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Articles avec #un gout d'amerique catégorie

Du rififi à New-York : Auguste le Breton

Du rififi à New-York : Auguste le Breton

1962, une année difficile dans la police new-yorkaise !

 

   Mike, un flic appliqué, travaille d'arrache-pied pour résoudre des meurtres : chose qui ne manque pas dans les règlements de la pègre italienne. La mafia est impliquée dans les paris clandestins, la drogue, la prostitution et aussi les braquages. Pépère, le père de Mike, travaille dans le bureau chargé du contrôle des plans de la ville et en parallèle traficote avec ses amis émigrés d'Italie. Un jour, il joue aux courses l'argent qui ne lui appartient pas.

 

   Là, il signe son arrêt de mort. Cependant, l'Oranais qui ne supporte pas l'injuste vient en aide à ce grand-père. Cependant, tout service rendu doit être remboursé dans le milieu du crime. 

 

   De simple encaisseur de paris, il devient l'un des plus féroces braqueurs de banques. Mais dans son univers, tout ne se passe jamais comme il voudrait.

 

   Ce roman policier commence par une longueur pour planter le décor. C'est surement mon désir de me confronter à l'action qui me permet de juger ce début de roman trop lent. Cependant, au moment de l'action, le rythme est soutenu et l'action est décrite avec brio (je désigne une seule action car je ne voudrais pas vous dévoiler le secret de l'histoire, finement agencée). Les caïds n'ont qu'à bien se tenir, Auguste Le Breton les tient du bout de sa plume. 

 

   Les descriptions ajoutent du piment à l'action (Bienvenue dans les égouts de New-York !). Les liens d'amitié ont une place importante dans cette phase de description. Ils fixent les règles et la loi du milieu a les siennes. Des amitiés se créent néanmoins le respect et la parole donnée peuvent réduire au silence des amis trop bavards.

 

   Bonne promenade dans un New York en prise avec sa délinquance. N'oubliez jamais de vous munir d'un 38 car les rues sont parfois encombrées de gens malveillants. Les innocents sont parfois les plus méchants.Dans la pègre, il faut toujours savoir se fondre dans la masse. 

 

 

Un soir, Louis avait cédé. Il s'était laissé entraîner et avait vu Mike qui avait alors près de dix ans, l'âge de son fils mort. Son père, gangster d'Ocean Hill, avait laissé ses os en 1939 dans une histoire de Rififi. Et sa mère, employée de night-club, qu'il avait vue succomber à la drogue jour après jour, venait à son tour d'en finir avec sa putain de vie, le laissant complètement orphelin.

- Pas dans le dos au moins ! implora l'Oranais. C'est dégueulasse.
- O.K. fit Steve, qui cria aussitôt : Bob !

Le nom résonna dans la rue déserte et sombre. Le jeune mécano se retourna juste comme Sam levait son bras court. Trois détonations explosèrent dans le silence. Frappé en pleine poitrine, Bob tournoya sur lui-même, poussa un léger cri, et se cassa en deux avant de s'écrouler au milieu de la colonne de vapeur. A part ses pieds qui dépassaient, tout le reste de son corps paraissait déjà appartenir au néant.

Le garde lui fit face, sa bouche s'arrondit, ses yeux aussi. Steve venait de plonger sa main gantée dans un vaste portefeuille contrôlé par une longue chaîne, et ce qu'il tenait n'était pas le collier de la Reine, mais un colt 45. Le garde se tâta machinalement, comme s'il croyait à une blague, comme s'il croyait que l'autre lui avait engourdi son flingue qui était pourtant un spécial 38. Mais Steve lui coupa ses espérances.

- Un cri, un geste, un souffle et ... Allez, demi-tour. On descend. Vite.

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Calendar de l'avent : 3 décembre/ 3ème présent

Calendar de l'avent : 3 décembre/ 3ème présent

Un Noël à New-York d'Anne Perry

 

Qui mieux qu'un auteur sorti de prison, peut tenir en haleine son lecteur dans l'univers du crime. Anne Perry emmène les protagonistes de son histoire dans une période victorienne où les moeurs de la bourgeoisie s'étiolent au fil des pages.

Jemina Pitt, désignée chaperon d'une de ses amies, découvre le nouveau monde. Sa jeune amie, Delphinia Cardew, éperdue d'amour pour un riche héritier, s'unira bientôt dans un mariage fabuleux, idyllique et attendu dans les hautes sphères financières. Une ombre ternit le tableau.

