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Articles avec #un petit suisse catégorie

La Suisse est un village : collectif

La Suisse est un village : collectif

   Que vous envisagiez de visiter la Suisse pour vos prochaines vacances ou durant un long week-end ou que vous y habitiez ce livre regorge de découvertes. De manière implicite ou de manière didactique, le groupe d'écrivains vous fera découvrir les subtilités de ce pays. 

 

   Vous pouvez vous amuser à suivre le tracé des itinéraires développé par certains auteurs ou vous laissez happer par la poésie des lieux décrits.

 

  Une petite découverte sympathique dont je me suis régalée! (merci encore pour ce présent).

 

  Cerise sur le fromage, vous pourrez découvrir des auteurs suisses que vous ne connaissiez pas  ! Là, ce sera pour mes prochains achats compulsifs!

Pour moi, enfant, Berne a toujours été une ville noble. Quand nous sortions de la gare et que s'ouvrait devant nous cette perspective magnifique qui traverse tout le méandre de l'Aar d'ouest en est, il me semblait que j'entrais dans une ville royale. Et aujourd'hui que la circulation en a été bannie, que seuls les transports publics l'utilisent, elle a gagné en beauté. On peut mieux s'approcher des fontaines dont les statues finement taillées ont près de cinq cents ans. Elles évoquent des personnages de la Bible, comme Samson, des êtres légendaires, comme l'ogre ou des personnages très populaires comme le joueur de cornemuse qui entraîne sous ses pieds un cortèges d'enfants nus, menés par le fou du roi. Au bas de la ville, la plus belle est sûrement la statue de la justice (1543) qui est due au ciseau de Hans Gieng.

Berne : Madeleine Knecht-Zimmermann

Comment choisit-on une ville ? Le travail, le cimetière?
Si c'est la situation à la montagne, alors pourquoi pas Cuzco? La langue sans doute, je souhaite que l'on y comprenne mon vaudois et l'entendre, même métissé de gruyérien, de valaisan, de bernois, d'échos albanais et de trois mot anglais : small is beautiful. A la montagne, tranquillité pour écrire, et que la ville soit petite, proche de cette verticalité que je recherche, pour pouvoir grimper, sitôt franchi le seuil de la tanière.

Château-d'Oex, ville à la montagne : Pierre Yves Lador

Dans mon Morges, il y a tout ce qu'il faut pour rester en vie. Et même davantage encore. Les terrasses du "Nautique" et de "La Fleur du Lac" ont été probablement construites par un dieu. Il aime s'y asseoir, boire un verre de vin et réfléchir sur le mystère de l'univers. L'autre jour, Dieu et moi, nous avons siroté un délicieux chasselas de mon Morges et on a décidé que plus nous pensons, plus grand est le mystère.

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Les enfants perdus : François Hauter

Les enfants perdus : François Hauter

  Jusqu'où pourrait aller une mère ou un père pour sauver ses enfants ? Jusqu'où la part de responsabilité parentale peut intervenir dans l'univers de nos enfants déjà devenus adultes? 

 

   Le précipice, dans lequel sont jetés Rose avec sa fille Jade emprisonnée pour trafic de drogue en Thaïlande, Stanislas avec son fils Alexander recherché par la police en Australie et enfin Bienaimé avec sa fille la Zoune née dans la misère d'Haïti, dévaste des univers entiers, des vies construites ou à construire. Ces antihéros, doivent-ils rester sur la touche ou se battre corps et âme pour sauver un prolongement d'eux-mêmes ?

 

   À travers l'écriture de François Hauter, l'aventure humaine prend tout son sens. Trois destins qui se battent, fomentent des plans pour sauver leur famille et par la même occasion se sauver eux-mêmes. La lutte semble perdue d'avance cependant l'auteur détecte les failles des systèmes; il en connaît les moindres détails, de l'aristocratie aux bas fonds de Shanghai, de l'homme cultivé et socialement bien assis à l'homme des bidonvilles. 

   Néanmoins de ses fractures de la vie, François Hauter en saisit la complexité. Il extirpe de ces aventures humaines un amour de l'autre incommensurable. il décrypte les signaux de détresse et la violence de l'attaque sentimentale. Il juxtapose des vies diamétrales opposées qui se rencontrent dans un seul but : sauver leur enfant.

