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S'abandonner à vivre : Sylvain Tesson

S'abandonner à vivre : Sylvain Tesson

  La vie vaste engrenage où les existences se démènent, tentent avec les moyens du bord de s'élever au-dessus du rivage pour respirer. Cependant, parfois cette débâcle s'accompagne d'une lassitude latente et constante. La vie et ses évènements coulent sur des corps passifs qui contemplent une existence qui ne leur est pas acquise.

  Pas de lamentation, cette constatation est sans appel, implacable et ne souffre d'aucune nécessité d'explication.

  Dans le monde réel, deux camps s'affrontent les combattants arborant des gants de boxe pour lutter pour une vie qui leur semblera meilleure et les passifs qui acceptent sans broncher les aléas de la vie.

  Sylvain Tesson sillonne le globe pour extraire la moelle de l'homme. Dans des régions froides de Russie, il décapite les idées reçues du modernisme. L'auteur répare les cicatrices laissées ouvertes du passé. A chacun son combat, à chacun sa manière de s'approprier son existence.

   Le lecteur suit avec inquiétude, ses idées préconçues, se forgent des déroulements historiques ou évènementielles et se laisse souvent surprendre par des excipits souvent insoupçonnés.

Elle s'était mariée trois ans auparavant avec un médecin originaire de Dunkerque et je considérais cette union comme une insulte à "la vie dangereuse", chantée par Blaise Cendrars dont je vénérais l'énergie désordonnée et rabâchais les oreilles de la petite. Le mari, "le docteur", comme je l'appelais, était un bon garçon, du genre appliqué : huit ans d'études pour apprendre combien l'homme est vulnérable. Il rassurait le mourant, attendrissait l'arthritique et échauffait l'adolescence qui prenait les palpations pour une invite. Il était généraliste. Le terme s'appliquait aussi à ses idées. Yeux bleus, mèches blondes, chemise à rayures : il soulageait les gens sans se guérir lui-même d'une maladie grave : le conformisme.

(...) Depuis six mois, elle attendait que quelque chose se passe. L'hiver s'était abattu sur la région à la mi-septembre, gelant tout espoir d'imprévu. Le pays n'a pas son pareil pour écraser l'existence. La Sibérie avortait le temps., fauchait les jours. Les heures tombaient mort-nées. Ici, seul le fatalisme permettait de supporter la vie.

Puis il oublia Mauriac et se concentra sur la patrouille. A pas lents, les hommes traversaient le village d'Azamay, jetant des coups d'oeil par-dessus les murets, vérifiant les puits et les buses des canaux, saluant d'un geste un paysan qui s'en allait aux champs et détournant la tête lorsqu'ils tombaient sur un groupe de femmes, à la cueillette dans un verger. En général, les Afghans souriaient mais, parfois, ils passaient, placides, et les soldats sentaient un picotement dans la nuque et se demandaient si ce type en turban avec sa houe sur l'épaule ne dissimulait pas un de ces salopards inscrits au fichier américain.
Ce conflit, c'était un combat de rhinocéros contre des caméléons.
Mené dans un labyrinthe.

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Anti manuel de Littérature : François Bégaudeau

Anti manuel de Littérature : François Bégaudeau

J'aime la littérature voire j'en suis accro. Ce n'est pas une révélation ! Certes, je ne me contente pas de lui vouer un culte, j'aime qu'elle soit chahutée, prise à partie, descendue de son piédestal.

Donc, il est indiscutable que je me suis amusée avec cet anti-manuel de littérature. Arrêtons de sacraliser cet art et mettons-le à porter de nos contemporains. Attention, tout écrit n'est pas de la Littérature et tout scribouillard n'est pas écrivain !

 

Sur le ton de l'humour, parfois grinçant, François Bégaudeau argumente sur l'évolution de la littérature. Il anéantit avec finesse et discernement l'image idéalisée de l'écrivain. L'homme se confond rapidement dans le rôle qu'il s'est attribué et que les lecteurs lui ont décerné. 

