sa possession deux billets de cent francs identiques, avec le même numéro de série. N'étant pas un journaliste d'investigation émérite, il se tourne vers sa banque qui valide cette erreur.

   De cet indice découle une vaste enquête sur le milieu opaque de la fabrication des billets de banque, des montages financiers des traders et de l'investissement de la politique dans le monde économique.

 

   Martin Suter accompagne son lecteur à la découverte des milieux financiers sous forme de roman policier. L'enquête est menée par deux journalistes en perte de repères mais qui se persuadent du bien-fondé de leur vocation. La vérité doit être révélée au plus grand nombre. Cependant face à des enjeux économiques mondiaux et politiques internationaux la loi du plus fort est-elle toujours la meilleure? Le journaliste, doit-il toujours apprendre à la population la sinistre vérité qui le domine? Martin Suter met deux journalistes en face d'une réalité qui les dépasse: les banques au cœur d'un système économique avec trop de ramifications politiques, économiques et financières.

   Montecristo dresse un portrait fataliste d'un monde dominé par des systèmes économiques fragilisés. Il prend l'exemple de la Suisse comme vecteur d'une croissance économique basée sur les systèmes bancaires mais cet exemple est applicable au reste de l'humanité.

 

   Un roman d'investigation qui pousse le lecteur à reconsidérer sa position sur son système économique. Je vous conseille de lire le dernier Martin Suter qui vous fera réfléchir sur notre mode de vie. L'enquête est lente par moments mais le journaliste ne peut pas toujours rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Une légère déception à la fin car j'espérai une fin plus tragique pour le narrateur.

N'oubliez pas de me donner votre avis.

- Absolument exclu. Les numéros de série sont imprimés sur les planches après qu'elles ont été achevées; ensuite, les coupures sont massicotées et vérifiées électroniquement. Aucune erreur n'échappe à ce système électronique. Tout billet défectueux est automatiquement sorti du lot et passé au broyeur. Et l'on en tient bien entendu une comptabilité précise. A l'attention de la Banque nationale suisse, notre commanditaire.

Peu avant la naissance du virage que décrivait le pont vers la droite, là où Pedro Birrer aurait dû tourner légèrement son volant dans cette direction, il y eut une explosion. Quelque chose le plaqua contre son siège et le priva de toute visibilité.
"Airbag", telle fut sa dernière pensée avant qu'il ne sente le choc effroyable. Et le tonneau. Et la longue chute.

La cause était entendue : on l'avait acheté. La GCBS avait dépensé un million et demi pour qu'il s'occupe d'autre chose que de son scandale. La banque avait fait tuer son trader, c'était une quasi-certitude. Elle avait fait assassiner Max, c'en était une autre. Elle avait tout aussi probablement tenté de se débarrasser de lui à Bangkok. Et elle le ferait éliminer à son tour si elle apprenait tout ce qu'il savait, et si elle découvrait qu'il continuait à travailler sur cette affaire. Cette histoire était trop grosse. "Dynamite", c'était le nom que lui avait donné Max. Et la banque était aussi dangereuse qu'un grizzly touché par une balle.

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Un amour Impossible : Christine Angot

Un amour Impossible : Christine Angot

Une relation amoureuse vire au cauchemar social.

Rachel tombe amoureuse de Pierre. Tout les oppose. Ils ne viennent pas du même milieu. Elle est pauvre, juive et tellement belle. Il est riche, cultivé et intelligent. De cette union secrète naît Christine. Une enfant espiègle qui voit la vie à travers les yeux de sa mère. Christine fera la connaissance de son père plus tard.

Pierre s'est marié avec une femme de son rang, qui lui donnera deux enfants. Cet homme instruit reconnaît enfin Christine. Celle-ci est subjuguée. Mais l'adoration sera de courte durée. Christine est violée par ce père dominateur et distant. Rachel essaie de sauver sa fille mais le mal est fait. Celui-ci reste collé à son esprit, dans sa chair.

Deux femmes qui s'aiment et se détruisent à cause d'un homme dont elles cherchaient une reconnaissance, une identité.

Christine Angot dévoile son amour pour sa mère par le biais de ce dialogue. Elle revient sur son passé volé et violé. A la troisième personne, elle pose des mots sur son viol. Elle pousse son analyse psychologique jusqu'à remettre en cause sa relation affective avec sa mère. Elle la condamne de son ignorance et de son mutisme. Elle règle son compte au règne des castes qui suturent notre société. Christine Angot ne tombe pas dans le mélodramatique. L'auteur arrive à se désolidariser de son viol paternel et à disséquer son malheur et à lui accorder une existence sociale.