 

   Beau roman où le lecteur s'attache rapidement aux personnages. J'avoue avoir craquée pour Bienaimé car il lutte depuis le début de son histoire et il transpire cette empathie tandis que Rose et Stanislas me semblent plus des images plastifiées. Je ne conteste pas que l'auteur l'aurait donné une tessiture mais elle reste pour moi en surface.

 

 Je vous laisse découvrir et partager vos impressions.

 

 

Bienaimé était un débris lui aussi. Ses tripes étaient encordées par la faim. Ses yeux, d'un éclat terrifiant, apercevaient la Faucheuse assise un peu plus loin, juste au coin de la ruelle, entre deux rats qui vaquaient à leurs affaires. Etait-ce lui qu'elle attendait ce soir ?

- Vous voyez, cela commence. Et ne s'arrêtera jamais. Vous êtes trop riche pour qu'ils la relachent dans les délais légaux. Alors, plus de choix! Changez radicalement de méthode. Jade ne peut pas passez un demi-siècle en prison, c'est inenvisageable. Il faut donc la sortir de là par la force. Agissez maintenant, et vite! Le plus rapidement possible. C'est bon pour vous aussi Stanislas : ni l'un ni l'autre ne récupérerez vos enfants sans pénétrer dans la tanière du tigre!

- Dresse-toi maintenant! Ta volonté, elle est haute comme une montagne! Tu le sais, on ne fait qu'une seule famille! On a tous le même poids dans la balance de la misère et de la justice! Le Seigneur a racheté toutes les âmes au même prix et très cher. Je ne suis pas un brigand, je suis ton frère, tu le sais, même si tu m'as fait grande peine avec cette enveloppe pleine de billets d'argent alors que je te devais la solidarité. Une chose comme ça, ça ne s'est jamais vu! La confiance ça ne s'achète pas! Tu crois que je vendrais ma conscience pour cet argent de papier? Tu le sais, Boss, je te dois la fraternité, je te dois la solidarité. Excuse ma colère de ce matin. Sans rancune, on va faire tout bien, et après seulement, quand tu auras revu ton fils, je partirai chasser!

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Constance, Guide touristique à l'usage des aveugles : Alexandre Friederich

Constance, Guide touristique à l'usage des aveugles : Alexandre Friederich

   Caractérisé de "conte drolatique"j'associerai ce récit plus aisément au théâtre de l'absurde. Un narrateur, écrivain de guide touristique, vous décrit sa traversée de Constance de manière burlesque et décalée. Il ne faut pas oublier une notion fondamentale sur la portée de ce guide destiné aux aveugles : faire voir une ville à des aveugles!

 

   Récit court, truffé de découvertes architecturales (à la Chancellerie) et culinaires (séance kepap à ne pas rater) qui se dévore comme un guide touristique pour éviter les voyageurs.

    Alexandre Friederich absorbe le lecteur dans sa folie narrative et pédestre. 

 Humour décapant et décalé résultant d'un phrasé rythmé et musical mais aussi d'une virée bien alcoolisée. Très belle découverte !

Ce bâtiment de chancellerie de la Markstätte, ce bâtiment où le garçon à la machette devait avoir sa garçonnière, me laissait perplexe : fallait-il proposer la visite d'un lieu désincarné? Mais comment ne pas mentionner la chancellerie de Constance ? Et si l'un des aveugles débarqués en touriste était capturé par les excentriques du Paradies, véhiculé sur un banc, condamné à revivre les soubresauts de l'histoire ? Certes, l'offre des réjouissances ! Mais un guide de poche doit aussi prévenir le badaud des risques encourus. Il éclaire le tableau et dans le même temps en chasse les ombres.

Et not :"pour Moi. Voir avec Gast comment il fait pour donner à voir à des aveugles ce qui est invisible même pour un voyant."

(...) Je ne peux pas. À cause du yo-yo. J'étudie le yo-yo; Vous savez à quoi ça sert le yo-yo ? À monter et à descendre. Quand je monte, je me me penche en avant, quand je descends, je me penche en arrière. Pas le yo-yo. il est constant, droit. C'est une leçon de tenue. C'est cette leçon que j'attends.
- Et ça te mènera où?
- À l'Université. Département de mathématiques et de sciences naturelles. Et vous? Vous montez ou vous descendez?
- Je vais en ville.
- Alors, vous descendez. Je croyais que vous cherchiez le sommeil.
- Qui te l'a dit?
_ C'est jour de marché aujourd'hui, les nouvelles vont vite.