 L'auteur revient facilement sur la définition de la littérature et lui ôte cet ornement magnifique dont il s'est entouré ou déguisé. Dans des discussions mondaines, il est de bon ton de connaître des oeuvres majeures et des auteurs incontournables cependant de ne pas avoir élucidé tous les méandres de l'évolution littéraire ne vous porteront pas préjudice.

 La littérature doit rester un plaisir, une rencontre ou une belle histoire.

 La lecture de cet ouvrage s'accompagne de rectus. Je le conseille aux professeurs qui veulent faire découvrir la lecture à leurs élèves. Parfois, certains mots sont difficiles mais le jeu de la recherche dans le dictionnaire est assez jouissif. Chaque chapitre se dote de textes peu connus qui permettent une lecture aérée.

 

 Continuez à lire ce qu'il vous plaira sans vous torturer parce que vous n'avez pas abordé le mouvement humaniste avant le symbolisme (notions qui vous semblent barbares) !

Littérature, c'est d'abord un espace à l'étage librairie de la fnac où, telles sardines verticales, se serrent des oeuvres participant de ce que Julien Gracq appelle la "chose littéraire" et qu'il définit comme "l'ensemble des productions d'imagination et d'art". Définition qui vaut surtout par ce qu'elle exclut. Au rayon littérature, peu de chance de trouver Cent Recettes périgourdines ou Papa est en tournage, recueil de témoignages sur les automutilations des fils d'acteurs connus. Mais encore?

Partant du principe moléculaire que l'unité littéraire de base est un énoncé, et du constat que nous en produisons tous, on peut dire que la littérature ça n'arrive pas qu'aux autres. ça peut vous tomber dessus à n'importe quel moment. Vous écrivez à votre soeur et soudain ça vous échappe, une configuration qui tue, un nouage inédit de sens au milieu d'un paragraphe globalement clicheteux.

Pour autant vous ne vous direz pas écrivain. Vous laissez ça à d'autres, qui ne se gênent pas pour s'autobombarder tels. Qu'ont-ils de plus que vous? Qu'est-ce qui les caractérise? Là, a priori, on voit pas bien. ça sent l'imposture. Nous voici partis pour identifier une inexistence, décrire un mirage. Où il se confirme qu'on a peur de rien.

Si l'écriture est jeu, elle a ses règles, ses ruses, ses trucs, ses techniques. Qui en parties s'apprennent. Aux Etats-Unis, la fabrication d'un roman s'enseigne dans les novel writing classes. En France la littérature est sacrée, et ce qui est sacré ne s'apprend pas. En France on s'accroupit au pied d'un chêne en attendant qu'une Muse en descende, avec un panier contenant un chef-d'oeuvre et un rillettes-cornichons pour la pause. Evidemment on a pas fait de plan, le plan fait fuir la Muse et les rillettes, on prévoit pas, on se lance dans l'inconnu, on a enlevé sa montre, on se prend pas la tête et le premier qui parle boulot fait la vaisselle.

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Comment tu parles de ton père : Joann Sfar

Comment tu parles de ton père : Joann Sfar

   Difficile de parler de son père, cette image idolâtrée ou impressionnante de l'enfance. Une référence, un exemple à suivre ou à fuir? La question n'est pas simple à résoudre.

 

  Joann Sfar nous propose sa vision chaotique et aimante de son père. Cet artiste, en plein tournage, apprend la mort imminente de son père. Il arrête toutes ses activités et rejoint sa soeur auprès de ce père mourant.

  De cette mort, il fera le point de départ de sa redécouverte de ce qui a fait de lui un homme. Il décrit les liens ambivalents entre un fils et son père. L'auteur se reproche parfois de désobéir aux injonctions de son père et au poids des convenances religieuses. Cependant, l'empreinte de l'éducation est omniprésente tout au long du livre.

 

   Selon Freud, l'enfant tue le père pour se construire. Joann Sfar ne réalise réellement cette interprétation qu'au moment de la mort physique de son père. Le cheminement psychique s'arcboute sur ses visions et souvenirs de l'enfance et de l'adolescence.