Christine Angot règle avec profondeur et non lourdeur sa descente aux enfers. Ses erreurs commises non réparables transpirent à travers ses conflits et ses révoltes. Elle condamne une mère méprisée et humiliée par un père pervers. Christine a rejoint le clan adverse. Elle déverse sa honte sur sa mère et réalise après un long cheminement que sa mère a toujours su être présente, acceptant avec fatalisme l'abandon de sa fille. Christine comprend dans un long dialogue avec sa mère que la cible trouvée était une erreur et le seul et l'unique fautif de ses relations perverties est son père.

Un roman époustouflant de franchise et d'honnêteté qui fait réfléchir sur les valeurs de la famille et le respect que nous devons lui accorder.

- S'il veut un enfant de toi c'est qu'il voit un avenir avec toi. C'est un type bien, c'est un type intelligent, il sait ce qu'il fait. Il est gentil, c'est pas quelqu'un qui fait n'importe quoi. Il est attentif, il est sensible. C'est pas le genre de type arrogant, alors qu'il pourrait.

La rupture avec mon père n'avait pas été nette. Rien ne lui interdisait d'espérer un revirement. Elle ne supportait pas que soit inscrit "née de père inconnu" sur mon acte de naissance.C'était une mention fausse. Injuste. Elle espérait qu'elle serait corrigée. Qu'il me reconnaîtrait, que ce serait une reconnaissance légale et officielle. Régulièrement, dans ce but, elle lui écrivait. Ses reprises de contact avaient un deuxième objectif, le revoir.

- Pourquoi je le dirais pas? Tu penses que c'est pas vrai? Tu crois qu'il n'y a pas de quoi? Il y avait des choses à faire si tu voulais pas que j'en arrive là. T'as jamais rien fait pour essayer de comprendre ton rôle dans toute cette affaire. Regarde, j'arrive pas à avoir une relation amoureuse correcte. Tu penses qu'on peut s'en sortir en vivant ce que j'ai vécu? Tu le penses vraiment? Tu es consciente que c'est toi qui es centrale dans cette affaire?...Et que tu t'es jamais remise en question toi. Tu comprends pas, tu comprends pas la place exorbitante que tu as dans ma vie, tu comprends pas que tu as envahi ma vie?...Que je peux pas vivre la mienne. Que pour moi tout tourne tellement autour de toi que je n'arrête pas de te chercher. Depuis toujours. D'essayer d'être moi.Eh oui ! T'en es pas consciente hein de ça? Je suis jamais allée vers des gens qui me plaisent à moi. Mais vers des gens qui t'ont plu à toi, ou qui t'auraient plus. J'ai jamais fait autrement qu'en fonction de toi. Et toi t'es là, tu te poses aucune question. Non mais je rêve.

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Le Livre des Baltimore : Joël Dicker

Le Livre des Baltimore : Joël Dicker

Abandonnons l'intrigue d'un meurtre d'adolescente de 15 ans pour pénétrer dans un drame familial finement construit.

Markus Goldman, un écrivain reconnu, en panne d'inspiration se rapproche de la maison de son oncle Saul, esseulé et portant le triste drame de sa famille.

A travers une vieille photo jaunie représentant le Gang des Baltimore, Markus replonge dans son passé avec le seul espoir de le comprendre. Markus de Montclair est fasciné par sa famille de Baltimore qui symbolise la réussite américaine avec un grand R. Son oncle possède des maisons magnifiques en bordure de l'océan, conduit des voitures sublimes, sa femme est remarquable et Hillel, un cousin parfait. Ils adopteront Woody, un enfant en chute libre. La Famille carte postale idéalisée par un enfant issu de classe moyen et humilié par son niveau social.

Cette image rêvée se fissure à la suite d'un drame familial. Mais lequel?

 

Impossible de vous révéler ce drame sans dévoiler le mystère de cette famille trop parfaite!

 

Joël Dicker amène son lecteur dans un conflit social récurrent et inéluctable : l'image de la famille idéalisée et celle de la famille standardisée au sein d'une fratrie.

L'image de la réussite accule le narrateur à mépriser ses parents qui lui ont offert un avenir prometteur et une vision réelle du monde. Durant tout le roman, le lecteur sent cette humiliation de différence sociale qui transpire dans cette admiration sans limite des Goldman de Baltimore.

Ce récit ressemble à une enquête: celle de la vérité sur les illusions du passé. C'est une construction à travers une destruction. Tuer le père serait trop réducteur mais assimilable à ce récit. Markus tue son oncle, plutôt le drame tue son père de substitution.