La mère de Delphinia l'a abandonné à l'âge de 15 ans. Le frère du marié s'inquiète d'une future apparition et décide de retrouver cette femme afin d'éviter un drame.

Réussira-t-il, accompagné de la fille du célèbre détective londonien à déjouer l'intrigue?

Cette nouvelle déboule comme une boule de neige dans l'univers new-yorkais. La promenade dans Central Park permet aux détectives en herbe de se frayer un chemin dans les rues enneigées. Imaginez-vous le bruit de la robe en crinoline frottant sur le pavé.

 

Calendar de l'avent : 3 décembre/ 3ème présent

Personne ne parlait de la mère de Phinnie - à croire qu'il s'agissait d'un sujet interdit. Phinnie elle-même était éperdument éprise de Brent et au seuil d'une nouvelle vie, sana que personne ne soit là hormis Jemina pour être à ses côtés. Et pourtant, Celia Albright semblait penser que Maria Cardew avait été une brave femme. Si c'était vrai, pour quelle raison avait-elle abandonné son unique enfant, qui alors n'était encore qu'un bébé et avait désespérément besoin d'elle ? Jemina ne pouvait même pas imaginer la solitude de l'enfant, sa perplexité, sa confusion... Pourquoi une mère ferait-elle une chose pareille ?

La femme qui avait admiré le paysage enneigé avec émerveillement n'avait pas un visage ravagé, ni même amer ou fatigué. Mais Jemina ne l'avait aperçu qu'à une quinzaine de mètres, si bien que de plus près, il aurait pu trahir des signes de faiblesse ou de maladie. Comme le disait sa mère :" A vingt ans, on a le visage que la nature nous a donné ; à cinquante, on a celui qu'on mérite." Le temps forgeait le caractère de telle manière que l'on finissait par devenir celui-ci au premier coup d'oeil. Les habitudes se voyaient, pour le meilleur ou pour le pire.

Jemina jeta un coup d'oeil à Patrick et le vit hocher la tête. La connaissait-il si bien qu'il comprenait ce qu'elle lui demandait sans même le formuler? Elle se rendit compte que la joie de savoir Maria en vie, à laquelle s'ajoutait le soulagement d'être lavée elle-même de tout soupçon, était brusquement assombrie par la perspective de quitter New York après le mariage... si toutefois il avait lieu ! Sans doute ne reverrait-elle plus jamais Patrick, et cette idée lui faisait plus mal qu'elle ne l'aurait imaginé possible.

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Va et poste une sentinelle : Harper Lee

Va et poste une sentinelle : Harper Lee

 Retour d'une jeune femme américaine dans le Sud de l'Amérique.

 

 Jean Louise vient rendre visite à sa famille du sud des Etats-Unis. Elle rejoint le cocon douillet qui l'a protégé durant toute son enfance. Elle a vécu de purs moments de bonheurs, entourée de son père, de son frère et d'un ami. Sa mère est morte durant sa prime enfance. Mais l'amour promulgué par une nounou noire et un père blanc a enrichi cette enfant face à la vie.

 Cependant les années ont passé et la réalité resurgit. La scène se situe en 1950 en période de haine raciale. Jean Louise se trouve confronté à son présent et apprend médusée que son monde idyllique s'est effondré. Les idoles de son enfance se déchirent. Les blancs affrontent les noirs et chacun regarde avec défiance son ami d'hier.

 

 Ce roman s'arcboute sur la déconstruction de l'enfance. Tous les symboles de l'amour multiracial volent en éclat. La guerre est déclarée. Les fondements de la famille vacillent sur des questions politiques. Jean Louise assiste, cachée, à une réunion du conseil des citoyens qui réduit les Noirs à des sous-hommes. Cette vision la rend littéralement malade. Elle hait son père et Hank qui symbolisaient des piliers solides de sa construction personnelle.

 Un roman puissant qui redessine les fondements de l'Amérique profonde enclin à une haine raciale dictée par des idéologies politiques.

 Ce roman initiatique redéfinit le complexe d'Oedipe dans l'Amérique des années 50. Une petite histoire familiale qui se plie aux règles de la Grande histoire.