Ne vous focalisez pas sur des révélations incroyables ou abominables, il s'agit simplement d'un écrit doux et bienfaiteur sur un père, simplement un père. Il faut laisser à l'auteur le courage de parler à son père post-mortel.

Quand il était en pleine forme je n'arrivais pas au bouton de l'ascenseur. J'avais la tête à la hauteur de sa boucle de ceinture. Un jour, il lui a fallu allonger les bras pour lire. Il collait son Nice Matin sur le mur du fond des cabinets. On lui a mis des lunettes et ça a été la fin des haricots. A la vitesse de l'éclair, j'ai grandi, il a eu ma petite soeur, il a quitté la maman de ma petite soeur. Il a sauté toute la Côte d'Azur. Mary est morte. Il est tombé de vélo. Pardon. Il est tombé de vélo et en le voyant à l'hôpital, mamy est morte. Puis il a eu la prostate. Encore pardon : il n'a plus eu la prostate et après les tremblements ont commencé. Quatorze ans de Parkinson et hop ! Injections de morphine sous-cutanées car les veines ne marchent plus. Et moi, sans doute, il me faut des lunettes.

- Je ne suis pas comme les autres.
- Au contraire ! Tu as la chance d'avoir appris avant les autres que tu étais mortel. Vis chaque jour.
Je ne sais pas si mon papa m'en a voulu. Je ne sais pas s'il s'est jamais dit que si je n'avais pas été là, il aurait pu sauver maman. Je ne sais même pas ce que moi j'éprouve sur tout ça.

Ma singularité est née à la montagne, au décès de ma mère. Je ne crois pas que j'aurais dessiné si ma mère avait vécu, je n'aurais certainement pas consacré ma vie à raconter des histoires non plus. J'ai beaucoup aimé être orphelin. Cela m'a mis très tôt face au monde. Au moment où les autres connards attendaient encore que Dieu leur serve de petites roues au vélo, je tenais debout correctement, comme un adulte bizarre, de trois ans et demi. A l'inverse, la mort du père me rend banal. Enfin sans doute je vais être compris puisque le présent ouvrage a raconté la bagarre la plus ordinaire qui soit : survivre à son géniteur et s'apercevoir, parfois avec horreur, qu'on lui ressemble.

Ma mère est morte à la montagne, c'est plus joli. Je dois m'efforcer de rester davantage orphelin de mère que sans père.

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Je me fais un Goncourt ou des Goncourt !

Je me fais un Goncourt ou des Goncourt !

Eh oui, la machine à prix est lancée et plus rien ne l'arrête ! Voici la première sélection qui a été dévoilée :

 

- Magyd Cherfi : Ma part de Gaulois (Actes Sud)

- Frédéric Gros : Les Possédées (Albin Michel)

- Yasmina Reza : Babylone (Flammarion)

- Nathacha Appanah : Tropique de la violence (Gallimard)

- Catherine Cusset : L’Autre qu’on adorait (Gallimard)

- J-Baptiste Del Amo : Règne animal (Gallimard)

- Leila Slimani : Chanson douce (Gallimard)

- Karine Tuil : L’Insouciance (Gallimard)

- Metin Arditi : L’enfant qui mesurait le monde (Grasset)

- Gaël Faye : Petit pays (Grasset)

- Laurent Mauvignier : Continuer (Minuit)

- Jean-Paul Dubois : La succession (L’Olivier)

- Régis Jauffret : Cannibales (Seuil)

- Yvan Jablonka : Laëticia ou la fin des hommes (Seuil)

- Luc Lang : Au commencement du septième jour (Stock)

- Romain Slocombe : L’affaire Léon Sadorski (R. Laffont)

 

 

Tous à vos lunettes, liseuses et canapé ou prenez rendez-vous chez vos libraires et en avant le marathon lecture pour pouvoir impressionner les amis, la famille et les collègues.

A vous de dénicher le LIVRE !

 

Bien évidemment, il ne faudra pas oublier les auteurs qui n'ont pas été selectionnés et qui gardent une place dans notre bibliothèque.