 

Ne cherchez pas de rebondissements trop extravagants, le but de l'auteur est de nous donner encore une fois sa vision des classes sociales aux Etats-Unis. Laissez-vous transporter dans un univers américain différent au coeur de la famille.

 

Les personnages ressemblent à vos propres cousins avec cette union indissoluble qui vous permet de franchir tous les obstacles de la vie. Ils sont vos confidents qui comprennent vos angoisses, qui vous défendent face à l'adversité. Leurs descriptions et les situations vécues accentuent la crédibilité de leur lien.

 

Méfiez-vous des images d'Epinal, elles révèlent parfois des belles illusions!

 

 

 

Le mélange des Montclair et des Baltimore était pour moi le révélateur du profond fossé qui scindait mes deux vies: l'une officielle, un Goldman-De-Montclair, et l'autre confidentielle, un Goldman-de -Baltimore. De mon deuxième prénom, Philip, je gardais la première lettre et inscrivais sur mes cahiers d'école et de devoirs Marcus P.Goldman. Puis je rajoutais une rondeur au P qui devenait un Marcus B. Goldman. J'étais le P qui devenait parfois un B. Et la vie, comme pour me donner raison, me jouait des drôles de tours: seul à Baltimore, je me sentais l'un des leurs. En arpentant le quartier avec Hillel et Woody, les agents de la patrouille nous saluaient et nous appelaient par nos prénoms. Mais quand je me rendais avec mes parents à Baltimore pour fêter Thanksgiving, je me souviens de la honte qui me parcourait au moment de franchir les premières rues d'Oak Park à bord de notre vieille voiture, sur le pare-chocs de laquelle il était inscrit que nous n'appartenions pas à la dynastie des Goldman d'ici. Si nous croisions une patrouille de sécurité, je faisais le signe secret des initiés, et ma mère, qui ne comprenait rien me réprimandait : "Mais Markie, veux-tu bien cesser de faire l'imbécile et de faire des signes stupides à cet agent."

- Allons, ne soyez pas triste, mon petit Goldman. Dans vingt ans les gens ne liront plus. C'est comme ça. Ils seront trop occupés à faire les zozos sur leurs téléphones portables. Vous savez, Goldman, l'édition c'est fini. Les enfants de vos enfants regarderont les livres avec la même curiosité que nous regardons les hiéroglyphes des pharaons. Ils vous diront: "Grand-père, à quoi servaient les livres?" et vous leur répondrez :"A rêver. Ou à couper des arbres, je ne sais plus." A ce moment-là, il sera trop tard pour se réveiller : la débilité de l'humanité aura atteint son seuil critique et nous nous entretuerons à cause de notre bêtise congénitale (ce qui d'ailleurs est déjà plus ou moins le cas). L'avenir n'est plus dans les livres, Goldman.

Cette année-là, il me sembla que la qualité du repas de Thanksgiving était supérieure aux autres années. Oncle Saul avait rajeuni. Tante Anita avait embelli. Etait-ce la réalité, ou étais-je beaucoup trop occupé à tous les admirer pour réaliser que les Baltimore étaient en train de se désintégrer? Mon oncle, ma tante, mes deux cousins : je les croyaient en perpétuelle ascension, ils étaient en pleine chute. Je ne le compris que des années plus tard. Malgré tout ce que j'avais imaginé pour eux, lorsque mes cousins retourneraient à Baltimore après nos années universitaires, ce ne serait pas pour être un ténor du barreau et la vedette des Ravens.

Comment aurais-je pu imaginer ce qui allait leur arriver?

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A ce stade de la nuit: Maylis de Kerangal

A ce stade de la nuit: Maylis de Kerangal

 Lampedusa , un nom qui raisonne dans nos esprits et qui hante la nuit de la narratrice. Le flot continu des informations retransmises à la radio emplit la cuisine de cette femme assise devant une tasse de café froid. L'air est saturé de ce drame.

 Elle s’amarre à ce naufrage de migrants et divague sur des films qui ont marqué sa vie. Ses pensées s'accrochent à l'image de Burt Lancaster, héros du Guépard de Visconti. Puis celle-ci disparaît au profil de Frank Perry dans Swimmer.

 A travers cette divagation nocturne, Maylis de Kerangal sonde les travers de l'inhospitalité de la société européenne.

 Par le biais d'un nom propre "Lampedusa", l'écrivaine affronte la réalité dure, froide. Elle fait un état des lieux d'un naufrage. Elle débute par le drame en annonçant avec retenu le nombre de morts et son imprécision (comme un journaliste confronté au choc mais qui ne doit rien laisser transparaitre), puis se raccroche à des images sécurisantes du film ou des références littéraires.