 

Le livre a été publié seulement en 2015 mais attendu depuis un demi-siècle. Cet ouvrage est considéré comme son second livre mais la vérité en est tout autre : il a été écrit avant "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" (dont je ferai une chronique plus tard). 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas l'auteur, laissez-vous porter par l'accent du sud de l'Amérique!

- Je ne vois pas de quoi tu parles, Jean Louise. Il y a beaucoup de choses vraies dans ce livret.
- Oh ça oui, pour sûr, dit Jean Louise d'un ton sarcastique. J'aime surtout le passage où il explique que les nègres, Dieu ait pitié de leur âme, sont par définition inférieurs à la race blanche parce que leur crâne est plus épais et leur cervelle plus creuse - si tant est qu'un charabia veuille dire quelque chose - et que nous devons par conséquent être très gentils avec eux et les empêcher de se faire du mal à eux-mêmes et veiller à ce qu'ils restent bien à leur place. Bonté divine, Tatie...

La seule chose qu'elle savait, c'était qu'elle avait pitié de tous ces jeunes gens de son âge qui passaient leur temps à râler contre leurs parents, à leur reprocher de ne pas leur avoir donné ceci et de les avoir privés de cela : pitié de toutes ces matrones vieillissantes qui, après un long travail d'analyse, découvraient que le siège de leurs angoisses était celui-là même sur lequel elles étaient assises ; pitié de tous ces gens qui appelaient leur père "mon vieux", esquissant ainsi à demi-mot le portrait d'une créature vulgaire impotente et probablement alcoolique qui, à un moment ou un autre, avait déçu ses enfants de manière cruelle et impardonnable.
Elle était très prodigue de sa pitié, et très satisfaite de son univers douillet.

Vous ne me croirez pas, mais je vous l'assure : jamais de toute mon existence, jusqu'à aujourd'hui, je n'ai entendu le mot "nègre" prononcé par un membre de ma famille. Jamais je n'ai appris à penser "les nègres". J'ai grandi entourée de Noirs, mais c'était Calpurnia, Zeebo l'éboueur, Tom le jardinier, et tous les autres. Il y avait des centaines de Noirs autour de moi, c'étaient eux qui travaillaient dans les champs, qui ramassaient le coton, qui réparaient les routes, qui sciaient le bois avec lequel nous construisions nos maisons. Ils étaient pauvres, ils étaient sales et ils avaient des maladies, certains étaient fainéants, indolents, mais jamais, pas une seule fois, on ne m'a donné à croire que je devais les mépriser, les craindre, leur manquer de respect, ou que je pouvais me permettre en toute impunité de les maltraiter. Ils ne sont jamais, en tant que groupe, entrés dans mon univers, pas plus que je ne suis rentrée dans le leur : quand j'allais à la chasse, jamais je ne m'aventurais sur les terres des Noirs, non pas parce que c'étaient leurs terres, mais parce que je n'étais pas censée m'aventurer sur les terres de qui que ce soit. On m'a appris à ne jamais exploiter les gens moins fortunés que moi, qu'ils soient moins fortunés en termes d'intelligence, de richesse ou de statut social; et cela s'appliquait à tout le monde, pas seulement aux Noirs. On m'a fait comprendre que tout manquement à cette règle était méprisable. Voilà comment j'ai été élevée, par une femme noire et un homme blanc.

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Une américaine instruite : John Cheever

Une américaine instruite : John Cheever

Plongeons dans une famille américaine de classe moyenne! Durant un été ensoleillé, la famille Pommeroy se réjouit de se retrouver dans la villa de vacances à Laud's Head. Ils sont unis depuis la noyade accidentelle du père de famille. Dans cette famille idyllique, un élément dénote : Lawrence. Cet enfant, devenu adulte refuse toute la beauté du monde, ne perçoit que les horreurs et juge chacun des actes de ses frères et sœurs. Sa présence dérange. Il se crée une atmosphère lourde de suspicion et sourde d'incompréhension face à ce frère hors norme.

Le cadre, huis clos, d'une villa délabrée, agrippée à flanc de montagne et qui risque l'effondrement symbolise les liens familiaux qui s'étiole.

Le lecteur ressent cette tension palpable d'un regard inquisiteur et malveillant. La faute est proche. Qui affrontera avec plus ou moins de tact les condamnations perpétuelles et incessantes de ce frère moralisateur et froid? L'amour et la haine sont bien des sentiments similaires.