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Meurtres et Religion : intéressant cocktail ! Le Dragon du Muveran de Marc Voltenauer

Meurtres et Religion : intéressant cocktail ! Le Dragon du Muveran de Marc Voltenauer

Le passé rattrape toujours les persécuteurs. Les cartes reçues chaque année prouvent qu'un torturé ne perd jamais la mémoire. 

 La vengeance se nourrit du passé, des atrocités perpétrées par des adolescents. Mais qui peut tuer avec autant de sang froid, de maîtrise. Aucun élément ne relie les victimes.

 Les seuls indices sont une période scolaire, une école fréquentée par des suspects, une paroisse, un temple et cette terrible montagne "Le Muveran" dominant la vallée.

 Trouvé le coupable pour l'inspecteur Andreas ne sera pas une mince affaire. Marc Voltenauer s'imprègne de la Suisse dont il connaît tous les villages. Il immerge volontairement le lecteur dans ce village tranquille qui se métamorphose en scène de crime. L'auteur crée une symbiose entre l'horreur des crimes perpétrés et les versets de la Bible. 

 Les indices apparaissent au fur et à mesure des pages et le lecteur se prend au jeu de découvrir le meurtrier au risque de se perdre lui-même.

 

 Belle rencontre littéraire ! A conseiller aux férus de théologie et aux mordus de roman policier !

Sur la table de communion, un cadavre était allongé, nu. Les bras étendus étaient perpendiculaires au corps. Les jambes, attachées ensemble à l'aide d'une corde. C'était l'image du Christ crucifié. Un homme. La cinquantaine probablement. Un énorme couteau était placé dans son coeur. Autour de la plaie, du sang séché formait comme un réseau de ruisseaux du haut de la poitrine jusqu'au sexe. Ses yeux avaient été enlevés. Les orbites ressemblaient à deux trous noirs. A l'extrémité du couteau, une cordelette avec un morceau de papier. Andreas le détacha, après avoir pris soin de mettre des gants en plastique. Il y lut les mots suivants :
"Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres !"

L'homme qui n'était pas un meurtrier était sur la terrasse parmi la foule, en attendant le départ du convoi. Il contemplait le panorama qui s'offrait à lui. Le Grand Muveran était magnifique. Il l'avait décidé : il accompagnerait Gautier à sa dernière demeure. Lorsque le convoi démarra, il se positionna vers la fin. A quelques mètres devant lui, il observait l'inspecteur et sa collègue. Pour l'instant, ils étaient à mille lieues de la vérité. Il s'était à nouveau déguisé. A ce petit jeu, il était très doué. Mais il devait être prudent. Il avait du respect pour cet inspecteur, bien qu'il ne le connût pas.

- Même un manque d'amour des parents peut avoir des effets désastreux sur le développement d'un enfant. Au lieu de cultiver des valeurs et des traits de caractères positifs comme la confiance, l'autonomie et la sécurité et de mettre en place un lien social avec sa famille et son entourage, l'enfant peut se réfugier dans un monde fantasmatique. Imaginez si la violence, l'alcool, la dépendance ou l'abus viennent se mêler à l'histoire... Un enfant soumis à ce type de cruauté peut grandir en pensant que la violence est la seule façon d'interagir et de se défendre face aux défis de la vie. Il ne parvient ainsi pas à se construire une identité sexuée et sexuelle adulte et équilibrée. L'enfant peut devenir complètement dépendant de sa vie fantasmatique, créer en lui des images négatives et violentes, et s'isoler plutôt que développer des interactions sociales. Incapable de puiser de la satisfaction dans ses relations aux autres, il cherchera à la trouver en réalisant ses fantasmes.

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Montecristo : Martin Suter

Montecristo : Martin Suter

    Parfois un accident de personne peut mener à de sinistres complots financiers. Jonas, un journaliste people se retrouve coincé dans un train car un homme s'est jeté sous le train (d'après les premières constatations). Rien d'extraordinaire me direz-vous ? La vie poursuit son cours et chacun vaque à ses occupations.