 Dans ses méditations, Maylis de Kerangal explique par l'entremise de ses références culturelles une vision tragique et réelle de l'intégration des migrants.

 Le lecteur est pris d’assaut par ce drame et ne peut quitter les divagations de la narratrice.

 Le ton n'est pas larmoyant. Malgré les pensées de la narratrice, qui semblent, au premier abord, futiles, se révèlent précieuses dans la compréhension de notre époque.

Plus tard, bercée, je me suis endormie et j'ai rêvé sur ces songlines qui résorbent l'ADN d'un clan, jouant comme des noms propres: ligne de chant figurant un parcours terrestre, récit mythique ou poème de remémoration, ces psalmodies cartographiques décrivent une identité. Appartenir au clan, c'est connaître et transmettre le chant de l'ancêtre, c'est actualiser et léguer la mémoire d'un parcours singulier; appartenir au clan, c'est chanter son paysage.

Quand je quitte l'île à la fin du séjour quelque chose me déchire, une forme de nostalgie, et quand j'y reviens, j'ai le sentiment de rallier un lieu qui est le mien, où je suis chez moi quand pourtant j'y suis une étrangère - qui est peut-être le mien précisément parce que j'y suis arrivée comme une étrangère, exactement comme j'arrive dans un livre.

Certains s'en étaient sortis, c'est vrai. Plus vigoureux que d'autres, en meilleure santé, ils avaient survécu. Et ceux de l'île, isolés et pauvres eux-mêmes, les avaient recueillis, une couverture sur les épaules, un abri, un repas : ils avaient hébergé ces étrangers, plus pauvres que pauvres, ces êtres qui n'avaient plus rien et ne pouvaient plus prononcer leur nom; ils les avaient relevés et l'humanité entière avec eux. Hospitalité.

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Les eaux troubles du mojito : Philippe Delerm

Les eaux troubles du mojito : Philippe Delerm

Poétiques et lyriques de jolis moments de bonheur à lire !

 

Philippe Delerm décante les petits bonheurs fugaces de la vie. Ils sont à la fois sucrés au cœur d'une pastèque, salés sur une plage. Les bonheurs se glissent dans le regard d'un enfant face à la lecture, derrière des sourires lors de rencontres dans des rues passantes, dans la nostalgie d'un matin volé....

Cet auteur relativise sur les bobos de la vie et redéfinit la notion de bien-être. Être heureux c'est savoir apprécier des moments fugaces qui parsèment une journée, une nuit ou une vie.

 

Aucun doute, vous apprécierez ce recueil de moment de vie qui symbolise et concrétise de manière similaire vos propres existences. Profitez d'un moment délicieux avec vos amis, votre famille! Souriez à la ronde !

 

Un moment de déprime, une légère baisse de moral lisez un bon roman, buvez un verre avec délicatesse, discutez du vrai sens de la vie et surtout VIVEZ LE PRESENT !

Alors ? Alors c'est incroyable, mais pour profiter vraiment du soir d'été, il faut que vienne au coeur l'idée de sa fragilité, la sensation qu'on le vit pour la dernière fois. j'ai fait une salade de fruits pour le dessert. Allumons une cigarette. Souvenons-nous du présent. Vivons dans le présent. Avec le sentiment que c'est presque impossible.

Rien de tel au troisième balcon. On ne possède qu'un Michel Bouquet vu d'avion, une quintessence. En tendant l'oreille on reconnaît cette voix, qui se concentre sur le personnage. Au fond du puits, une alchimie se crée. Impossible de ne pas penser à la chance que l'on a de voir Michel Bouquet dans Le Roi se meurt, puisque l'on est si près de ne pas le voir du tout, ou de voir autre chose. Il faut tant se ramasser, se pencher en avant, se concentrer, faire effort, que l'on reçoit en retour une bulle de théâtre pur, débarrassée de tous les rites sociaux contingents, de toute la bourgeoisie. On pense à la phrase de Roland Barthes :"Dans chaque tragédie de Racine il est question d'une flotte dans un port, comme pour attester que sa négation est proche." Le roi se meurt que l'on a failli ne pas voir, que l'on voit autrement, que l'on voit mal, c'est haut, c'est fort. Il faut tout vivre au troisième balcon.