 

John Cheever pénètre dans l'univers d'une famille qui a réussi socialement et qui tente de garder des liens familiaux privilégiés. Ce désir inconditionnel de s'aimer, fixé par la mère, s'avère mener un des protagonistes à une solution violente. De ce point de vue, l'auteur détermine que dans une famille chaque membre est différent et se construit différemment Le pouvoir de l'amour filial a ses propres limites.

 

Cette nouvelle possède un rythme soutenu accentué par cette tension exercée par un membre de la famille. Cette puissance narrative se veut progressive. Le narrateur fixe ses personnages dans un tableau. Il décrit leurs situations personnelles et professionnelles, permettant ainsi aux lecteurs de s'attacher aux membres de cette famille. La pluralité de caractère permet une adhésion plus sentimentale.

 

L'animosité envers Lawrence est décuplé par l'adhésion du lecteur à cette famille qui veut croire en un amour filial infini.

 

N'oubliez pas de suivre le vent froid de l'Est qui menace et ravive bien des tensions!

 

Dans la nouvelle "une américaine instruite", le lecteur pénètre dans une famille où l'intelligence accapare une place importante aux dépens des propres membres de cette famille. Le culte de l'intelligence est-il annonciateur de mauvais présages? John Cheever arpente les limites de la connaissance absolue et redéfinit les vrais fondements d'une famille.

Y réfléchissant tandis que je montais l'escalier avec les lourdes valises de Lawrence, j'ai réalisé que nos antipathies sont aussi profondément ancrées en nous que nos passions les plus tendres et je me suis souvenu qu'un jour, vingt-cinq ans plus tôt, alors que j'avais frappé Lawrence sur le crâne avec une pierre, il s'était relevé et était allé tout droit se plaindre à notre père.

Oh, que eut-on faire avec un tel homme? Que peut-on faire? Comment dissuader son œil de chercher, dans une foule, la joue criblée d'acné, la main infirme; comment lui apprendre à percevoir l'inestimable grandeur du genre humain, l'âpre beauté de la vie? Comment poser son doigt sur les vérités inflexibles devant lesquelles la peur et l'horreur sont impuissantes?

"Ce n'est pas mon style de faire le ménage", avait décrété Jill, et il était assez intelligent pour voir ce que sa remarque avait de fondé; assez intelligent pour ne pas attendre de son épouse qu'elle modifiât l'image de femme instruite qu'elle se faisait d'elle-même. C'était la source d'une grande partie de sa vitalité et de son bonheur.

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Parmi les disparus : Dan Chaon

Parmi les disparus : Dan Chaon

Connaître l'Amérique, c'est connaitre ses propres origines. D'où on vient pour pouvoir se construire et participer à la construction de la société. Cependant de nombreuses études ont déterminé que notre enfance, notre éducation ou l'absence des deux influaient sur notre vie d'adulte.

 

Dan Chaon arpente le côté obscur de ses personnages, dans le Nebraska. La quête de l'identité est l'élément fondateur de l'écriture de cet auteur américain. Il déambule dans les rues américaines à la recherche du passé de ses personnages, des angoisses imposées incognito par leur éducation et de l'influence démoniaque de leur entourage. Cet auteur développe les côtés psychotiques de leurs pensées. A travers ses personnages en perte d'identité originelle, il recherche sa propre origine.

 

Dan Chaon rejoint des auteurs comme Émile Zola qui argumentait sur ce fait indéniable que nos éducations, nos familles, nos rangs dans la société pesaient sur nos choix de vie . L'alcoolisme abreuvant les parents influençait le penchant des enfants pour l'ivresse. Deplus, si nous fuyons notre situation primaire, celle-ci réapparaît à un moment inattendu dans notre nouvelle vie. A trop vouloir fuir le passé, il vous rattrape!

 

Ces textes sont vivants, poignants parfois tristes mais toujours puissants de véracité. Les personnages sont empêtrés dans une vie vouée à l'échec. Le destin néfaste s'abat sur cette Amérique qui rejette ceux qui ne réussissent pas. Deux Amériques se profilent à l'horizon: celle du faste et des lumières et celle plus prolétaire qui se noie dans sa condition.

 

La question reste posée : Peut-on échapper à ce qui nous a construit?