 

En attendant, épluchez la liste et dites-moi si quelque chose vous choque.

- Yasmina Reza : Babylone (Flammarion)
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Les vrais héros ne portent pas de slip rouge : Axel Sénéquier

Les vrais héros ne portent pas de slip rouge : Axel Sénéquier

    A n'en pas douter, vous aviez remarqué l'allusion à Superman et vous félicitiez de cette astuce. Le débat et les histoires de super héros sont renvoyés au placard pour laisser place aux héros ordinaires et ancrés dans la vraie vie.

  Axel Sénéquier nous dévoile des héros qui vous surprendront parfois, vous feront sourire avec panache. J'avoue mettre laisser surprendre par des chutes d'histoire auxquelles j'avais imaginé un autre épilogue. Ces histoires quotidiennes s'apparentent à des faits divers pour certains et à des faits anodins qui ponctuent nos existences.

  L'écriture est limpide et agréable. Les récits précis permettent une vision rapide et efficace de ces scènes de vie. Les lecteurs apprécieront le style bref comme un encart journalistique.

  Vous êtes enfin prêts pour découvrir des héros des temps modernes. En passant, je vous glisse avoir aimé plus particulièrement "Avant-première" et "le contrat".

Laissez-moi en commentaire laquelle de ces histoires vous a le plus marqué.

Dans un fracas immense, le miroir du couloir vola en éclats. Avant qu'il n'ait compris ce qu'il se passait, Jean-Claude lui sauta dessus par derrière, saisit le bras qui tenait l'arme et le brisa d'un coup de genou. Les os craquèrent, le sang gicla et le type s'affala sur la moquette en hurlant de douleur.

"Le coup du miroir, dit Jean-Claude d'un air dépité en le regardant geindre à terre, c'est un grand classique. Il a été utilisé pour la première fois par Sylvester Stallone à la vingt-huitième minute de Désigné pour mourir"

"J'ai un boulot à vous proposer, avait-il continué, qui peut rapporter de l'argent, beaucoup d'argent. Pour cela, j'ai besoin de quelqu'un qui sache faire preuve de précision et de sang-froid."

Aujourd'hui, c'était à son tour de venir en aide à son amie. Peu importait l'endroit où Héloïse était partie, la durée du vol, l'heure qu'il était chez elle ou la tristesse qui lui enserrait le coeur, Augustin avait décidé de lui sauver la vie, quel qu'en fut le prix. Il s'était installé sur son lit avec ses réserves et si besoin, il resterait ainsi des mois, sans marcher, pourvu qu'Héloïse n'est plus à souffrir du soleil.

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Musa Traviesa : José Martí

Musa Traviesa : José Martí

     José Martí , célèbre poète cubain, né à la Havanne de parents espagnols, suivra des études grace à la bienveillance de Rafael Maria de Mendive et développera son esprit révolutionnaire. Son goût pour la liberté lui vaudra son expulsion du pays et sa déportation en Espagne. Il y paufinera son goût pour la philosophie et les Lettres. Il se liera d'amitié avec des membres socialistes et anarchistes.

     Après son amnistie, il parcourera le monde et écrira de nombreux textes révolutionnaires. Il deviendra un homme littéraire et engagé de la révolution. José Martí sera de nouveau déporté. Il s'envolera pour New-York puis le Vénézuela où il publiera une revue révolutionnaire "patria".

 

    José  Martí reviendra armé à Cuba pour vaincre l'oppression. Il sera tué à la bataille de Dos Rios.

    Durant son expulsion définitive, le poète souffrira de l'absence de son fils. Par le biais de poème, comme Musa Traviesa, il s'adressera à son fils où il exprimera son malaise. José Martí devient le fils de son fils. Il exprime sa détresse. Le poète se révèle dans le sein d'une mère (ici un fils) aimante. Poème putri d'amour et de désillusion. Poème engagé et fier.

 

 

¿Mi musa? Es un diablillo
Con alas de ángel.
¡Ah, musilla traviesa.
Que vuelo trae!