Jonas, en voulant régler les honoraires de sa femme de ménage, s'étonne d'avoir en sa possession deux billets de cent francs identiques, avec le même numéro de série. N'étant pas un journaliste d'investigation émérite, il se tourne vers sa banque qui valide cette erreur.

   De cet indice découle une vaste enquête sur le milieu opaque de la fabrication des billets de banque, des montages financiers des traders et de l'investissement de la politique dans le monde économique.

 

   Martin Suter accompagne son lecteur à la découverte des milieux financiers sous forme de roman policier. L'enquête est menée par deux journalistes en perte de repères mais qui se persuadent du bien-fondé de leur vocation. La vérité doit être révélée au plus grand nombre. Cependant face à des enjeux économiques mondiaux et politiques internationaux la loi du plus fort est-elle toujours la meilleure? Le journaliste, doit-il toujours apprendre à la population la sinistre vérité qui le domine? Martin Suter met deux journalistes en face d'une réalité qui les dépasse: les banques au cœur d'un système économique avec trop de ramifications politiques, économiques et financières.

   Montecristo dresse un portrait fataliste d'un monde dominé par des systèmes économiques fragilisés. Il prend l'exemple de la Suisse comme vecteur d'une croissance économique basée sur les systèmes bancaires mais cet exemple est applicable au reste de l'humanité.

 

   Un roman d'investigation qui pousse le lecteur à reconsidérer sa position sur son système économique. Je vous conseille de lire le dernier Martin Suter qui vous fera réfléchir sur notre mode de vie. L'enquête est lente par moments mais le journaliste ne peut pas toujours rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Une légère déception à la fin car j'espérai une fin plus tragique pour le narrateur.

N'oubliez pas de me donner votre avis.

- Absolument exclu. Les numéros de série sont imprimés sur les planches après qu'elles ont été achevées; ensuite, les coupures sont massicotées et vérifiées électroniquement. Aucune erreur n'échappe à ce système électronique. Tout billet défectueux est automatiquement sorti du lot et passé au broyeur. Et l'on en tient bien entendu une comptabilité précise. A l'attention de la Banque nationale suisse, notre commanditaire.

Peu avant la naissance du virage que décrivait le pont vers la droite, là où Pedro Birrer aurait dû tourner légèrement son volant dans cette direction, il y eut une explosion. Quelque chose le plaqua contre son siège et le priva de toute visibilité.
"Airbag", telle fut sa dernière pensée avant qu'il ne sente le choc effroyable. Et le tonneau. Et la longue chute.

La cause était entendue : on l'avait acheté. La GCBS avait dépensé un million et demi pour qu'il s'occupe d'autre chose que de son scandale. La banque avait fait tuer son trader, c'était une quasi-certitude. Elle avait fait assassiner Max, c'en était une autre. Elle avait tout aussi probablement tenté de se débarrasser de lui à Bangkok. Et elle le ferait éliminer à son tour si elle apprenait tout ce qu'il savait, et si elle découvrait qu'il continuait à travailler sur cette affaire. Cette histoire était trop grosse. "Dynamite", c'était le nom que lui avait donné Max. Et la banque était aussi dangereuse qu'un grizzly touché par une balle.

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La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert: Joël Dicker

La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert: Joël Dicker

Pas de critique à mon encontre quant à mon retard mémorable sur cette lecture. De mes collègues et passant par la femme de ménage, mes amis et enfin ma famille, tous m'ont parlé de cette pépite.

Après avoir débuté par son premier roman "Les derniers jours de nos pères", je m'armais de courage quant à l'épaisseur de la tache (664 pages: c'est un pavé) à accomplir.

Je pénétrais donc dans ce nouveau roman sans aucun a priori.

Marcus Goldman, un auteur en mal d'inspiration, retourne confier son mal-être à son mentor, l'illustre Harry Quebert, auteur à succès mais aussi professeur à l'université.

Harry Quebert va être accusé du meurtre d'une adolescente de 15 ans enterrée dans son jardin depuis 1975. Nola Kellergan aurait été la maîtresse, la muse de l'auteur.

Marcus Goldman, convaincu de l'innocence de son ami, fonce dans une enquête captivante et pleine de rebondissements. Les suspects se dévoilent, puis leur innocence est reconnue mais des zones d'ombre persistent. La fameuse voiture noire qui emmène Nola vers les bois, cette femme assassinée dans sa cuisine, les relations étonnantes voire déroutantes qu'entretenaient Nola avec les hommes de cette petite ville du New Hampshire.