 

Ce passage particulier me rend toujours philosophe. Je ne sais pas très bien qui est cet individu à qui s'adresse le jeune garçon, cet être futur qu'il imaginait. J'ignore s'il est vivant. Nous pourrions devenir tant de personnes différentes et, entre l'adolescence et la trentaine, nous laissons derrière nous tant de gens qu'il nous est difficile de savoir qui nous sommes. Combien de versions de nous-même abandonnons-nous au cours des années ? Combien finissent quasiment oubliées, qui marmottent, suffoquent dans quelque pièce de notre conscience, semblables à de vieux parents souffrant d'une affection pulmonaire mortelle ?

(...) Peu importe ce que vous faites. En fin de compte, vous allez être jugé, et tous ces moments où vous ne vous montrez pas extrêmement digne sont ceux dont on se rappellera, avec précision, le moindre détail accablant. Puis, bien sûr, ces choses seront déformées, exagérées, passées et repassées au ralenti, jusqu'à finir par devenir l'essence de votre être : votre caricature.

C'était bizarre car c'est à elle, l'infirmière, que Dennis finit par penser plutôt qu'aux pin-up en double page avec leur chimérique silhouette couleur fauve et leur regard vide d 'expression. Quand Dennis rapporta son tube à essai, une espèce de regret le fit frissonner. Les yeux de l'infirmière étaient si tristes que, l'espace d'un instant, le jeune homme eut la certitude qu'elle savait qu'il avait pensé à elle. Depuis, il lui est arrivé de se dire que tout bébé issu de ça serait autant celui de l'infirmière que le sien.

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L'étreinte de la nuit : Sadie Matthews

L'étreinte de la nuit : Sadie Matthews

Un livre à confier à des mains expertes que dis-je à des mains averties. Éloigner les enfants, seuls les adultes consentants sont admis dans cette plongée érotique.

 

Une jeune étudiante, fraîchement larguée et débarquée à Londres, découvre la ville sous un autre angle. Beth réside dans un très bel appartement qui donne une vue imprenable sur l'appartement d'un bel-âtre, se rince rapidement l’œil.

Dominic sera son nouveau mentor sexuel. Il lui fera découvrir un univers dont Beth ignore toutes les subtilités et la violence.

 

La lecture est assez agréable mais les lecteurs rencontreront les classiques : la jeune fille nunuche, prude, un bel homme riche et doué sexuellement. La rencontre fortuite, qui ne l'est pas de toute évidence.

Les séances érotiques sont à couper le souffle, cependant l'écriture faiblarde et fade anéantit toute sensualité.

 

Les amatrices de "50 nuances de Grey" peuvent sans hésiter se jeter à corps perdu dans cette nouvelle tentation où dominer l'autre est le lien (en soie ou en cuir) fondateur de cette nouvelle idylle londonienne.

Cette petite mise en scène m'a mise en émoi. J'ai le souffle court et le sexe engorgé, les lèvres gonflées et brûlantes. Mon corps, réveillé de sa torpeur par Dominic, en réclame toujours plus, impatient de connaître de nouveau l'extase qu'il m'a offerte. D'instinct, mes mains descendent et j'en glisse une entre les plis du peignoir. Je la pose doucement sur mon sexe et sens la chaleur accumulée là.

-Je veux juste m'assurer que vous me comprenez bien, Beth. Certains adultes ressentent le besoin de faire des choses que le reste de la société considère avec dégoût, voire avec horreur. Des choses qui ne cadrent pas avec la conception classique de la sexualité et qui peuvent révéler quelques vérités difficiles à encaisser. Pourtant, je suis persuadée que chacun d'entre nous a le droit de rechercher le bonheur et que, si cela implique une fessée de temps en temps, ça ne devrait pas poser de problème. C'est la raison d'être de ce lieu : j'ai voulu procurer à ces gens un espace où ils peuvent vivre leurs fantasmes en toute sécurité. La sécurité et le consentement sont la clé de tout ce qui se passe ici, Beth. Une fois que vous aurez compris ça, vous pourrez aborder ce nouveau cheminement l'esprit tranquille.

