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Articles avec #sirop d'erable et caribou catégorie

L'année de ma disparition : Carole David

L'année de ma disparition : Carole David

Non d'un caribou ! Je me suis faite cueillir, assommée d'un grand coup de massue ! Carole David prend au vif, taille au hachoir les âmes trop sensibles. 

 

   Je suis encore sous le coup de l'émotion. Sa ligne d'écriture est brutale et sans tabou. Adieu les rondeurs de l'appréhension de la mort ! La poétesse transgresse tous les interdits, les mièvreries qui entourent le monde des ténèbres. Elle les convoque pour en sortir le pire. Les poèmes emplis de justesse terrassent l'adversité. L'écriture devient l'essence pure de la mort. La poésie permet de dépasser celle-ci. La convoquer, c'est la combattre !

 

  Carole David se "désincarne" pour libérer son esprit et son âme. La poésie devient la quintessence de son esprit. Par sa mort, elle rejoint les mots (essence même de sa propre existence). Par sa convocation mortelle, elle immortalise la vie.

Je suis entrée dans le boisé de mon enfance avec l'intention d'y rester.
J'étais douée pour une existence hasardeuse, je ne m'appartenais plus corps et biens.
Des photographies, des objets perdus ont suffi à me faire disparaître.
J'ai donné un congé définitif aux vies qui m'habitaient.
Je ne sais rien de ce que j'écris.
Ces poèmes sont l'écume de ma chute.

J'entre, la chambre de création m'accueille;
mon hachoir à la main, ma préparation de liquides,
mon programme orgueilleux,
tout est en place pour la cérémonie.

Ne reste que la pensée ancienne
du corps illustrée sur mes os,
fil que je dévide entre poésie et narration.
Je suis à la veille de changer de peau.

J'ai retrouvé nos empreintes laissées
sur les arbres du parc ; les enfants
au coeur de mousse, les nains de jardin
habitent la pataugeoire ; enfouie sous les balançoires,
la chemise blanche que tu portais est un linceul,
avec notre cadavre à l'intérieur.

Cette nuit j'ai rêvé aux fleurs roses*
que tu ne m'as jamais offertes.
J'ai préféré ta salive âcre.

*Elsa Morante, Territoire du rêve

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Bâtons à message, Tshissinuatshitakana : Joséphine Bacon

Bâtons à message, Tshissinuatshitakana : Joséphine Bacon

De retour de ma découverte canadienne au salon du livre de Genève, j'aborderai la poésie sous la main réaliste et innue de Joséphine Bacon. Le Canada, terre multiculturelle, nous ouvre les bras.

 

"Bâtons à message" constitue son premier recueil de poésie. Dans celui-ci, Joséphine Bacon a de nombreux messages à faire passer par le biais de ses écrits. Elle transmet la parole muette de ses ancêtres. Elle n'oublie pas ses racines et prône un respect de cette richesse incroyable. Pour une découverte plus subtile de ses écrits, les poèmes sont traduits dans les deux langues.

 

Ces poèmes transpirent ses craintes de l'oubli d'une culture encore vivante. La tribu Innue Essipit réside au nord du Saint-Laurent. Les Innus essaient de transmettre aux générations futures le respect des traditions. Ce peuple nomade, à force de brimades, a dû se sédentariser. La communauté vénérait le Maître du caribou, les colonisateurs leur interdisent ce culte afin qu'ils croient en Dieu. Les rébellions et les guerres ont eu raison de leurs repères culturels.

 

J'ai sélectionné trois poèmes magnifiques et puissant. Cette poétesse est vraiment la porte-parole idéale pour son peuple.

 

Entrez dans son tipi et laissez-vous porter par cette voix porteuse d'espoirs!

mon clan est l'ours
mon clan est le chevreuil, le bison
castor, anguille
je suis mohawk
seneca
oneida
onondaga
cayuga

Moi, fils de louve
moi, fils de guerrier
ma nation crie sa révolte
et parcourt dans ses rêves
ces espaces qui autrefois
l'accueillaient comme un fils
glorieux ayant su
protéger les siens
la terre de ses ancêtres
dans l'horizon sans dimension...

Moi, fils de louve
moi, fils de guerrier
parmi toutes les guerres
je reste fils d'une terre
qu'on m'arrache, me soudoie
on m'écrase, on me tue
mais toujours, je resterai
guerrier de cette terre
qui a vu naître nos mères
nos pères et nos enfants.

Mon enfance
n'a de visage
que les coups
reçus,
muette
face au soleil levant

Que reviennent
les premiers pas
de la saison de ma naissance

Ce matin,
le regard vidé par la faim,
j'avance vers ton sein nourricier

femme , tu me nourriras
et je poursuivrai
ma marche

le découragement n'existe pas
quand on sait
que nous nous reverrons.

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