Le lecteur est pris au piège des pages qui s’égrainent devant lui. Qui a bien pu tuer cette enfant innocente ou non? La reine du bal qui refuse d'être laissée pour compte au profit d'une gamine. Le révérend qui ne supporte plus les relations que sa fille entretient avec un écrivain de trente ans. Le chauffeur, défiguré après un passage à tabac, qui tombe amoureux de cette gamine aux cheveux blonds.

Les énigmes s'enchainent, les ragots, les lettres anonymes brouillent les pistes. Le lecteur devient ce détective (cet écrivain) qui va jusqu'à douter de la véracité de la relation d'amour unissant une ado. avec un auteur.

Pris au piège de l'enquête, entant que lecteur, il vous est impossible d'abandonner ce roman sans connaître la fin car elle recèle le point final de l'enquête. Invariablement vous reviendrez sur votre propre déduction car vous n'aurez pas pu éviter de juger, d'accuser et de remettre en doute tous les protagonistes. Chaque personnage possède son secret, ses angoisses.

Ce roman retrace aussi la vie quotidienne des petites villes américaines où les citoyens semblent se connaître mais connaissent-ils réellement celui à qui servent le café du matin, celle qui sourit en relevant son courrier dans sa boîte aux lettres ou le révérend qui officie chaque jour à la paroisse ou les forces de l'ordre qui verbalisent les infractions. Chacun possède un pouvoir que les autres ignorent. Qui observe qui?

Le ton agréable permet de suivre l'enquête avec aisance. La structure du roman repose sur un squelette intéressant qui s'articule sur l'ossature de la création littéraire et sur le schéma d'une enquête. Deux quêtes s'affrontent celle de la création littéraire (assimilé à un combat de boxe, un combat contre soi-même) et celle de découvrir le vrai coupable de ce meurtre atroce.

Ce livre, que vous l'ayez lu, que vous le lisiez maintenant ou dans des mois, restera un sujet de conversation vivant car chaque lecteur donnera son avis, évoquera ses indices qui l'auront induit en erreur. Cependant quoi qu'il advienne vous resterez abasourdi par la Vérité.

Donnez-moi vos premiers soupçons, votre premier coupable !

- Oh, bien sûr. Vous savez, vous avez beaucoup de potentiel, mais au fond, ce que j'ai lu, c'est mauvais. Très mauvais, à vrai dire. Ça ne vaut rien. C'est d'ailleurs le cas pour tous les autres textes de vous que j'ai pu lire dans la revue de l'université. Couper des arbres pour imprimer des torchons pareils, c'est criminel. Il n'y a proportionnellement pas assez de forêts pour le nombre de mauvais écrivains qui peuplent ce pays. Il faut faire un effort.

- Ta gueule, ma fille. C'est moi que je cause. Prenez note, Monsieur l'écrivain à la con. Si vous avez une once d'honnêteté, écrivez la vérité sur Harry Quebert : c'est le dernier des salopards, c'est un pervers, une crevure et un meurtrier. Il a tué la petite Nola, la mère Cooper et, d'une certaine façon, il a aussi tué ma Jenny.

Vous voyez, Marcus, notre société a été conçue de telle façon qu'il faut sans cesse choisir entre raison et passion.
La raison n'a jamais servi personne et la passion est souvent destructrice. J'aurais donc bien de la peine à vous aider.
- Pourquoi me dites-vous ça, Harry?
- Comme ça. La vie est une arnaque.
- Vous avez finir vos frites?
- Non. Servez-vous si le cœur vous en dit.
- Merci, Harry.
- Ça ne vous intéresse vraiment pas, ce que je vous raconte?
- Si, beaucoup. Je vous écoute attentivement Numéro 14 : la vie est une arnaque.
-Mon Dieu, Marcus, vous n'avez rien compris. J'ai parfois l'impression de converser avec un débile.

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Les derniers jours de nos pères : Joël Dicker

Les derniers jours de nos pères : Joël Dicker

Sur la route d'un romancier à succès, j'ai découvert le premier roman historique de Joël Dicker. Cet auteur est surtout connu pour son deuxième roman "La Vérité sur l'affaire Harry Quebert" en obtenant le prix Goncourt des lycéens.