- Laisse-moi seulement te dire ceci, ajoute-t-elle avant de se pencher vers moi. Ne te satisfait jamais d'une petite vie bien tranquille. La jeunesse s'écoule bien plus vite que tu ne pourrais le soupçonner. Rassemble toute la force et la vigueur qui t'animent, saisis-les à pleines mains et profites-en à fond. Il t 'arrivera de souffrir, mais, même ça, ça prouve que tu es bien vivante et ça t'aide à vraiment apprécier les moments de plaisir. Les hommes ne sont pas éternels. "Humbles et puissants, tous doivent pourrir un jour." Ne l'oublie jamais. Nous aurons tout le temps d'être tranquilles dans la mort.

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Quand vient la nuit : Dennis Lehane

Quand vient la nuit : Dennis LehaneQuand vient la nuit : Dennis Lehane

Le décor est planté, les bas fonds de Boston où la criminalité est un euphémisme. Un barman, blasé et exclus de la vie de ses congénères se retrouve pris dans la tourmente du braquage de bar de son cousin Marv. La pègre récupère les liasses de dollars des paris clandestins.

 

Qui oserait toucher l'argent blanchi des Tchétchènes ? Des inconscients !

 

Bob replonge dans la guerre des gangs.

 

Bob, l'antihéros par excellence, doit sortir de ce trac-nard pour survivre.

 

Dennis Lehane bouscule les codes de la narration. L'histoire débute sur une relation sans ambiguïté entre deux cousins, l'un tient un bar, qu'il ne possède déjà plus, et l'autre sert des boissons à des piliers de comptoir qui dilapident leur pension dans des boissons alcoolisées. Se greffe une rencontre de Bob avec un chien et une femme qui l'aide à dresser ce chien. Puis, débarque un ex-taulard qui bute tous ceux qui ont pu lui faire du mal. Les histoires se développent parallèlement, ce qui permet aux lecteurs de faire travailler ses neurones. Qui est qui, qui fait quoi et quelles sont leurs relations.

 

L'auteur démontre qu'une seule histoire de vie peut être imbriquée dans une autre. Il dépeint ses humanités cabossées ou la violence n'est pas un personnage de fiction. Le réalisme des descriptions plante un décor sans effusion de détails insignifiants. Ce qui compte avant tout ce sont ses vies brisées, par l'alcool, la drogue et un taux de chômage-record. Le mot d'ordre est vivre ou survivre dans un Boston décadent et en prise à des règlements de comptes.

 

L'auteur de Shutter Island et Mystic river signe encore une fois un thriller déroutant. Ce roman valait bien une adaptation au cinéma, chose faite en novembre 2014 sous la réalisation de Mickaël R. Roskam.

 

 

 

Un homme qui réussit a la possibilité de cacher son passé; un perdant passe le reste de sa vie à essayer de ne pas se noyer dans le sien.

Les villes sont pas administrées depuis le Capitole, Bob, lui avait dit son père un jour. Elles le sont depuis la cave. La première ville, celle que tu vois, c'est le costume dont on habille un corps pour lui donner une apparence. La seconde, c'est le corps lui-même. C'est là qu'on prend les paris, qu'on vend les filles, la came, les télés, les canapés et tout ce que le travailleur peut s'offrir. Les seules fois où le travailleur entend parler de la première ville, c'est quand elle le baise. La seconde, elle, est présente tout autour de lui chaque jour de sa vie.

- Mais il s'imagine peut-être que j'ai organisé le braquage, et que mes complices gardaient le cash en attendant que les choses se tassent.... De toute façon, même s'il le pensait pas, maintenant il s'est mis dans la tête que j'étais qu'une merde et qu'il devait pas me faire confiance. Ces gars-là, Bob, ils se demandent pas une seconde si leurs opinions sont rationnelles ; ils décident un jour que t'es une puce, et que le lendemain c'est jour de liquidation des puces.

un livre adapté au cinéma

un livre adapté au cinéma

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LIMOUSINES BLANCHES ET BLONDES PLATINE : Dan Fante

LIMOUSINES BLANCHES ET BLONDES PLATINE : Dan Fante

Encore un Dante ! Mais une autre manière d'écrire.

Un phénomène de la Beat Generation, où les seules règles sont la défonce (alcool et la drogue sous toutes ses formes) et le refus toutes les conventions sociales.

Dan Fante, sous les traits de Bruno Dante, écume les bars, essaie toutes les drogues. Par le biais de nombreux mensonges, il rejoint une société de leasing. Il devient chauffeur de maître pour les loosers de L.A. Cet auteur, en total décalage avec un milieu qu'il exècre, flagelle son cerveau de drogue dure ou légale pour écrire.

