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La désaffection : Jean Vuilleumier

La désaffection : Jean Vuilleumier

  Une tranche de vie impeccablement décrite !

 

  Vous n'y couperez pas à cet attachement de solitude. Léna reste vivre seule dans la cité qui se désagrège. Sa vie solitaire croise la vie disloquée de Jenny. Pascal, handicapé moteur, transporte sa lassitude sur sa deux roues. Madame Maurice espère des visites fugaces pour fuir la solitude de sa vieillesse. Des destins croisés et solitaires qui se lient au gré de rencontres fortuites. Cependant au-delà de ces rencontres demeure cet isolement extrême de l'être. 

 

  Jean Vuilleumier, à travers une écriture abrupte et directe, retrace des tranches de vie qui interpelle le lecteur. En dehors de cette description inébranlable de la détresse humaine, l'écrivain recherche un espoir, une main tendue vers l'autre. De cette claustration volontaire, il tire la beauté du contact épisodique avec l'autre. Cependant ce contact renvoie irrémédiablement à sa solitude. La cité est dépeinte comme une prison à ciel ouvert qui implose. La violence souterraine de l'âme se plaque à cette violence physique et atroce.

 

  Très beau roman sur les modifications de nos rapports aux autres et l'évolution des cités. A lire !

 

 

Léna scrute les allées vides, souvent parcourues par une ambulance silencieuse, forme blanche et furtive qui emmène une suicidée. Au début, le vertige la nouait chaque fois qu'elle risquait un regard à l'extérieur.

L'aiguille de la pendule continue de trotter, Jenny écrase une dernière cigarette. Elle a été convoquée un jour au bureau d'assistance psychologique de la cité, on l'a entretenue de José. Les extravagances des groupes de jeunes désoeuvrés étaient connues des autorités, les parents exhortés à la vigilance.

Une nausée fluctuante, et ces doigts de bois. Elle aspire l'air à petites goulées. L'indifférence l'a gagné à la façon d'une sclérose, un refus qui la paralyse. Apprendrait-elle la mort de José qu'elle ne ressentirait rien, sinon la délivrance du dénouement. Un accident, n'importe quoi, une balle perdue, une chute du haut d'un viaduc. En fait, il est déjà mort pour elle.

La cuisine : Léna enclenche la cafetière électrique, sort les tasses de l'armoire, s'assied en face de Jenny, à côté de la vitre. Un goût de deuil dans leur tête-à-tête, alors qu'elles considèrent sans parler l'esplanade et les tertres, la vasque obstruée de feuilles mortes.

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