Yo suelo, caballero
En sueños graves,
Cabalgar horas luengas
Sobre los aires.
Me entro en nubes rosadas.
Bajo a hondos mares,
Y en los senos eternos
Hago viajes.
Allí asisto a la inmensa
Boda inefable,
Y en los talleres huelgo
De la luz madre:
Y con ella es la oscura
Vida, radiante
Y a mis ojos los antros
Son nidos de ángeles!
Al viajero del cielo
¿Qué el mundo frágil?
Pues ¿no saben los hombres
Qué encargo traen?
¡Rasgarse el bravo pecho,
Vaciar su sangre.
Y andar, andar heridos
Muy largo el valle.
Roto el cuerpo en harapos,
Los pies en carne,
Hasta dar sonriendo
-¡No en tierra! -exánimes!
Y entonces sus talleres
La luz les abre,
Y ven lo que yo veo:
¿Qué el mundo frágil?
Seres hay de montaña,
Seres de valle,
Y seres de pantano
Y lodazales.

De mis sueños desciendo,
Volando vanse,
Y en papel amarillo
Cuento el viaje.
Contándolo, me inunda
Un gozo grave:-
Y cual si el monte alegre,
Queriendo holgarse
Al alba enamorando
Con voces ágiles
Sus hilillos sonoros
Desanudase,
Y salpicando riscos,
Labrando esmaltes
Refrescando sedientas
Cálidas cauces,
Echáralos risueños
Por falda y valle,-
Así, al alba del alma
Regocijándose,
Mi espíritu encendido
Me echa a raudales
Por las mejillas secas
Lágrimas suaves.
Me siento, cual si en magno
Templo oficiase;
Cual si mi alma por mirra
Vertiese al aire;
Cual si en mi hombro surgieran
Fuerzas de Atlante;
Cual si el Sol en mi seno
La luz fraguase:-
Y estallo, hiervo, vibro;
Alas me nacen!

Suavemente la puerta
Del cuarto se abre,
Y éntranse a él gozosos
Luz, risas, aire.
Al par da el Sol en mi alma
Y en los cristales:
¡Por la puerta se ha entrado
Mi diablo ángel!
¿Qué fue de aquellos sueños,
De mi viaje,
Del papel amarillo,
Del llanto suave?
Cual si de mariposas,
Tras gran combate,
Volaran alas de oro
Por tierra y aire,
Así vuelan las hojas
Do cuento el trance.
Hala acá el travesuelo
Mi paño árabe;
Allá monta en el lomo
De un incunable;
Un carcax con mis plumas
Fabrica y átase;
Un sílex persiguiendo
Vuelca un estante,
Y ¡allá ruedan por tierra
Versillos frágiles,
Brumosos pensadores,
Lópeos galanes!
De águilas diminutas
Puéblase el aire:
¡Son las ideas, que ascienden,
Rotas sus cárceles!

Del muro arranca, y cíñese,
Indio plumaje:
Aquella que me dieron
De oro brillante,
Pluma, a marcar nacida
Frentes infames,
De su caja de seda
Saca, y la blande:
Del Sol a los requiebros
Brilla el plumaje,
Que baña en áureas tintas
Su audaz semblante.
De ambos lados el rubio
Cabello al aire,
A mí súbito viénese
A que lo abrace.
De beso en beso escala
Mi mesa frágil;
¡Oh, Jacob, mariposa,
Ismaelillo, árabe!
¿Qué ha de haber que me guste
Como mirarle
De entre polvo de libros
Surgir radiante,
Y, en vez de acero, verle
De pluma armarse,
Y buscar en mis brazos
Tregua al combate?
Venga, venga, Ismaelillo;
La mesa asalte,
Y por los anchos pliegues
Del paño árabe
En rota vergonzosa
Mis libros lance,
Y siéntese magnífico
Sobre el desastre,
Y muéstreme riendo,
Roto el encaje-
-¡Qué encaje no se rompe
En el combate!-
Su cuello, en que la risa
Gruesa onda hace!
Venga, y por cauce nuevo
Mi vida lance,
Y a mis manos la vieja
Péñola arranque,
Y del vaso manchado
La tinta vacie!
¡Vaso puro de nácar:
Dame a que harte
Esta sed de pureza:
Los labios cánsame!
¿Son éstas que lo envuelven
Carnes, o nácares?
La risa, como en taza
De ónice árabe,
En su incólume seno
Bulle triunfante:
¡Hete aquí, hueso pálido,
Vivo y durable!
Hijo soy de mi hijo!
El me rehace!