Cette autobiographie égratigne l'image ambivalente de cet auteur qui tente d'être édité. Dan Fante livre ses errances dans les rues de Los Angeles avec des litres de bourbon, de whisky dans le sang. Il raconte ses démons (surtout Jimmy) qui pourrissent son cerveau.

Ses délires hallucinatoires le poussent dans des automutilations. Tous ses problèmes sont une raison pour boire, être hors de son corps.

Il raconte ce lien transmis de père en fils, une union destructrice avec l'alcool : son père, son frère sont mort par le biais de l'alcool. Le foie de son frère qui éclate est un détail qui ne le freine pas dans sa consommation.

Il essaie les cures, les alcooliques anonymes mais rien ne peut étancher sa soif. Même les femmes consommées comme un rail de coke, n'étanchent pas sa soif de destruction.

J'avoue préférer ses poèmes directs à son autobiographie. Il est évident qu'une virée dans sa limousine vaut bien un bon verre car la description vraie des dessous de L.A. est un pur bonheur.

 

Être chauffeur de limousine à L.A. est une drôle de façon de gagner sa vie. Un peu comme de bouffer de la merde au cul d'un chien, pour faire plaisir à Dieu le père. La clientèle de Dav-Ko L.A. était principalement constituée d'oiseaux de nuit et autres zombies : riches producteurs suramphétaminés ou jeunes stars du rock aussi cons que gâtés, rappeurs style gangsta avec le flingue enfoncé dans le calbute, anciens acteurs alcooliques privés de permis, et une tripotée de frimeurs pétés de thune. Des êtres humains incarnant les pires travers de L.A. : un ego surdimensionné et beaucoup trop de blé.

De retour chez moi, j'ai emballé mes habits et commencé à démonter mon bureau et mon ordinateur. Posée sur ma table de travail : une pile de feuilles. Quinze nouvelles au total. Près de cent soixante-dix pages. De la bonne came. De bonnes histoires. Peu importait ce qui allait m'arriver après Dav-Ko, j'avais au moins ça. Ma vie n'était pas qu'un gros double cheese fourré à la merde. Ces textes en étaient la preuve tangible. J'avais également réussi à faire chauffeur de maître à L.A., dans une bonne boîte. J'avais tenu mon poste. Oublions Dav-Ko. Je rebondirais. J'avais l'habitude.

Mon estomac s'est noué. J'avais échoué une fois de plus. Personne ne daignait même jeter un œil à mon boulot. De l'autre côté de mon bureau, il y avait un mur rempli de bouquins ; tout ce que je voulais, c'était que mes mots puissent y sommeiller en paix, au milieu de Kafka, Shakespeare, Miller, Steinbeck, Selby, O'Neill, Tennessee Williams, Wallant et Hemingway. J'étais un raté de quarante-deux ans. Un type qui était tombé dans tous les pièges de la vie. Un naze de première bourre. Même pas un écrivain, juste un semi-mutant de Los Angeles. Un paumé parmi les milliers de crétins d'aspirants artistes qui avait attaché son cœur et son esprit à des mensonges, se raccrochant pathétiquement à un fil d'espoir élimé.

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DE L'ALCOOL DUR ET DU GENIE : DAN FANTE

DE L'ALCOOL DUR ET DU GENIE : DAN FANTE

Dan Fante, auteur atypique américain, plonge le lecteur dans sa vie dissolue.

Il dilate au vitriol sa vie de déchéance. Loin de se lamenter sur sa vie misérable, qu'il assume avec amertume, Dan Fante revient sur ses années de galère où l'alcool devient son seul compagnon d'infortune.

L'auteur s'attaque pour la première à l'absence de son père et au suicide de son frère. Dan Fante évoque ses liaisons amoureuses vouées à l'échec, ses mariages ratés. Il revient sur son véritable cheminement, son accouchement littéraire. Il raconte, sous forme de poèmes, ses errances, ses démons et sa chance d'avoir rencontré la littérature (seul élément salvateur de sa vie de débauches).

 

Sa littérature est un coup de poing dans le ventre. Les tripes sont éventrées comme un retour de beuverie où l' alcool laisse un gout amer. La gueule de bois n'est qu'un faible remède aux souffrances qui le rongent. Un père tyrannique, un frère violent qui ne désire que sa mort, Dan sonde son passé trouble à travers l'alcool et la drogue.