Pourtant, quand le soleil vient jouer sur le métal, c'est beau, les cadenas d'amour. Tous les messages contigus dessinent une barrière d'or, en arche sur le fleuve. Paris ne s'en plaint pas, Paris est la pierre philosophale. En cinq ou six années, beaucoup de ces amours se sont évanouies sans doute, mais c'est bien comme ça, la trace en est restée, dans la rumeur des voies sur berge qui monte vers les ponts comme une brume. Est-ce vraiment si lourd, de vouloir pour l'amour un peu d'éternité? Les cadenas d'amour sont d'or, le soir ou le matin : il n'est rien de plus léger que la lumière.

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La dernière nuit du Raïs : Yasmina Khadra

La dernière nuit du Raïs : Yasmina Khadra

"La dernière nuit du Raïs" un roman dérangeant ! Dérangeant par sa lucidité, par sa distanciation avec le tyran.

Yasmina Khadra pénètre dans l'esprit de ce dirigeant. Il choisit de manière lucide la dernière nuit de liberté de Mouammar Kadhafi avant son lynchage.

 

Le lecteur entre, comme dans un conte, dans le roman. Un "Je" évoque son passé dans le désert. Un homme racontant ses souvenirs d'enfant auprès d'une famille de Bédouin. Soudain le ton est donné : la force d'un homme de pouvoir déserte cette image bucolique et le décor se noircit.

 

L'auteur superpose des images poétiques voire idéalisées d'un homme puissant réduit inexorablement à l'abdication. Il arpente avec finesse les raisons profondes de sa chute. Deux notions combattent dans cet esprit despotique : l'adoration de son peuple et la peur de celui-ci. Yasmina Khadra reconnaît que cet homme puissant se croyait béni des dieux et qu'une Voix l'accompagnait dans ses plus profonds cauchemars. Kadhafi tuait pour un mauvais regard, pour une contradiction...Les seuls qui pouvaient émettre une objection étaient ses fils dont certains mourront dans sa chute.

Le lecteur constate aussi la volonté de Mouammar Kadhafi de mourrir en martyr.

 

Ce roman raconte la dernière nuit de lutte d'un tyran en Libye. Mouammar Kadhafi raconte dans un monologue intérieur sa traversée du désert. Celui-ci est entouré d'une garde personnelle qui lutte pour le garder en vie. Ces hommes de l'ombre idolâtrent leur "frère Guide" tout en se méfiant de ses accès de violence. La rébellion fait rage autour de l'école délabrée, bombardée où est retranché le fugitif. Les militaires qui le protègent élaborent de nombreux stratagèmes pour évacuer leur maître. les insurgés se rapprochent dangereusement de leur planque. La seule issue reste la fuite mais leur tentative échoue. Les véhicules sont bombardés, ses gardes tués. Kadhafi quitte sa voiture blindée et court désorienté dans les rues de Syrte. Il est découvert dans une canalisation éventrée. Kadhafi est violenté et tué d'une balle.

Il tend un doigt vers la fenêtre :

- Que se passe-t-il là, dehors, Raïs ? Que sont ces tapages ? Des sérénades ?

Il se rue sur la fenêtre, martèle du doigt les tentures masquant les carreaux :

- Qu'entendez-vous, Raïs?

- Que suis-je censé entendre, abruti?

- Un autre son de cloche. D'autres chants que les flagorneries de vos lèches-bottes et les rapports sirupeux de vos états-majors. Fini les bobards, les "tout baigne" et les "tout va bien, madame la marquise". Dehors, il y a un peuple en colère...

- Dehors, il y a Al-Qaïda...

Confiance ?

Cet attrape-nigaud !

J'ai aboli ce mot vénéneux de mon vocabulaire avant d'apprendre à marcher. La confiance est une petite mort. Il me fallait me méfier de tout, en particulier des plus fidèles de mes fidèles car ils sont les mieux renseignés sur mes failles. Pour garantir ma longévité, je ne me limitais pas à squatter les esprits ni à corrompre les consciences - j'étais prêt à exécuter mon jumeau pour tenir à distance ma fratrie.

Mes dissidents se sont trahis ; le peuple, lui, m'a trahi.

Si c'était à refaire, j'exterminerais la moitié de la nation. J'en enfermerais une partie dans des camps pour l'initier au travail jusqu'à ce qu'elle meure à la tâche et je pendrais le reste sur la voie publique pour l'exemple. Staline n'avait-il pas hanté le sommeil des bons et des mauvais, des grands et des petits ? Il est mort dans son lit, couvert de lauriers, et son peuple l'a pleuré à se noyer dans ses larmes. Le syndrome de Stockholm est l'unique recette qui marche avec les nations fourbes.

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