Pudiera yo, hijo mío,
Quebrando el arte
Universal, muriendo,
Mis años dándote,
Envejecerte súbito,
La vida ahorrarte!-
Mas no: que no verías
En horas graves
Entrar el Sol al alma
Y a los cristales!
Hierva en tu seno puro
Risa sonante:
Rueden pliegues abajo
Libros exangües:
Sube, Jacob alegre,
La escala suave:
Ven, y de beso en beso
Mi mesa asaltes:-
¡Pues esa es mi musilla,
Mi diablo ángel!
¡Ah, musilla traviesa,
Qué vuelo trae!

 

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Fusion, tu seras mon fils : Gérard Bourguignat

     A la découverte d'un nouvel auteur: cela faisait une paille que je ne m'étais pas attardée sur un auteur en devenir.

   Vous vous laisserez surprendre par votre attachement soudain à Julien : ce jeune homme en quête de repères sentimentaux.

    Le propriétaire de la supérette s'éprend de passion pour la mère de Julien qui élève seule son fils. La relation évalue favorablement entre les deux amoureux. Julien adhère à cette union. Il est en recherche d'un père et Robert en attente d'un fils.

Leur relation est ambigüe. Comment doit-on se comporter face à un étranger qui devient un membre important de la famille. Cet amour filial voire incestueux est-il raisonnable?

 

    Gérard Bourguignat parsème durant le récit des bribes d'une vie basée sur des certitudes surtout celle de l'absence du père, mais aussi sur une quête d'identité amoureuse qui définit les troubles de l'adolescence. Le travail de Gérard Bourguignat se peaufine en couches successives : la découverte des troubles sentimentaux, patriarcal, matriarcal, amoureux. L' apparition de ses troubles se dissout de manière lancinante et troublante dans l'esprit du jeune homme. La clairvoyance reste énigmatique: tous les sentiments se côtoient aux frontières troubles et semblables : l'amour d'un beau-père, l'admiration d'une idole, d'un messie ou l'amour amoureux dans sa pureté. Comment cet homme en devenir se débat avec toutes ses subtilités ?

     La structure du roman utilise tous les points de vue littéraire. L'auteur entre sans frapper dans l'esprit des deux principaux protagonistes qui sont le centre névralgique du roman. La mère devient un personnage secondaire. Elle permet simplement une rencontre troublante.

     L'auteur accorde autant de temps à Julien et à Robert : le temps de la découverte maladroite et emplie de bienveillance. Dans ce rapport à l'autre, l'écrivain décrit avec justesse le rite amoureux: la découverte, la peur de l'autre, la paralysie du sentiment...

    L'amour filial effraye quand celui-ci apparaît à l'âge adulte.

    Très bonne découverte sur les joies d'être père et les angoisses qui en découlent mais aussi celle de l'acceptation d'avoir un père de substitution. Je conseille de lire ce roman car il offre une vision réelle et humaniste parfois galvaudée des relations filiales.

Julien ne se le fit pas dire deux fois. Arrivé dans sa chambre, il tomba, dos collé au lit, immobile, les yeux grands ouverts: Une sorte de nausée l'envahit. Il fait l'estomac noué. Comment avait-il pu céder à son agresseur et surtout, pourquoi y avait-il trouvé du plaisir? Il se sentait sale. Il avait honte et ne comprenait pas ce qui s'était passé, sinon qu'il avait accepté ce baiser furtif et qu'il y avait répondu: Et l'autre qui lui demandait le silence. Comme si on racontait ce genre de choses à sa mère. Ah, si mon père était là, lui, il saurait ; il lui dirait ce qu'il fallait faire.