Ses rencontres de biture le confortent dans cette vie sordide. Seule, l'écriture pourra lui permettre de suivre le bon chemin et permettre sa reconstruction précaire, car un alcoolique, tel que Dan, reste un homme en colère qui lutte.

Dan Fante écrit avec son sang et ne s'entoure pas de fioriture. Le verbe est direct. Les sonorités incisives et blessantes. Cet auteur n'a pas besoin de se cacher, il se livre sans pudeur, parfois avec agressivité. Cependant, derrière cette agressivité, se cache une rage de vivre.

Il ne savait pas que moi aussi je sais - le désespoir
et la folie
ce que le vide et la solitude et la rage peuvent te faire quand tu n'as rien d'autre que ta misère en poche et pour maison une Pontiac 78 déglinguée plantée dans une impasse de West L.A. et cette voix dans ta tête qui te mine et te tue un peu plus chaque jour et tu te réveilles et tu rebois de ce pinard à goût de pisse pour chasser la folie qui guette et Dieu devient ce type qui sort du 7-Eleven et te refile sa monnaie pour ta putain de bouteille et la peur est encore ce que tu ressens de plus cool et l'amour est mort et le temps est mort et même tes yeux sentent la mort et les voix hurlantes des gens que tu hais te ballonnent les tripes et le seul remède tient dans le petit miracle de vider le verre de plus...

Putain de lui!
je l'écoutais pas
jusqu'à ce que mon cerveau me brûle les cheveux et me dévore
tout vif
que marcher et parler et enfiler mes chaussures et tenter d'écrire et
respirer
tout ça
me tue
et fasse si mal
qu'il n'était pas question de passer cinq minutes de plus dans ma peau

C'est alors que j'ai compris une vérité immuable
les femmes passent
mais une bonne bagnole d'occase
est un trésor

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INFERNO : Dan Brown

INFERNO : Dan BrownINFERNO : Dan Brown

Il m'en aura fallu du temps pour commencer cette lecture. Ce qui me manquait un peu de motivation car un livre de 564 pages cela effraie toujours un peu. La peur de l'ennui surement. Mais avec Dan Brown, il est difficile de s'endormir. Le lecteur doit absolument soutenir ce professeur à la dérive jusqu'à la dernière ligne.

Robert Langdon, après un véritable traumatisme avec perte de  mémoire, doit retracer ses deux jours d'amnésie. On tente durant sa quête de le tuer mais il doit mener son enquête à bien. Pourquoi est-il en possession d'un cylindre métallique représentant "L'enfer de Dante"?

Des flashs incompréhensibles et cauchemardesques peuplent son subconscient : une vieille femme aux cheveux argent lui demande de sauver le monde, mais comment? et quel est donc ce masque au bec d'oiseau ?

Il se lie d'amitié avec un docteur, Sienna Brooks , qui le sauve des griffes des hommes de main du Consortium et aide à trouver le secret : la folie de Zobrist, un généticien, qui a décidé d'éradiquer la moitié de la population pour sauver l'autre.

Arrivera-t-il à ses fins? Le suspense est au rendez-vous. Le lecteur est absorbé par l'intrigue. Le frisson guette le héros. La manipulation mentale perturbe le professeur et trouble le lecteur. A qui doit se confier cet enquêteur malgré lui?

Aucun doute, Dan Brown réussit encore un tour de force en associant l'histoire, l'art et une enquête pleine de rebondissements. Des châpitres courts, des actions haletantes et une leçon d'histoire permettent un dépaysement total.J'ai encore été bluffée et j'avoue que le nombre de pages ne doit absolument  pas rebuter le lecteur.

 

Voici quelques citations tirées du roman:

"La vérité ne peut être vue que par les yeux de la mort."

 

"- Compliqué? C'est ça que vous voulez dire? Rien n'est plus élémentaire, au contraire ! Vous voulez plus d'eau potable par individu, il suffit de réduire le nombre d'humains sur terre. Vous voulez réduire les émissions des voitures, il faut moins de conducteurs. Vous voulez que les réserves marines se reconstituent, il faut moins de gens qui mangent du poisson!"

 

" Les endroits les plus sombres de l'enfer sont réservés aux indécis qui restent neutres en temps de crise morale."

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