 

Dans "Les derniers jours de nos pères", Joël Dicker revient sur un camp d'entrainement de l'armée britannique, Special Operation Executive SOE, créé par Churchill en 1940.

 

Qui reviendra vivant de ces missions d'infiltrations : Lara, la belle blonde, pianiste, Pal (Paul-Emile), le fils qui aime son père, Faron, le fou enragé ou Gros qui désire être aimé?

 

Avant d'être envoyés en mission en France, ces volontaires subissent un entrainement militaire intensif et sans concession. Ils apprennent à rester en vie, à tuer avec toutes les armes possibles ou à mains nues. Le saut en parachute dans des conditions extrêmes signe la fin de ce stage.

Des amitiés et des amours ficellent ce noyau dur. Les missions s'enchaînent. Ils rampent dans la campagne française. Ils sécurisent des points stratégiques de la Résistance. Ils rejoignent Paris pour sauver leur patrie. Ils luttent pour assommer l'ennemi.

Le but ultime est d'anéantir le IIIème Reich quitte à y laisser la vie.

 

Ce roman retrace la mobilisation anglaise pour sauver la France et l'Europe gangrénée par un ennemi abject. Aucune concession, aucun état d'âme ne doit perturber cette machine de guerre.

 

Le lecteur admet sans compromission des longueurs dans ce roman. Il doit rester attentif, espérer une action immédiate. La lassitude de l'entrainement journalier incite le lecteur à abandonner le livre. Certains, plus combattifs, continuent leur lecture dans l'espoir que les missions seront plus marquées. Ce sera peine perdue.

 

Nonobstant, le lecteur découvre une écriture attachante. La manière de décrire les personnages permet un attachement émotionnel et un désir de les accompagner dans cet entrainement et dans cette lutte. L'amour filial reste intact et le personnage de Pal symbolise toutes les craintes d'un père qui ignore l'engagement de son fils.

La peur, le mensonge par omission rejoignent la liste des personnages incontournables du roman.

 

Aucune comparaison ne sera effectuée car n'ayant pas lu son second roman, je ne peux me permettre cet affront.

 

Je vous conseille de lire ce roman pour pouvoir remarquer l'évolution de l'écriture narrative de cet auteur genevois.

Lesquels d'entre eux, en quittant la France, auraient pu imaginer qu'ils se sentiraient si vite aptes à la guerre? Car il faut le dire : ils se sentaient forts et capables, terriblement capables, de venir à bout de régiments entiers, et il leur sembla même qu'ils pourraient vaincre les Allemands. C'était insensé. Hier encore, ils étaient des enfants de France, assaillis et meurtris, et aujourd'hui déjà ils étaient un peuple nouveau, un peuple de combattants, dont l'avenir était entre leurs mains. Certes, ils avaient laissé derrière eux ce qu'ils avaient de plus cher, mais ils ne subissaient plus, ils feraient subir. Et, tout autour d'eux, la guerre prenait une ampleur démesurée, déchaînée et indomptable : en Europe, la Wehrmacht était aux portes de Moscou et, dans le Pacifique, Hong Kong était la cible d'une violente bataille déclenchée par les Japonais. Le 20 décembre, Denis lut à ses petits camarades un article racontant comment les Anglais, aidés des Canadiens, des Indiens et des forces volontaires de la défense de Victoria-Hong Kong, résistaient héroïquement depuis plusieurs jours à l'assaut des forces nippones.

- Mais qui est responsable de vous, alors ? Vous êtes pour la plupart des gamins. Je pourrais être votre père à tous. Qu'allez-vous devenir ? Des morts ? Mourir, ce n'est pas un avenir ! Je vous ai vus à Wanborough, le premier jour : des enfants, vous étiez des enfants ! Et j'ai été épouvanté. Des enfants ! Des enfants ! Et puis je vous ai vus grandir, devenir des Hommes formidables. Fiers, courageux, valeureux. Mais à quel prix ? Celui des écoles de la guerre. Vous étiez des enfants, vous êtes devenus des Hommes, mais vous l'êtes devenus en apprenant à tuer.