- J'ai paniqué, Julien, je me suis rendu compte de l'énormité de mon geste. Faut pas m'en vouloir, je te l'ai dit, je n'ai trouvé que ce moyen. Quant à l'attirance dont tu parles, ce serait comme une amitié forte entre homme, ou de l'amour entre un père et son fils. Pourquoi tu me hais ? ça, j'aimerais ne pas avoir à te répondre: Je pense, sans être psychologue, que je me suis substitué involontairement à l'image que tu te faisait de ton père depuis ta plus tendre enfance et que tu l'as mal vécu, tu ne crois pas?

- Ben, oui, selon l'endroit, comme tu es en hauteur, tu te trouves au-dessus du vol des corbeaux et tu ne vois donc que leur dos ! L'empereur Constantin disait plus poétiquement : "Constantine, la ville où l'homme est plus haut que l'aigle."

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Le Cid : Corneille

Le Cid : Corneille

     Question, somme toute, sans intérêt mais qui se souvient du prénom de ce tragédien du XVII ème siècle? Ne trichez pas son nom résonne à nos oreilles d'ancien étudiant mais ce fameux prénom. Simplement Pierre.

    Question supplémentaire : citez trois pièces de cet auteur prolifique, à part Le Cid ? (je vous voyais arriver avec vos gros sabots). Donc on peut ajouter : L'illusion comique de 1636, Cinna de 1642 et enfin Oedipe de 1659. Je reconnais la liste peut-être longue et vous laisse le plaisir de la compléter. Jeu qui peut devenir très ludique.

 

    Je vous accorde le plaisir de découvrir avec moi : qui est qui dans Le Cid : Don Fernand, premier roi de Castille; Dona Urraque, infante de Castille; Don Diègue, père de don Rodrigue; Don Gomès, père de Chimère; Don Rodrigue, amant de Chimène, Don Sanche, amoureux de Chimène; Chimène, fille de don Gomès, Léonor, gouvernante de l'Infante; Elvire, gouvernante de Chimène.

 

    Attention voici l'intrigue: Le comte Gomès, humilié par le roi par sa décision de prendre Don Diègue comme précepteur du prince, le provoque en duel. Don Rodrigue doit laver l'honneur de sa famille sur l'ordre de son père. Il tue Don Gomès et ruine ses fiançailles avec Chimène. L'assassin du père de Chimène ne peut moralement pas épouser Chimène. Celle-ci demande la mort de Rodrigue au roi. Durant cette tragédie, Les Maures attaquent la ville et Rodrigue sauve son royaume. Le roi lui accorde son pardon. Cependant, Chimène ne peut se résoudre à aimer un homme qui a tué son père. Elle propose au roi d'épouser le vainqueur du duel qui opposera Don Sanche (amoureux de Chimène) et Don Rodrigue (amant de Chimène). Don Rodrigue gagne et leur mariage sera célébré un an après ce duel.

 

O rage! ô désespoir! ô vieillesse ennemie!
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie!
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers?
Mon bras, qu'avec respect toute l'Espagne admire,
Mon bras, qui tant de fois à sauver cet empire,
Tant de fois affermi le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi?
O cruel souvenir de ma gloire passée!
Oeuvre de tant de jours en un jour effacée!
Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur!
Précipice élevé d'où tombe mon honneur!
Faut-il de votre éclat voir triompher le Comte,
Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte?
Comte, sois de mon prince à présent gouverneur:
Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur;
Et ton jaloux orgueil, par cet affront insigne,
Malgré le choix du Roi, m'en a su rendre digne indigne.
Et toi, de mes exploits glorieux instrument,
Mais d'un corps tout de glace inutile ornement
Fer, jadis tant à craindre et qui, dans cette offense,
M'as servi de parade, et non pas de défense,
Va, quitte désormais le dernier des humains,
Passe, pour me venger, en de meilleures mains.

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Ne mêle point de soupirs à ma joie;
Laisse-moi prendre haleine afin de te louer.
Tu l'as bien imitée, et ton illustre audace
Fait bien revivre en toi les héros de ma race :
C'est d'eux que tu descends, c'est de moi que tu viens :
Ton premier coup d'épée égale tous les miens;
Et d'une belle ardeur ta jeunesse animée
Par cette grande épreuve atteint ma renommée.
Appui de ma vieillesse, et comble de mon heur,
Touche ces cheveux blancs à qui tu rends l'honneur,
Viens baiser cette joue, et reconnais la place
Où fut empreint l'affront que ton courage efface.

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Quinze rounds : Richard Bohringer

Quinze rounds : Richard Bohringer

        J'ai bu tout mon saoul au son grave de la voix de Bohringer. Personnage troublant et attachant qui décoche, avec tendresse, ses flèches d'affection.

    Personnage connu mais tellement blessé par la vie se livre à travers un épanchement libérateur. La vie est un combat tenace et ardu. Bohringer arbore son costume de boxeur et se bat contre un cancer (nouveau combat), comme une dernière lutte face à cette mort qui le harcèle depuis l'enfance.

         Lui, qui a bravé tous les interdits : de l'alcool en passant par l'héroïne, aimant les femmes espérant simplement être aimé.

 

     Bohringer, à travers ses quinze rounds, balance, jette avec désinvolture et arrogance tous les "je t'aime" resté coincé au fond de son coeur. Ses yeux verts, avides de tendresse, marquent encore des points dans l'admiration collective.

 

         L'écorché vif accentue chez ses admirateurs ce pathos tant refoulé. Ce roman est la catharsis de ce poète maudit (qui se refuse à cette comparaison). Il devient le mentor désoeuvré qui ouvre le chemin de la créativité aux écrivains, aux peintres qui désirent être reconnus.

         Bohringer symbolise ce joueur de Jazz, au fond de la boîte de nuit, qui offre sa vie au public avec pudeur et qui se livre un combat violent et destructeur dans son for intérieur.

 

       Le texte est rude et rédempteur. J'ai admiré cette leçon de courage, car l'auteur n'attend pas de pardon. Il doit lutter pour survivre comme il l'a toujours fait. Cependant à travers ce texte, il cherche à se comprendre et à vivre en paix avec lui-même.

L'animal en moi a souvent pris le pas. Je ne marchais qu'à l'instinct. Mon instinct était infaillible. Je n'ai été trompé que par moi-même. Je me suis transformé en guerrier. Fallait que je vive. Que je survive plutôt. J'étais sûr de n'avoir aucun talent. Même pour être bandit. Un peu gigolo. De passage. Fallait que je m'invente une vie.

J'avais pas d'avenir. Il me fallait un passé.
J'ai été cruel avec innocence. La lune était mon astre, mon ultime confidente. Elle partageait mes nuits, mes errances, mes certitudes nocturnes.

J'ai décidé de n'écrire que sur les humains que j'ai aimés car ils m'ont aimé malgré les insupportables errances qui me rongeaient l'âme et me rendaient d'une grande violence verbale. Et puis sur des films oubliés auxquels j'ai aimé participer. Des pas bons, même, mais qui m'ont tous donné un moment d'existence.

Tu voulais être meilleur humain, regarder la vie et ceux qui piétinent sur la terre comme des frères. Tout ce que tu n'aimes pas en toi, je le bénis, l'asperge de la pluie à travers le soleil. Les rayures sont ton élégance et, grâce à toi, je suis moins seul. Putain d'ami voudrait enfin comprendre que même si je ne vis pas comme toi, je suis de là, de chez toi.

Les mots d'amour ne donnent pas à manger mais peuvent rassembler des coeurs. Marchons, vivants. Ensemble devenons humains, enfin: Face à toi, grâce à toi, j'ai retrouvé la liberté et l'envie de croire.
(...)

Dans un jardin noir court un rat qui cherche à boire.
La route me bouffe, je me noie dans la route.
Je suis un marin de la route. Je l'aime par tous les temps. Sans route je meurs.

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Le Dicton de Léon

L'arrogance et la suffisance n'ont de l'importance que pour ceux qui en usent.

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