- J'ai envie qu'il voie Philippe... J'ai envie de lui parler... J'ai tant à lui dire... Mais comment, comment dois-je lui annoncer pour Pal s'il ne sait rien ?
- Je pourrais y aller avant si tu veux, proposa Stanislas. Avec Doff. Pour faire ça bien. Au nom du SOE. Avec les honneurs militaires et tout ce qu'il faut pour que le père réalise à quel point son fils a été un héros de la guerre.

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La Massaï blanche: Corinne Hofmann

La Massaï blanche: Corinne Hofmann

Corinne Hofmann a besoin de se ressourcer et décide de partir découvrir l'Afrique avec son compagnon. En descendant de l'avion, elle préssent un bouleversement dans sa vie : ce sera un tsunami puissant et émouvant.

Elle succombe au charme dévastateur d'un Massaï. Elle abandonne tout son univers doré, construit en Suisse pour suivre l'homme de sa vie.

Ce roman autobiographique retrace la lutte de deux univers dans un coeur paisible. Cette femme se lance dans cette union avec la volonté d'une tigresse. Elle se marie, met au monde une petite fille Napirai mais cette histoire idyllique (fantasmé par certains° est parsemée d'embuches. Son mari devient jaloux possessif et alcoolique.

La seule issue à leur histoire est la fuite, le retour en Suisse.

 

Corinne Hofmann raconte de manière intimiste et non fleur bleue sa passion dévorante qui la pousse à franchir des frontières. Elle balaie d'un revers de main tous les détracteurs de cette union impossible.

Les descriptions de l'Afrique sont authentiques. Le lecteur suit avec acharnement l'installation de l'auteure dans la brousse. Il souffre de la chaleur, des moustiques et des reproches que Lketinga inflige à sa compagne.

Les pensées de Corinne se transforment en un combat passioné entre une culture civilisée et une culture proche de la terre avec toutes deux des valeurs divergentes et honorables.

La lecture est enivrante et le récit captivant.

 

Voici quelques citations tirées du roman:

 

[...] Je suis frappée comme si j'avais reçu la foudre. Un homme très grand et très beau, à la peau foncée, est assis sur le garde-corps dans une position décontractée. Il nous fixe de ses yeux sombres, nous, les seuls Blancs au milieu de cette cohue. Je pense : "Mon Dieu qu'il est beau, je n'ai jamais vu personne de semblable."

 

"Mais pourquoi ne peut-il pas dormir ici avec moi?"Je suis désemparée et ne crois plus personne, même si Lketinga a l'air d'aller mieux. Ils me répondent que ma présence n'a pas une bonne influence sur son sang. Lketinga renchérit en disant qu'il n'a jamais eu cette maladie auparavant, que cela doit donc avoir un rapport avec moi. Je suis choquée mais je ne peux que les laisser partir."

 

[...] L'employée n'est pas longue à revenir avec les billets à nos noms. Elle me les présente tout en lisant à hute voix " Hofmann, Napiraï" et " Hofmann, Corinne". Excédé, Lketinga me redemande pourquoi nous nous sommes mariés puisque je ne suis pas sa femme et que, probablement, l'enfant ne lui appartient pas non plus. Maintenant, je suis à bout de nerfs. En pleurant de honte, je prends les billets sur moi et nous quittons l'agence pour rentrer dans le lodging."

 

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Leila l'oiseau : Stéphane Sapin

 

La lecture d'un roman s'apparente parfois à l'enfance par le truchement de la technique narrative du conte de fée.

Marty, un garçon en manque de repère, découvre, lors d'une aventure en Antarctique avec une équipe scientifique dirigée par son père, un magnifique oiseau bleu. Cet oiseau recèle un extraordinaire secret.

Alan, un anthropologue, raconte une histoire légendaire provenant de Syrie. Elle relate la mystérieuse histoire d'amour d'une princesse qui fut cryogénisée dans la glace et dont son amant ne pourra la sauver.

L'aventure prend réellement son envol, quand Alan et Marty, deux grands rêveurs, décident d'accomplir la prophétie, contre les avis négatifs des scientifiques.

Ce roman surfe sur toutes les références du conte, de la belle princesse inaccessible, en passant par le méchant malfaisant qui veut anéantir le bien et enfin le baiser salvateur.

La technique s'apparente à un combat du bien contre le mal, de la science contre l'irrationnel. Cette symétrie est parfois trop présente ce qui attribue au roman quelques lassitudes.

L'écriture est agréable. Le lecteur scrute le moment où l'oiseau prend son envol. La structure narrative commence doucement, puis augmente en vitesse pour enfin se concrétiser.

Ce roman se veut poétique et moderne.

Stéphane Sapin, à travers ce premier roman, révèle le bonheur de garder une âme d'enfant. Cette magie du conte qui manque dans nos vies trop rivées sur les nouvelles technologies.

Voici quelques citations tirées du roman:

"Depuis fort longtemps, une étrange histoire se raconte de génération en génération sans que jamais jusqu'ici quelqu'un ne la saisisse sur le papier, car le héros a échoué dans sa mission de sauver l’héroïne. Elle demeure encore là, quelque part, à attendre d'être délivrée..."

"-Je ne prétends rien, je veux juste dire que cet oiseau pourrait faire parti d'un monde qui trouve sa source entre la réalité et la légende. Maintenant, je ne puis rien affirmer. Pour pouvoir le faire il faudrait tenter l'expérience jusqu'au bout."

"- Comment ne pas en avoir? Le doute c'est le propre de la foi, les certitudes sont dans les faits et l'on a plus besoin d'en douter puisque cette expérience est démontrée. La foi c'est justement de porter crédit à quelque chose qui doit exister au-delà des preuves, par intuition. C'est entre le oui et le non, et mon espérance tend vers le oui, c'est tout ce que je peux dire."

Leila l'oiseau : Stéphane Sapin
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Un juif pour l'exemple : Jacques Chessex

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 Difficile d'imaginer que la Suisse, un pays dont la neutralité fut exemplaire, puisse avoir engendré une haine raciale. Cette période trouble de la Seconde Guerre mondiale ne s'est pas arrêtée aux frontières de l'hexagone. Les idées radicales prônées par Hitler ont atteint des villages paysans de la Suisse. À Payerne, les temps sont durs et certains individus revendiquent un désir de protectionnisme et veulent réduire les richesses des Juifs.

 Un pasteur, Lugrin, radicalise ses propagandes et harangue la foule à la haine raciale. Cependant, les groupes extrémistes se cachent, parlent à couvert. Ils s'associent et attendent le moment opportun pour faire un exemple. Le prête rencontre un homme vulnérable et empli de haine. Ils se lient avec d'autres jeunes en perte de repère. Ils décident de frapper fort en tuant un Juif réputé. Ils le manipulent et l'emmènent dans une grange à l'écart, prétextant lui montrer une belle vache pour augmenter son troupeau. Ils le tuent sauvagement et décident de le découper comme un véritable animal et de jeter ses morceaux à Chevroux.

 Ils seront arrêtés et clameront encore leur volonté de nettoyer la Suisse sans aucun remords.

 

 Ce roman est un cri de rage et d'incompréhension. L'auteur utilise un ton de haine pour bousculer les foules, pour mettre au grand jour la culpabilité du silence. Le ton est mordant et incisif. Le lecteur est pris aux triples dès les premières lignes. Il se débat avec ses errances et ses angoisses.

 L'homme se trouve face à sa culpabilité et donc en équilibre sur un fil. Dieu a abandonné l'homme face à ses propres choix.

 

" Fernand Ischi, avec une vingtaine de Payernois, a prêté serment au Parti nazi. Il est vantartd et fat. Mais rusé, pratique, bien renseigné lui-même, dévoré de haine, de volonté de revanche et de puissance. Il déteste les Juifs mais il hait aussi et méprise les bourgeoisde Payerne qui l'ont vu en difficulté scolaire et infériorisé, au garage, par l'autorité de ses frères. Très jeune déjà, à sa sortie de l'école, il porte toujours une arme sur lui, un Walther 7.65, il l'exhibe pour faire le malin. Et intimider. Menacer..."

 

 ""On a tué ce Juif et on l'a débité exactement comme un cochon à l'abattoir de la ferme." Dans sa culpabilité, Payerne oppose et amalgame l'exemple juif et la cochonaille, le Mur des lamentations et les tranchoirs du laboratoire porcin. O Jérémie, prophète sombre, tu avais dit le scandale : "L' Eternel a été pour moi comme un ours en embuscade, comme un lion aux aguets. Il m'a emporté loin du chemin pour me déchirer. Il m'a laissé dans l'abandon.""

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